30 novembre 2022

Haïti. Culture : salle comble pour Kalibofobo de Frankétienne

Mise en scène par Jacques Adler Jean-Pierre, la pièce Kalibofobo de Frankétienne a réuni un beau monde au restaurant Yanvalou, mardi 22 novembre 2022, dans le cadre de la 19e édition du festival de théâtre Quatre Chemins. Jouée par Rolando Étienne, l’invité d’honneur et Chelson Ermoza, cette représentation a suscité rires et réflexions.

Au restaurant Yanvalou, situé à Pacot, mardi 22 novembre 2022, le spectacle a eu lieu  Un décor simple accueille le public. Une cahute au beau milieu de la scène. Cette tente est la demeure d’Anatòl Kònichon, un déshérité. Ce laissé-pour-compte qui porte le poids du monde sur son dos vit à la merci des autres. Il joue le jeu des hommes d’affaires, des affairistes politiques et des apatrides de tout acabit. Ce n’est pas son professeur Melansyèl Kleridon Degidon qui dira le contraire.

Ces exploiteurs au visage de messie lui promettent monts et merveilles en échange de son service rendu sans dignité et sans vergogne et, à ses risques et périls. Sollicité dans les manifestations pour crier  »viv » ou  »aba » ou encore accomplir de sales boulots loin de toute morale pour répondre à ses besoins, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Mais Anatòl s’en fout. Il est mystifié. « Anatòl ou se chwal, se sou do w m ap marinen pouvwa m», lui rappelle le candidat Melansyèl.

Anatòl a des ambitions. Il rêve, un jour, de devenir riche. Peut-être comme Crésus. À l’instar de nos politiciens, Anatòl aspire à la richesse par le pouvoir, quel que soit le sacrifice consenti, y compris la vente de son âme au diable. Le bòkò Melansyèl lui promet de le faire élire député ou sénateur ou encore le faire accéder à un poste ministériel. Anatòl, aux anges, se voit déjà grand. Mais on accède au pouvoir en Haïti au prix fort. Rien n’est gratuit.

Avec la peur au ventre, Anatole finit, comme tous ces fous du pouvoir en Haïti, par endosser sa croix. Il prend sa fameuse « kwa madichon » pour pouvoir accéder, lui aussi, à ce pouvoir jouisseur. Il veut la porter non pas pour changer les conditions de vie des masses mais pour assouvir sa soif de richesse, même si le pays doit continuer à sombrer dans la misère, la crasse et la casse. Anatòl s’en fiche.

A l’instar de «Bobomasouri», «Pèlen tèt», «Kaselezo», «Twoufoban», «Kalibofobo» parle au spectateur. Au-delà du divertissement, la pièce s’incruste dans notre vécu et dénonce les travers de notre société. Cette pièce, jouée par les comédiens Chelson Ermoza et Rolando Étienne, interroge à nouveau le comportement prédateur de nos politiciens qui ne voient dans la politique qu’une source d’enrichissement au détriment du plus grand nombre.

Le théâtre de Frankétienne est une critique du pouvoir. Dans cette pièce, l’auteur s’en prend à nos hommes politiques et leur appétit démesuré du pouvoir. Il y donne à voir la misère, la pauvreté et l’exclusion.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/239132/salle-comble-pour-kalibofobo-de-franketienne-a-yanvalou