Opinion. Le peuple cubain n’est pas une variable d’ajustement sur l’échiquier de Washington

PAR SERGE LETCHIMY*

Serge Letchimy. @CTM

Il existe une forme de barbarie moderne qui ne porte plus l’uniforme, mais s’exerce par le biais de sanctions économiques unilatérales. Sous l’impulsion de Donald Trump et d’une doctrine dont l’arrogance tient lieu de diplomatie, les États-Unis maintiennent des lignes de fracture historiques, feignant d’ignorer qu’entre ces lignes, il y a des battements de cœur, des ventres vides et des destins brisés. On ne juge plus désormais Cuba à son immense apport culturel ou à sa contribution à l’histoire régionale, mais à sa capacité de résistance face à l’asphyxie financière imposée par Washington.

Cette violence contemporaine ne nécessite plus le fracas des armes ; elle opère par la froideur d’une signature au bas d’un décret. Depuis le 3 février 1962, le « nœud gordien » de l’embargo étrangle l’île, mais les mesures coercitives renforcées par l’administration Trump agissent comme un étau d’une cruauté inédite. Ce n’est pas seulement un système que l’on vise, c’est le pouls de millions de familles. En gelant les actifs et en paralysant l’importation de biens essentiels, on organise un siège médiéval en plein XXIᵉ siècle. Le résultat est sans équivoque : ce ne sont pas les structures de pouvoir qui sont affaiblies, ce sont les enfants de La Havane qui manquent de lait et les hôpitaux qui luttent contre l’obscurité.

Entendre aujourd’hui qualifier cette agonie de « simple résilience » est une imposture intellectuelle. On ne peut banaliser le massacre silencieux d’une économie en admirant la capacité d’un peuple à souffrir. La résilience ne doit pas être le paravent de l’indifférence. Prétendre libérer un peuple en l’affamant est la mystification la plus tragique de notre temps. La dignité humaine ne peut être la monnaie d’échange des rapports de force dictés par les États-Unis.

Le véritable « crime » de Cuba ? Son refus historique de s’aligner sur les intérêts hégémoniques de son voisin du Nord. Dès lors que ce pays a choisi son propre destin, le prétexte démocratique est devenu l’arme du sabotage. La liberté promise par l’impérialisme de Donald Trump a l’odeur de la mise sous tutelle, pas celle de l’émancipation.

Nous, Martiniquais, peuple caribéen inscrit dans la chair de cet espace caribéen, ne pouvons rester les spectateurs muets de ce naufrage organisé. La mer qui nous sépare de Cuba n’est pas un fossé, c’est une artère. Nos liens ne sont pas nés de l’idéologie, mais de la vie même. Ils s’incarnent dans nos médecins, dans nos étudiants qui s’y forment, et dans nos cultures qui s’entrelacent. 

La solidarité régionale n’est pas une option diplomatique, c’est un devoir de civilisation. Notre pays n’est l’arrière-cour de personne ; elle est un espace de responsabilité mutuelle.

Il est temps de dénoncer ce « pillage des possibles ». Il est temps de rappeler que si Internet n’oublie rien, l’histoire, elle, finit toujours par juger les bourreaux qui utilisaient la faim comme argument politique. Le peuple cubain n’est pas une variable d’ajustement sur l’échiquier de Washington. Il est notre frère, et son cri de dignité est indissociablement le nôtre.

*Président du Conseil Exécutif de Martinique

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