06 février 2023

Guadeloupe. Juguler l’insécurité doit passer par des partenariats forts entre élus et forces de l’ordre

Séminaire sur la sécurité à la Créole Beach Hôtel de Gosier, ce mardi 22 novembre. Une organisation de la préfecture de Guadeloupe, troisième réunion de ce type pour sensibiliser les élus aux partenariats avec les forces de l’ordre, police et gendarmerie, à renforcer pour lutter efficacement contre la délinquance.

Tristan Riquelme, directeur du cabinet du préfet, a rappelé l’importance d’un outil essentiel, le CLSPD, Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, constitué du maire et de ses adjoints, du chef de la police municipale, du responsable de la gendarmerie (communes) ou de la police nationale (Pointe-à-Pitre, Basse-Terre et Capesterre Belle-Eau), plus quelques intervenants.

Malheureusement, comme les caméras de vidéoprotection installées par certaines communes, les CLSPD… ne fonctionne pas toujours.

Premier intervenant, le procureur Patrick Desjardins, qui s’exprimait au nom des deux parquets, ceux de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre.

« Les enjeux sont communs, a-t-il dit. Depuis 3 ans, malheureusement, avec la crise sanitaire, nous ne faisons que de la gestion des urgences. Or, le rôle des procureurs est aussi de prévention de la délinquance. Nous devons pour cela faire un travail de fond dans la sérénité. Aujourd’hui, on peut espérer que la Guadeloupe aille mieux avec plus de tranquillité. Le travail de fond se fait avec l’Etat, la Justice et les élus locaux. Il faut relancer dans toutes les communes les CLSPD. »

Patrick Desjardins a rappelé les « maux profonds et dévastateurs qui touchent la Guadeloupe : la violence routière mais aussi la violence intrinsèque, notamment dans la jeunesse. »

Il a dit les dégâts d’un trafic inter-îles qui facile, outre l’introduction de drogues, celle d’armes à feu. Pas des fusils de chasse, mais des pistolets automatiques…

Des homicides et des vols à main armée

« Actuellement, depuis le début de l’année, nous comptons 28 homicides volontaires dont 22 avec armes à feu. C’est le fait de jeunes guadeloupéens qui s’entretuent pour le moindre prétexte. La situation est complexe à analyser, mais c’est une jeunesse entière qui est menacée. C’est là que je vous le dis, le CLSPD à un rôle majeur.
« Nous sommes là pour mettre en place les outils de prévention : CLSPD, rappel à l’ordre (le maire en accord avec le procureur intervient sur des comportements limites). »

Les structures familiales ont tendance à se déliter.
Après les émeutes où le parquet a été sévère en fonction des actes, certaines familles ont repris les jeunes…
Audiences foraines avec les délégués du procureur pour les infractions de basse intensité (taux de présence 95% au lieu de 50% au tribunal)

Lydia Lacemon représente le rectorat. C’est la référente départementale Violence.

« Il nous faut agir en amont au plus tôt. Nous avons des partenariats fort savec tous les services de l’État. Quand le CLSPD est fort, la vie scolaire est moins violente, les enfants perturbateurs sont pris en compte plus rapidement. Des communes ont fait le choix de continuer, d’aller plus loin en confiant à des associations la prise en charge de ces enfants pour qu’ils ne traînent pas dans les rues. »

Tristan Riquelme a repris le micro pour donner quelques tendances : « De plus en plus, des établissements scolaires sont victimes de cambriolages. On vole des écrans, des ordinateurs. On voir aussi, même près des écoles qui au premier abord semblent tranquilles des agressions d’enfants aux abords des établissements scolaires par d’autres jeunes. »
Il a de même signalé les vols nombreux dans des magasins de téléphonie qui sont cassés de nuit par des délinquants de plus en plus jeunes.

La commandante Stéphane et le procureur Desjardins.

