07 juillet 2022

Marie-Galante. Avenir de l’usine sucrière : les vérités d’un rapport d’audit

L’avarie de la chaudière de l’usine de Grand Anse de Marie-Galante, le 14 avril 2021, a-t-il, à terme sonné le glas de cette industrie, celle du sucre, sur la Grande galette ?

Vendredi dernier, le préfet Alexandre Rochatte et des élus — Olivier Serva, député, Maryse Etzol, deuxième vice-présidente du Conseil départemental, présidente de la Communauté de communes de Marie-Galante, Camille Pelage, vice-président du Conseil régional — ont visité en toute discrétion l’usine de Grande Anse pour voir si l’usinier a réparé la chaudière et si la campagne peut débuter dans les temps, aux alentours du 20 mars.

En fait, si l’usine est presque en capacité de démarrer le traitement des cannes — montant des transformations 4 millions d’euros… l’usinier Stéphane Deniaud, accompagné du président de la SA Sucreries Rhumeries de Marie-Galante (SRMG) Martyr Nagau — a demandé une semaine à dix jours de plus pour être sûr…

La saison passée a été une saison blanche et sèche pour l’industrie sucrière de l’île aux cent moulins. Faute de chaudière, quelques tonnes de cannes ont été transférées tant bien que mal sur le continent, arrivées à Jarry, transportées par camions jusqu’à l’usine de gardel, au Moule…

Depuis, la SRMG a été sommée d’utiliser les fonds débloqués par les collectivités et l’Etat pour effectivement réparer la chaudière, pour remettre cette unité en route pour la campagne 2022.

Et, dans le même temps, l’Etat a missionné un audit sur la situation d’une usine détenue à 53% par une société , la Cofepp, qui a des biens outre-mer, et 47% par une coopérative des planteurs, la Socama. Le 29 avril, une mission inter-inspections a analysé les faits et ses conséquences.  

En octobre, en toute discrétion, les auditeurs ont rendu un rapport au gouvernement, qui a filtré sous une forme épurée. 

La mission a élaboré trois scenarii, dont un abandonné immédiatement, celui d’implanter une centrale de cogénération électrique adossée à l’usine. Mais, comme la Guadeloupe produit déjà beaucoup trop d’électricité, les 500 millions d’euros à investir… Bref, abandonnons cette solution onéreuse. 

Deuxième scénario, celui du transfert de la canne en barge. Autant dire qu’il s’agit là de fermer purement et simplement l’usine. Ou alors utiliser cette solution en cas de panne. Solution déjà mise en œuvre, qui a permis de constater que les infrastructures manquent au départ et à l’arrivée pour rendre cette solution efficace. Il faut des quais spécialisés pour ce transfert spécial. De plus, comme la Cofepp est une société qui a pour rôle de dégager des bénéfices, les auditeurs ont conclu qu’elle ne risquerait pas de mettre des fonds dans des infrastructures sur deux sites de production séparés par 30 kilomètres de mer…

Troisième solution : moderniser l’usine. Autant dire un gros travail. Ça doit faire trente ans que l’usine tourne comme une usine des années 1950. Ceci malgré des fonds mis comme dans un tonneau percé par l’Etat et les collectivités… ceci malgré des alertes, puis des avertissements de l’Etat sur le non-respect des normes environnementales. Avec cynisme, les propriétaires de l’usine ont toujours laissé courir. Plutôt fermer que dépenser un sou… c’est un peu l’idée. 

Les missionnaires ont envisagé qu’il fallait abandonner le système de chaudière à vapeur pour avoir un entraînement des moulins à broyer la canne avec un moteur électrique, puisqu’il y a de l’énergie électrique publique à ne plus savoir qu’en faire. 

Avec 30 millions d’euros, la transformation et la mise aux normes seraient assurées.

Ce qui permettrait d’attendre que l’avenir de la filière sucre soit définie, parce que l’avenir de l’industrie sucrière outre-mer semble bien compromise… disent les auditeurs. Non seulement il faut réparer l’usine (30 millions que l’Etat et les collectivités vont dans doute verser… il faudra veiller à ce que cette manne soit utilisée pour l’usine) mais réfléchir à l’avenir de Marie-Galante en termes économique et social.

En fait, les missionnaires font onze préconisations, demandant que le sous-préfet de Pointe-à-Pitre et les services de l’Etat prennent en main le dossier. Veiller à ce que la SRMG fasse les travaux nécessaires à la mise en route de l’usine, puis mette celle-ci aux normes, fasse avancer le dossier d’une transformation de l’usine pour passer de la vapeur à l’électricité pour les moulins, ceci en accord avec les collectivités qui devront elles aussi passer à la caisse, s’occuper de l’irrigation, puis d’envisager que plus de cannes soient utilisées pour faire du rhum (10% actuellement à faire passer à 15%), etc. 

Et puis, penser à transformer la société qui exploite l’usine en société d’économie mixte locale, les collectivités étant appelées à se manifester…

Mais, comme il en va de la survie d’une île et de ses habitants… tout sera fait pour mettre en œuvre une stratégie qui laisse le passé agricole de côté pour se tourner vers d’autres développements. Touristique, par exemple. 

André-Jean VIDAL

Le résumé du rapport :