10 décembre 2022

Tourisme. Ventes de séjours en décembre 2021 en Guadeloupe : une chute de 73 %

« Le pire n’est plus devant nous en Guadeloupe.
La réalité est déjà là, et elle est désastreuse. »

Ainsi s’exprime Nicolas Vion, président de l’Union des métiers et de Industries de l’Hôtellerie (UMIH.

Il explique : « Il faut se rendre à l’évidence : la sauvegarde des emplois du secteur privé de la Guadeloupe, et donc des entreprises guadeloupéennes ne peut plus passer par des dispositifs complexes et de routine.

L’UMIH Guadeloupe est mobilisée, car le secteur entier des industries touristiques de la Guadeloupe est gravement touché. Et cela inclut naturellement les restaurateurs, les travailleurs indépendants qui y sont rattachés, et les agents de voyages. Pas uniquement l’hôtellerie. »

« Le secteur entier est touché. Pas encore coulé, mais ça viendra si l’on n’y prend pas garde. »

Nicolas VIONprésident de l’Union des métiers
et deS Industries de l’Hôtellerie

« L’urgence consiste à simplifier les dispositifs étatiques d’indemnisation, à les rendre lisibles, donc compréhensibles pour les très petites entreprises et les travailleurs indépendants.

L’urgence consiste à accélérer la vitesse de versement des indemnisations : le ministre de l’Economie et des Finances a très honnêtement reconnu la lenteur excessive de ses services. La solution qu’il propose est d’augmenter le nombre de fonctionnaires chargés de cette tâche. Pour l’UMIH Guadeloupe, cette réponse ne semble pas pertinente. Nous ne souhaitons pas une obligation de moyens, mais une obligation de résultat.

Dès lors que la procédure est numérique, nous proposons que l’indemnisation soit versée immédiatement. Ce qui fonctionne pour le prélèvement à la source doit pouvoir fonctionner pour le versement à la source. »

Et il poursuit son raisonnement : « Dès lors qu’un état d’urgence a été voté, ou dès lors qu’un couvre-feu a été décidé, ou dès lors que des motifs impérieux, ou des dispositifs d’interdiction ou de limitation d’accès, ont créé une entrave à la liberté de mouvement des personnes, ou des avions, ou dès lors qu’une entrave à l’activité économique a été décidée par l’autorité administrative ou politique, sans concertation préalable avec les organisations professionnelles représentatives, et sans qu’un document public acte les accords ou désaccords des parties, les indemnisations des entreprises et travailleurs indépendants doivent être conçues sur le même mode : celui de l’urgence absolue.

L’urgence consiste aussi à modifier immédiatement les seuils d’indemnisation.

L’indemnisation des entreprises ne pouvait récemment être envisagée que si les entreprises perdaient 80% de leur chiffre d’affaires, puis le seuil a été ramené à 65%, puis le ministre a décidé de le porter à 50%. Quand le syndicat des agences de voyages (EDV) propose de réduire ce seuil à 40% et quand l’UMIH Guadeloupe propose de le fixer à 30%.

L’idée est simple : nous préférons que les entreprises entrent à l’hôpital pour être soignées et sauvées, et non pour être admises directement au service de réanimation pour être mises sous respiration artificielle, trop tardivement, et peut-être fatalement. »

Un secteur touristique
très fortement impacté

Toutes destinations confondues, les ventes de voyages réalisées par les agences offline et online plongent de 57% en décembre 2021, versus décembre 2019, selon le baromètre Orchestra pour L’Écho touristique.

Cette tendance traduit une diminution notable par rapport aux mois de novembre (-23% vs novembre 2019) et d’octobre 2021 (-17% vs octobre 2019). Elle est d’ailleurs supérieure à la diminution observée lors de la période estivale. En juillet comme en août, le recul des ventes atteignait environ 30%. Au regard de la baisse actuelle d’activité, les mesures financières compensatoires annoncées par le gouvernement, sont urgentes et vitales si elles deviennent bien adaptées aux réalités des entreprises, et n’en excluent pas une grande majorité…

Dans le Top 20 destinations touristiques de décembre 2021 publié par l’Écho Touristique, l’évolution place la Martinique en 19e position à -76 % et la Guadeloupe en 20e position à -73 %. L’évolution du panier moyen est respectivement de -13 % pour la Martinique et de -9 % pour la Guadeloupe.