Un intervenant a fait valoir que cela est dû au fait que les enfants sont de plus en plus livrés à eux-mêmes et qu’il faudrait rendre obligatoire pour les jeunes en décrochage un « service militaire »…

Tristan Riquelme a rebondi sur cette question : « Les jeunes ont besoin d’être aidés : RSMA, Gendarmerie et Police ont des dispositifs d’accueil (cadets, réservistes) ».

La commandante de police Marie-Claude Stéphane, adjointe au chef d’état-major de la Police Nationale, a souligné la présence de la police dans des stands pour parler des actions et du recrutement, y compris dans le village du MACTe de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Elle a présenté le centre de loisirs et de jeunesse encadré par des fonctionnaires de police, la réserve opérationnelle de 16 à 72 ans qui est en pleine montée en puissance, le service citoyen universel.

Le colonel de gendarmerie Jean-Pierre Rabasté, rompu à l’exercice a dit le niveau de violence important dans l’archipel, donné les chiffres des vols à main armée, 200 depuis janvier, plus 200 en zone police, complète la commandante Stéphane, les homicides 13 plus 16, les tentatives 109.

Les outils existent, il s’agit de les activer

« Comment anticiper ?, a-t-il demandé. Par la présence sur la voie publique. Mission qui est aussi assurée par la gendarmerie mobile, 257 militaires présents pendant 3 mois, avant de céder la place à un nouveau groupe… La gendarmerie départementale, la réserve citoyenne, le référent sûreté, mais aussi les 26 conventions avec des communes pour la coproduction de sécurité, la vidéo protection… »

Le colonel Rabasté a mis en avant les 267 réservistes (2 formations par an) qui sont des Guadeloupéens volontaires et de qualité.

Un intervenant a demandé comment limiter ces armes qui sont dans la nature et servent pour des agressions, souvent mortelles.

Le colonel Rabasté a fait valoir divers outils de prévention : la campagne Déposez vos armes qui s’essoufle, les contrôles anti-délinquance, les enquêtes conjointes sur les réseaux de trafiquants.

Le procureur Desjardins : « Il y a un groupe local de traitement de la délinquance qui a été créé, je donne plusieurs fois par semaine des autorisations pour que les forces de l’ordre puissent fouiller les coffres des véhicules. De plus, le parquet demande des peines plus lourdes pour les détenteurs d’armes, mais la lutte est difficile dans la Caraïbe : il y a des go fast depuis la Dominique sans doute toutes les nuits. Nous nous trouvons devant des trafics protéiformes : stupéfiants plus armes.
D’ailleurs, lors des émeutes de la fin de l’année passée, les établissements qui ont été attaqués sont des petits commerces, la seule armurerie de l’archipel et l’armurerie des douanes : ceux qui sont armés ont le pouvoir et il y a les autres… »

Le colonel Rabasté, répondant à une question, parle de vidéo protection : c’est dissuasif et ça sert lors de l’enquête par la récupération de données… »

La vidéo protection est indispensable

Tristan Riquelme, sur question : « Pour avoir des caméras de vidéo protection, il faut un investissement avec des subventions par l’Etat mais il faut aussi un effort financier des communes. L’étude c’est 20 000 euros ! Mais, la vidéo protection est indispensable. Le problème, c’est l’entretien. Certaines communes sont équipées. Mis, combien de caméras fonctionnent réellement ? 24/72 à Pointe-à-Pitre, 0/30 au Gosier… Or, pour être utiles, ces caméras doivent être reliées à la gendarmerie ou à la police. Et puis, il faut bien choisir les caméras parce que ça coûte 20 000 euros pour une étude. Mon conseil ? Commencer par des petits projets, dans des zones éclairées avec des relais chez la police ou la gendarmerie. Les caméras doivent être placées dans des lieux stratégiques, ce doivent être des systèmes solides. Dans ce cas, l’Etat fera de l’accompagnement sur des projets sérieux. »

Au Gosier, il suffirait de relancer par une délibération de la CARL, à Pointe-à-Pitre il faut revoir l’éclairage. La solution pourrait être celui de l’intercommunalité.

La directrice régionale aux droits des femmes Lucette Faillot a fait le point sur les violences faites aux femmes.

André-Jean VIDAL