01 décembre 2022

Voile. Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Keni Piperol : « Arriver avant la fermeture de la ligne »

Keni Piperol (Cap’tain Alternance), 36e après une escale à La Corogne, fait preuve d’introspection et assure que « la Route du Rhum, ça change un homme. »

« Je prends plaisir à être en mer. Là, c’est une autre course qui a commencé en partant de la Corogne. Je vais essayer d’arriver avant la fermeture de la ligne, ça va être un peu serré. Les routages me font arriver le 4 ou le 5 décembre (la fermeture de ligne est le 4, NDRL), soit 10 à 12 jours de mer encore.

Mais, on ne lâche rien ! J’essaie de prendre le temps de bien faire les choses au niveau des manœuvres, du rangement à bord, de bien m’alimenter. Là, je viens d’empanner, donc ça fait un peu d’activité et de l’expérience. Puisqu’il n’y a pas de concurrents autour, les journées sont assez tranquilles. Je surveille pas mal aussi le bateau, je fais des tours pour voir si rien ne bouge depuis les réparations.

J’ai hâte d’arriver ! J’écoute de la musique, j’écris un peu sur ma tablette, je réfléchis sur tous les sujets. Des élèves m’ont envoyé un carnet avec plein de dessins que j’ai continué à feuilleter. Je profite de ces petits moments-là, du fait de faire marcher le bateau, de voir des couchers et des levers de soleil magnifique. Je n’ai pas encore croisé de mammifères, hormis des dauphins.

« La Route du Rhum du mental ! »

C’est clairement une expérience que je ne m’attendais pas à vivre. C’est la Route du Rhum du mental ! En partant de Saint-Malo, je n’aurais jamais pensé faire une course comme celle-ci. Une transatlantique comme ça, ça change un homme. Mais l’aventure est belle et à l’arrivée, j’aurais peut-être plus la même vision des choses. Jusqu’à maintenant, je n’avais jamais été confronté à des problèmes similaires et encore moins pendant une transat. C’est la première fois et j’espère que ce sera la dernière.

Le fait d’être déconnecté de la terre, de tout le monde, ça permet de se recentrer sur soi-même, de faire le bilan aussi. Je suis à peine à la moitié de la transatlantique et je ne me projette pas trop sur la suite. Mais l’idée, c’est de boucler la boucle et arriver à la maison par la mer, ce que je n’ai jamais fait. »

Et les autres ?

Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo) : « Mon moteur m’a pourri ma Route du Rhum »
« Cette nuit, j’ai un peu bourriné pour essayer de repasser devant lui (Ambrogio). Là, les conditions sont plus calmes que cette nuit et le jour est en train de se lever. Là, il reste 18 nœuds. Je m’apprête à renvoyer un ris dans la grand-voile. Cette nuit, c’était un peu trop ventilé, là on arrive dans le vent où y’a tous les dispositifs de concentrations de poissons dans les Antilles. Il y en a beaucoup, ce sont de grandes zones et il ne faut pas s’y retrouver. Les conditions du matin sont un peu plus tranquilles avec le jour qui se lève. C’est pas mal pour un dernier lever de soleil sur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe.
Ambrogio, c’est un coriace, mais on le savait déjà. Avec mes problèmes techniques, je n’avais besoin de personne pour être stimulé ! Je n’avais pas besoin d’Ambrogio pour mettre de l’intensité. Mais il est là ! Après c’est un match race un peu faussé parce que j’ai une pénalité de 45 minutes à faire avant l’arrivée donc faudra que je m’arrête. Tant qu’il est près de moi, c’est comme s’il était devant. Pour l’instant, c’est un contact virtuel. Cette pénalité, c’est dû au fait que j’ai dû dé-plomber mon bidon de gasoil pour redémarrer mon moteur. Ce n’est pas le moteur qui n’allait pas mais mon réservoir. Il fallait un autre réservoir mais je n’avais pas le bon matériel, c’était un chantier sans nom… Cette histoire de moteur m’a pourri ma Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Elle a un goût de gasoil, pas de Rhum…
»

