A l’occasion de sa venue en Guyane le 1er avril, Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France (GLDF), sera présent pour célébrer le 30ᵉ anniversaire de la loge de Guyane, « Gaston Monnerville« . Interview.
Son déplacement s’inscrit dans la démarche nationale d’ouverture au public de la GLDF « Osez pousser nos portes » et vise à aller à la rencontre des frères de Guyane, découvrir le temple local et échanger sur la place de la franc-maçonnerie en Guyane.
Il sera également présent en Martinique dans le cadre du Congrès Caraïbes Amériques de la Grande Loge De France.
Son déplacement vise à aller à la rencontre des frères de Martinique, découvrir le temple local et échanger sur la place de la franc-maçonnerie en Martinique.
Rencontre avec Jean-Raphaël Notton.
- Quelle est la place de la grande loge de France dans les outre-mer ?
À votre question qui est au singulier et qui peut donner une impression d’uniformité, je préfère le pluriel qui est plus symbole de diversité et donc porteur d’universel.
La Grande Loge de France et la plus ancienne des obédiences de tradition en France.
Elle est présente en France métropolitaine, et elle est présente dans l’ensemble des outre-mer. Elle est présente également à l’étranger soit avec ses propres loges, soit avec des « filles » de la grande loge de France, qui proposent la même méthode de travail, c’est-à-dire le même rite.
S’agissant spécifiquement des outre-mer, nous sommes présents dans tous et de manière importante, mais nous avons un lien historique et particulier avec la région Amérique Caraïbes. D’abord, parce que notre tradition il y a plus de 200 ans de cela est née ici dans ce que l’on appelait à l’époque, les îles sous le vent, et c’est ensuite à partir de cet endroit que le rite dans sa version définitive est arrivé en France métropolitaine.
Par ailleurs, nous avons certaines de nos plus anciennes loges historiques de la Grande Loge qui se trouvent ici et en particulier en Guyane, comment ne pas citer la France équinoxiale qui est une des loges les plus anciennes de la grande loge de France.
- Vous êtes en Guyane pour commémorer le 30e anniversaire de la loge Gaston Monnerville. Comment ce personnage historique a-t-il influer sur l’expansion de la franc-maçonnerie en outre-mer ?
Gaston Monnerville a été député, sénateur, président du Sénat, et à ce titre, l’un des personnages les plus importants de la République française, c’est dire son engagement,
Mais au-delà de son engagement dans la cité, de son engagement républicain, Gaston Monnerville a marqué son temps par son engagement au service des autres, de tous les autres, et à ce titre, il constitue pour nous, frères de la Grande Loge de France, un exemple puisqu’il appartenait lui-même à la Grande loge de France et nous essayons naturellement de faire vivre et sa mémoire et les valeurs qu’il portait.
Mais comment venir en Guyane sans parler également de Felix Eboué. Felix Eboué est un personnage historique qui, on le sait peu ou pas suffisamment, a permis à la flamme de la résistance de renaître puisque c’est lui qui a apporté au Général De Gaulle tous les territoires extra métropolitain et en particulier l’Afrique. Sans lui, sans doute que le Général de De Gaulle ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et sans doute la France aurait eu bien plus de mal à recouvrer son indépendance. C’est dire l’importance historique qu’il a eu.
C’est d’ailleurs pour moi, l’occasion de vous dire que nous sommes très fiers à la Grande Loge de France d’être l’institution privée française qui a eu le plus grand nombre de compagnons de la libération, sept en tout. Félix-Eboué bien sûr, mais comment ne pas citer Pierre Brossolette, ce grand résistant et comment ne pas citer également, le doyen des compagnons de la libération, Hubert Germain qui est aujourd’hui enterré au mont Valérien.
- Guadeloupe, Martinique, Guyane, la franc-maçonnerie est-elle toujours élitiste dans ces régions ?
La franc-maçonnerie n’est pas élitiste dans ces régions et elle ne l’est nulle part.
Bien sûr, nous sommes fiers de compter parmi nos frères et parmi nos membres des personnalités éminentes qui occupent des responsabilités importantes.
L’on nous prête souvent une forme d’influence dans la société, si influence il y a, elle est en faveur des valeurs que nous défendons en particulier la liberté et en particulier la liberté de conscience, le respect des autres, le fait que nous soyons tous égaux, quelque soit nos origines géographiques sociale, ou quelle que soit notre couleur de peau.
Pour devenir frère de la Grande Loge de France, le sujet n’est pas celui de votre niveau académique et de votre nombre d’années après le bac, le sujet est celui de votre capacité à vous engager au service des autres et à être porteur de nos valeurs de la manière la plus sincère qui soit.
C’est cela qui nous intéresse. Et non pas une forme d’élitisme académique qui est pour nous secondaire à nos yeux.
- En Martinique les jours prochains vous participez à une convention régionale CaraïbeAmérique. Quel message allez-vous délivrer ?
À la Grande loge de France, nous adorons la démocratie.
Dans chacune de nos loges, nous élisons un député et l’ensemble de ces députés constitue notre Assemblée Nationale que l’on dénomme le convent.
Le monde pour la Grande Loge De France est divisé en grande région et la région Amérique Caraïbes est l’une d’entre elles.
Ce sont tous les députés de la région Amérique Caraïbes, qui vont se réunir pendant deux jours à côté de Fort-de-France en Martinique, avec un programme de travail chargé,
Nous allons échanger sur la création de nouvelles loges, nous allons échanger sur les investissements qui permettront à nos frères de mieux travailler et d’avoir de meilleures conditions de travail.
Nous allons naturellement également échanger sur la diffusion de nos valeurs et sur les inquiétudes que nous pouvons avoir.
En particulier, nous sommes inquiets sur les difficultés de la liberté de conscience. Nous sommes inquiets sur la montée des radicalités qui ont tendance à diviser la société, plutôt que de créer des liens.
Face à ces enjeux, nous allons échanger sur la manière qui doit être la nôtre de porter mieux et au plus grand nombre, le message de fraternité qui est le nôtre, de respect mutuel, de liberté de conscience, d’exigence d’égalité de fraternité et de liberté.
- Comment recrutez-vous dans les outre-mer ?
En fait, nous n’avons pas de politique de recrutement,
Vous devez imaginer que nous sommes porteurs d’une tradition dont nous sommes très fiers et nous essayons de faire en sorte de transmettre cette tradition au plus grand nombre et surtout de transmettre les valeurs que porte cette tradition au plus grand nombre.
Nous sommes amenés à rencontrer des personnalités, quel que soit le niveau de responsabilité qu’elles puissent exercer et pour certaines d’entre elles, de transmettre notre envie de voir cette tradition portée par la nouvelle génération. Ainsi, nous sommes dans une démarche de transmission de valeurs avant d’être dans une démarche de recrutement proprement dit.
C’est cela qu’il faut comprendre et c’est cela qui fait la particularité de cette tradition, dite initiatique, ceux qui la portent tendent la main à ceux qui ne la portent pas encore.
André-Jean Vidal
aj.vidal@karibinfo.com
























