Opinion. Changement de paradigme institutionnel et de modèle économique :  l’État est désormais à la manœuvre

PAR JEAN-MARIE NOL*

Le récent passage d’André Chasseigne dans notre région mérite une analyse synthétique concernant la mission thématique sur la souveraineté alimentaire qui lui a été confié par le gouvernement , et tout cela mérite d’être cependant approfondie par la réalité suivante occultée par certains esprits chagrins rétifs à tout changement.

La réalité est que c’est l’État français qui a créé ce système de départementalisation avec la demande appuyé des élus locaux en son temps, dont Aimé Césaire, mais actuellement c’est bien le gouvernement qui est à la manœuvre et cherche à mettre bas le système départemental sans le dire ouvertement.

Et j’en veux pour preuve supplémentaire la mission actuelle confiée à André Chasseigne ancien président du groupe communiste de l’assemblée nationale. La mission confiée par le gouvernement à l’ancien député communiste André Chassaigne en Martinique, Guadeloupe, Guyane s’inscrit dans un moment charnière où l’État français semble acter la nécessité d’un changement de paradigme économique dans les territoires ultramarins, et plus particulièrement d’une remise en question progressive du cadre départemental tel qu’il a structuré les économies locales depuis plusieurs décennies.

Officiellement centrée sur la souveraineté et la sécurité alimentaires, cette mission révèle en réalité une réflexion plus large sur les limites du modèle économique actuel et sur la recherche d’un nouveau chemin de développement, mieux adapté aux réalités géographiques, sociales et productives des Antilles.

En choisissant André Chassaigne, figure politique reconnue pour son attachement aux questions agricoles et aux territoires d’outre-mer, l’exécutif envoie un signal clair : la réponse aux déséquilibres structurels ne peut plus se limiter à des ajustements techniques ou à la simple reconduction des dispositifs existants.

Les constats dressés sur le terrain sont sévères : une agriculture en déclin, une relève quasi inexistante, une concentration des aides européennes au profit de grands monopoles, une dépendance accrue aux importations et une organisation des circuits de distribution dominée par les grandes surfaces, qui étranglent les producteurs locaux. Ces dysfonctionnements ne sont pas accidentels, ils sont le produit d’un modèle départemental fondé sur l’intégration passive à l’économie hexagonale et européenne, au détriment d’une véritable autonomie productive.

La mission Chassaigne introduit ainsi une inflexion stratégique : au-delà de la sécurité alimentaire, elle pose explicitement la question de l’intégration de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane dans leur environnement caribéen, tant sur le plan commercial que normatif et logistique.

Cette orientation marque une rupture avec la logique de dépendance exclusive à la métropole et traduit la volonté de l’État d’explorer un modèle économique plus régionalisé, plus ouvert et potentiellement plus résilient. Elle implique nécessairement une évolution du cadre départemental, devenu un frein à l’adaptation rapide des politiques publiques aux contraintes locales.

En filigrane, c’est donc bien une transformation profonde du modèle économique qui est recherchée par le gouvernement, sous la pression conjuguée des limites financières de l’État, de l’essoufflement du modèle social français et des impératifs de souveraineté dans un contexte international instable.

En mettant en lumière les enjeux fonciers, la nécessité de relocaliser la consommation, de réorganiser la restauration collective et de rééquilibrer le rapport de force entre producteurs et distributeurs, le rapport à venir d’André Chassaigne pourrait servir de socle intellectuel et politique à une recomposition du cadre institutionnel et économique des Antilles. Plus qu’une simple mission agricole, il s’agit d’un jalon dans la volonté de l’État de faire évoluer un système arrivé à bout de souffle, en préparant les territoires à un nouveau modèle de développement, moins dépendant, plus productif et davantage ancré dans leur réalité régionale. 

Pour ce qui nous concerne, l’Article 73 renforcé par un pouvoir normatif est actuellement l’option la plus réaliste pour opérer un changement progressif du cadre politique et économique départemental actuel et envisager l’avenir sans risques de disruption brutale avec l’autonomie de l’article 74 qui serait préjudiciable à l’ensemble de la population antillaise.

*Economiste et juriste en droit public 

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