L’aéroport Pôle Caraïbes Guadeloupe annonçait à fin septembre 2021 un trafic passagers aérien annuel cumulé en retrait de près de 55 % par rapport à 2019 et de près de -15 % par rapport à 2020.

Au cumul, 862 496 passagers sont passés par l’aéroport Guadeloupe Pôle Caraïbes depuis janvier 2021, contre 999 116 en 2020 et 1 870 303 en 2019 à la même période, soit une baisse de plus de 1 000 000 passagers par rapport à 2019 (et 140 000 par rapport à 2020). Avec un trafic en retrait de près de 55% par rapport à 2019.

Actuellement, les USA recommandent à leurs ressortissants d’éviter la destination France et les Antilles Françaises.
Le nombre de compagnies aériennes desservant les destinations Antilles Françaises a chuté considérablement.
La Compagnie aérienne Air Belgium délaisse Martinique et Guadeloupe au profit de la République Dominicaine.

Nicolas Vion : « L’image de la destination est loin d’être à son firmament dans l’Hexagone qui représentait plus de 80 % de nos visiteurs en 2019, avant la crise sanitaire. Par ailleurs, le tourisme de proximité est très limité dans les Antilles car aucun voyageur n’y arrive en train, en voiture ou à vélo.
Si l’on ajoute à cela notre fonctionnement en contre-saison et une haute saison 2021-2022 très fortement compromise malgré une activité de fin d’année 2021 qui est trompeuse pour ceux qui croient qu’une hirondelle fait le printemps, et que la semaine du Nouvel An pourrait durer 365 jours. »

Une situation
qui redevient difficile

Le gouvernement a décrété l’état d’urgence sanitaire en Guadeloupe, Guyane, à Mayotte, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, territoires d’Outre-mer où « sous l’effet du variant Omicron, la circulation de la Covid-19 connaît une augmentation considérable », selon un décret présenté mercredi 5 janvier 2022 en Conseil des ministres.

La Réunion et la Martinique étaient déjà placées en état d’urgence sanitaire depuis le 27 décembre 2021.

La déclaration de l’état d’urgence sanitaire autorise notamment le Premier ministre à recourir au confinement ou au couvre-feu si la situation l’exige.

« Il y a donc quelques raisons étayées, économiques, sanitaires et sociales, de craindre une année 2022 encore très difficile pour les industries touristiques, particulièrement en Outre-mer qui doivent être considérées et traitées au regard de ces particularités spécifiques », explique M. Vion.

Les mesures fiscales compensatoires aux préjudices causés par les multiples facettes de la situation sanitaire et ses mesures administratives satellites ne peuvent être une simple duplication de celles mise en place dans l’hexagone, et les professionnels des industries touristiques attendent qu’il soit procédé à des ajustements sans tarder.

Des mesures gouvernementales
qui sont à améliorer

Le 3 janvier 2022, lors d’une réunion de crise organisée par le ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Lemaire, Élizabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, Jean-Baptiste Lemoyne, ministre délégué chargé du Tourisme, des Français de l’Etranger, de la Francophonie et des Petites et moyennes entreprises, plusieurs mesures d’accompagnement susceptibles de venir en aide aux entreprises des secteurs S1 et S1bis (hôtels, cafés, restaurants, et traiteurs) ont été annoncées :

– Ouverture du dispositif de l’aide dite « coûts fixes » pour décembre 2021 et janvier 2022 pour les entreprises connaissant une baisse de leur chiffre d’affaires au moins égal à 50 %, par rapport au même mois de 2019. Ce dispositif permet de compenser 90 % des pertes d’exploitation, pour les entreprises de moins de 50 salariés, ayant un EBE négatif.

