20 janvier 2022

Covid-19. Les Antilles face à une situation catastrophique

PAR PATRICK KARAM*

Je n’ai pas de mots assez forts pour décrire l’ampleur de la situation que j’ai découverte à mon arrivée en Guadeloupe avec le matériel des 13 lits en réanimation envoyés par Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France. En tant que Guadeloupéen, je suis profondément affecté par ce que j’ai vu sur mon île d’origine. 

J’ai fait le point avec Ary Chalus, le président de Région, Jean-Philippe Courtois, le vice-président du Département, ainsi que les élus. Ensuite, nous avons visité le vaccinodrome et échangé avec les sapeurs-pompiers, les renforts soignants venus de l’Hexagone, avec l’association des entrepreneurs de pompes funèbres, le personnel de la morgue, et effectué plus de 2 h 30 de visite au CHU et fait de multiples réunions avec les différents personnels et responsables… 

« Le personnel de santé héroïque
est à bout et certains
se sont effondrés devant moi. »

La situation sanitaire est pire que ce que j’en ai pu lire… et on n’en voit pas le bout : c’est désormais 1 guadeloupéen sur 40 (et pas 50) qui est contaminé, les capacités en réanimation, bien que multipliées, sont sur-utilisées et le système hospitalier dans son ensemble est saturé. On doit mettre en médecine des malades qui devraient être en réanimation, et on renvoie à la médecine de ville des malades qui devraient être hospitalisés. 

Le personnel de santé héroïque est à bout et certains se sont effondrés devant moi. Les renforts eux-mêmes avouent leur épuisement. 

Quand je suis parti de l’hôpital, 30 malades COVID attendaient aux urgences depuis des heures sur des brancards une prise en charge impossible. 

« On renvoie les malades chez eux
et certains meurent étouffés. »

On renvoie les malades chez eux et certains meurent étouffés car si la fourniture en oxygène est encore assurée aux hôpitaux, les malades à domicile n’ont pas tous cette chance. La morgue de l’hôpital est pleine et les morts sont mis désormais partout où cela est possible : sur des brancards dans la grande salle où les parents étaient reçus, dans des conteneurs réfrigérés ou encore entassés dans une installation apportée par les sapeurs-pompiers de l’hexagone. 

Les pompes funèbres elles-mêmes sont débordées. Elles louent des conteneurs frigorifiques pour conserver les corps en attendant de pouvoir les enterrer.

La réglementation prévoit un enterrement dans les 6 jours. Aujourd’hui en moyenne, 15 à 20 jours sont nécessaires. Le crematorium est submergé et bien que fonctionnant à plein régime, l’attente dépasse désormais deux semaines.

Les avis d’obsèques à la radio duraient 1/2 h, cela dure 2 heures aujourd’hui. 

Avant on comptait 10 à 15 décès/ jour en moyenne toute cause confondue, c’est 40 décès par jour depuis une semaine.

« Les professionnels de santé m’ont indiqué ne pas voir le pic de la pandémie en raison du confinement qu’ils jugent pas assez rigoureux. »

Les professionnels de santé m’ont indiqué ne pas voir le pic de la pandémie en raison du confinement qu’ils jugent pas assez rigoureux. Le taux d’incidence donne le tournis et atteint des sommets inédits en France : par semaine, plus de 2 000 cas pour 100 000 habitants en Guadeloupe (près de 9 fois la prévalence nationale), et plus d’un millier pour la Martinique.

20 mariages étaient organisés ce samedi ainsi que des baptêmes avec de nombreux invités. Il y a des fêtes. Les gens circulent. Les manifestations rassemblent des milliers de personnes, dont nombreux ne portent pas le masque. 

Sur les vaccins, même s’il y a une progression (au vaccinodrome de l’aéroport on compte 650 à 700 vaccinés/ jour contre 300 avant) on part de trop loin pour changer la donne. 

Force et honneur à ceux qui se battent en première ligne contre la Covid. 

Nous devons tous nous mobiliser pour les soutenir. 

*Patrick Karam est vice-président de la Région Ile-de-France