LES MOTS DU BORD

Emmanuel Le Roch (Edenred) : « Un peu comme une journée sur un tire-fesses »
« Il faut tenir le volant aujourd’hui ! … Hier les grains se sont succédés toute la journée en force et en direction, c’était un peu la foire. Malgré tout, j’avais la vitesse et je ne m’en suis pas si mal sorti ! J’avais peur pour la nuit car les grains sont souvent plus costauds ! Au final quasi pas de grains mais l’intensité du vent est monté clairement d’un cran ! Le bateau fait des embardées de fou ! Ça cogne. accélère et rebondit sans cesse avec des pointes à 24 nœuds. J’essaye d’être vigilant au planté en fin de planté dans le surf, où le bateau vient buter dans la vague ; car là bateau s’arrête franchement et toute la charge est dans le gréement et les voiles, le risque de casser est fort à ce moment là ! J’ai l’impression que cette Route du Rhum est un peu comme une journée sur un tire-fesses pour remonter au sommet qui n’en finit pas d’arriver et un schuss de malade qui dure, qui dure, qui dure. Je commence à avoir mal aux cuisses ! En ce qui concerne la nourriture, je varie pas mal ! Beaucoup de grignotages au début car pas très faim et très dur de se faire à manger et là depuis quelques jours du Serrano sous vide avec du pain ! Et oui il est encore bon ! Car il est cuit deux fois et dure deux semaines ! C’est top car on a l’impression de frais ! C’est super agréable et évidemment je mange des bonbons la nuit pour éviter de s’endormir, on ne se refait pas ! »

Cédric Chateau (Sogestran-Seafrigo) : « Un rythme Costa Croisières »
« Sogestran-Seafrigo et moi sommes passablement plus frais que les deux derniers matins. Et pour cause, pas de cascades cette nuit ! Enfin, juste une petite sortie de route mais sans gravité. Il faut dire qu’on a moins attaqué que les nuits précédentes, un rythme plus Costa Croisières dirais-je…
Et bien Sogestran-Seafrigo a bien repris du terrain cette nuit sur nos adversaires et ça c’est une bonne nouvelle. Elle n’est pas facile à régler cette molette de la prise de risque ! Pourtant, il va falloir que je pousse encore mon joli petit bateau dans ses retranchements, le couteau entre les dents, si on veut encore, lui et moi, croquer quelques places. »

Kito de Pavant (HBF Reforest Action) : « Mon appel en faveur des forêts »
« Je vous avais promis une nuit étoilée. Ça a été tout le contraire. J’ai traversé une zone de grains qui a fortement perturbé les alizés. Le vent est devenu capricieux et il était bien difficile de trouver les bons réglages, quand il ne s’agissait pas tout simplement de trouver l’équilibre… Aujourd’hui, c’était beaucoup mieux et on a bien avancé. Et c’est tant mieux car ça se bouscule au portillon derrière…De toute façon, je ne sais pas aller plus vite. On bute dans les vagues devant. J’essaie d’abord de rester sur la piste, ce qui n’est pas toujours simple, avec la mer qu’il y a. Je suis toujours avec mon spi blanc et vert Reforest’Action et j’en profite pour renouveller mon appel en faveur des forêts. Vous savez que 2022 a été une année noire pour la forêt, qui a perdu encore des dizaines de milliers de km², un peu partout dans le monde. Il est urgent d’agir et c’est ce que fait Reforest’Action, comme d’autres d’ailleurs, et comme vous, si vous le souhaitez : achetez et plantez des arbres. C’est simple et pas cher (3 euros un arbre !) Faites le savoir autour de vous…
Là, on attaque la dernière ligne droite, qui ne le sera pas du reste, contrairement à ce qu’elle a été depuis les Açores. On va commencer à ajuster l’approche sur les Caraïbes, un coup dans le zig , un coup dans le zag. Ca n’a d’ailleurs pas tardé et devant et derrière. Et bien sûr le jeu consiste à être en phase avec les bascules du vent. Quand le vent tourne vers le Nord-est, on sera en tribord amure, quand le vent tourne vers le Sud est, on sera en bâbord amure. Et comme la manœuvre de l’empannage est à la fois périlleuse pour les voiles et énergivore pour le bonhomme, il est nécessaire de les programmer au moment opportun. Ca, ce sera le programme des jours à venir… »