– Accélération du traitement des dossiers « coûts fixes » pour les demandes d’application du dispositif lorsque le montant attendu est inférieur à 50.000 €, par augmentation de 50 % des effectifs des équipes chargées du traitement des dossiers.

– Élargissement du dispositif de l’activité partielle sans reste à charge et mise en œuvre d’exonération de charges de sécurité sociale pour les entreprises qui subissent une perte de chiffre d’affaires au moins égal à 65 % ou connaissant une baisse d’activité du fait des mesures sanitaires mise en œuvre.

– Situation des PGE qui pourrait évoluer très prochainement.

Commentaire de Nicolas Vion : « Certaines mesures vont dans le bon sens, comme la volonté, non encore matérialisée, d’adapter les modalités de remboursement et d’échéancier des PGE aux réalités vécues par les entreprises des industries touristiques.
Certaines autres mesures rejoignent en partie les demandes exprimées par l’UMIH 971 dès mars 2020 où nous exprimions que les fondamentaux économiques de l’entreprise reposaient sur le bilan et le compte de résultat. »

« Il fallait mettre en place une compensation des pertes d’exploitation en lieu et place des mesures complexes continuellement réajustées dans le temps depuis mars 2020. »

Nicolas Vion

« Peu à peu, les pertes d’exploitation sont envisagées par l’État, mais actuellement de façon restrictive, sous des conditions déraisonnables d’une perte de CA d’au moins 80 % jusqu’à hier, abaissée à 65 % aujourd’hui, et sous réserve d’un EBE négatif. Cela n’est pas acceptable, car ces restrictions annulent en réalité la mesure annoncée. Comment une entreprise qui perd 80 % de son chiffre d’affaires peut-elle assumer ses charges dont celles salariales et maintenir ses emplois ?

Une entreprise qui perdrait 80 % de son chiffre d’affaires serait moribonde et chercher réellement à la sauver consisterait très simplement à compenser tout ou partie de son chiffre d’affaires. Pourquoi ne pas faire simple ? », propose Nicolas Vion.

« De telles annonces, c’est comme jeter une bouée de sauvetage à quelqu’un qui se noie, mais qui a déjà la tête sous l’eau, et dont seule une main dépasserait de la surface ! À défaut de nouveaux réajustements, ce serait de la poudre de perlimpinpin pour tromper son monde.

Nous nous associons à l’appréciation porté par Monsieur Jean-Pierre MAS Président des entreprises du voyage (EDV, syndicat professionnel des agences de voyages) qui estime, tout comme l’UMIH nationale que les mesures proposées par le gouvernement sont insuffisantes et doivent être améliorées », conclue Nicolas Vion.

Que demandent les professionnels ? 

L’UMIH Guadeloupe souhaite une révision immédiate des dispositifs d’indemnisation des industries touristiques de la Guadeloupe et des Outre-mer (secteurs S1 et S1bis) :
– Que le versement des indemnisations soit immédiat, dès l’enregistrement de la demande ; avec contrôle à postériori.
– Que l’accès à l’activité partielle soit sans reste à charge, et que les exonérations de charges de sécurité sociale soient assurées à l’ensemble des entreprises du secteur des industries touristiques, entreprises du voyage, hôtels, travailleurs indépendants du secteur, cafés, restaurants, gravement impactés également par l’interdiction de consommer debout, au bar de leurs établissements, par l’interdiction d’organiser des réceptions debout, par l’obligation de justifier d’un pass sanitaire ou vaccinal pour accéder aux établissements, et par l’obligation faite aux entreprises de recourir au télétravail.
– Que l’éligibilité à l’aide à coût fixe soit ramenée de 50 % à 30 % de la perte de chiffre d’affaires pour les entreprises du secteur des industries touristiques de la Guadeloupe et des Outre-mer (secteurs S1 et S1bis),
– Que le montant de l’indemnisation soit porté de 90 % à 100 % de l’excédent brut d’exploitation négatif (EBE) pour les entreprises occupant moins de 50 salariés pour le secteur des industries touristiques de la Guadeloupe et des Outre-mer (secteurs S1 et S1bis).