Opinion. Souveraineté énergétique : la Guadeloupe a la solution sous ses pieds

PAR HENRY JOSEPH*

Pour une souveraineté énergétique totale, perpétuelle et à coût nul d’importation.

Alors que le Premier ministre annonce ce 10 avril 2026 un plan d’électrification de 10 milliards d’euros par an pour affranchir la France des hydrocarbures importés, la Guadeloupe dispose depuis quarante ans d’une réponse unique, propre, perpétuelle et déjà opérationnelle : la géothermie haute enthalpie. Il est temps que l’Outre-mer ne soit plus oublié dans les grands plans nationaux — surtout quand la solution est littéralement à nos pieds.

1. Une urgence insulaire que la métropole ne mesure pas

Ce matin, depuis Matignon, Sébastien Lecornu a prononcé une phrase qui devrait résonner particulièrement fort aux Antilles : « Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres. » Pour la France hexagonale, c’est une vision stratégique. Pour la Guadeloupe, c’est une réalité quotidienne existentielle.

En 2023, plus de 65% de l’électricité guadeloupéenne provenait encore de combustibles fossiles — fioul et charbon — acheminés par des bateaux qui traversent des détroits géopolitiquement volatils. Le détroit d’Ormuz, les tensions en mer Rouge, la moindre crise logistique internationale : tout cela peut couper l’alimentation énergétique d’un archipel de 400 000 habitants du jour au lendemain.

La crise du Covid l’a révélé pour l’oxygène médical. La flambée des prix en 2022 l’a révélé pour le carburant. La vérité est simple : une île qui dépend d’un bateau pour son énergie n’est pas souveraine. Elle est vulnérable.

« La solution n’est pas dans un bateau. Elle est dans notre volcan. »

2. La démonstration géologique : une ressource infinie et gratuite

La Guadeloupe est une région volcanique. Elle le sera toujours. Et c’est précisément cette réalité géologique — souvent perçue comme un risque — qui constitue en réalité notre atout énergétique le plus extraordinaire.

Le principe est d’une simplicité absolue. À 1 000 mètres de profondeur sous nos pieds, la roche est à 250 degrés Celsius. L’eau bout à 100 degrés. Nous disposons donc d’un excédent thermique de 150 degrés — une vapeur haute enthalpie d’une puissance remarquable.

D’où vient l’eau qui alimente ce système ? De deux sources permanentes et inépuisables : 60% d’eau de mer qui s’infiltre naturellement dans les failles volcaniques, et 40% d’eau de pluie — la Guadeloupe en reçoit en abondance. Ces deux sources ont existé depuis que la Terre tourne. Elles existeront tant qu’il y aura des hommes — car l’eau représente 60% du poids du corps humain. Le jour où il n’y aura plus d’eau de mer ni d’eau de pluie sur Terre, il n’y aura plus d’hommes, et donc plus de projet énergétique à financer.

En d’autres termes : tant que la Guadeloupe sera habitée, elle aura son énergie géothermique. Gratuitement. Proprement. Perpétuellement.

3. Ce qui existe déjà : Bouillante, pionnière mondiale

La centrale géothermique de Bouillante est en service depuis 1986. Elle produit aujourd’hui 15 MWe en continu, soit environ 7% du mix électrique guadeloupéen. Une extension en cours de finalisation pour la mi-2026 va porter cette capacité à 25 MWe — soit 14% du mix.

Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) confirme qu’un potentiel additionnel de plus de 50 MWe est exploitable dans la décennie à venir — Avec ces forages supplémentaires, la géothermie pourrait couvrir près de 30% des besoins électriques de l’île en production de base.

Ce chiffre est crucial. Dans un mix énergétique, la production de base — constante, pilotable, non intermittente — est le fondement sur lequel tout repose. Le solaire s’arrête la nuit. L’éolien s’arrête par temps calme. La géothermie, elle, ne s’arrête jamais.

« Notre production est constante sur le réseau. La future extension ne rendra pas le réseau instable, contrairement aux énergies fatales comme le photovoltaïque et l’éolien. »
 — Bernard Hira, directeur Qualité Environnement Sécurité, centrale de Bouillante

4. La proposition : Géothermie + STEP + Hydrogène = Autonomie totale

Voici le modèle intégré que nous proposons, en trois étages complémentaires :

ÉTAGE 1 — GÉOTHERMIE HAUTE ENTHALPIE (SOCLE)

Nouveaux forages sur les sites identifiés par le BRGM – Objectif : atteindre 75 à 100 MWe de production géothermique de base d’ici 2035, soit 40 à 50% du mix électrique guadeloupéen en production continue.

ÉTAGE 2 — STEP (STATIONS DE TRANSFERT D’ÉNERGIE PAR POMPAGE)

Le relief de Basse-Terre est un atout naturel exceptionnel pour les STEP. L’excédent électrique géothermique nocturne (quand la consommation est faible) pompe de l’eau en altitude. Cette eau turbinée en journée couvre les pics de consommation. Le résultat : un réseau parfaitement stable, sans batterie chimique importée, sans carburant fossile de secours.

ÉTAGE 3 — ÉLECTROLYSE ET HYDROGÈNE VERT

C’est l’étage le plus ambitieux et le plus transformateur. Si nous décidons de réserver que 20% des 40 % d’eau de pluie qui s’infiltre naturellement , pour produire une électricité qui  soit  consacrée à l’électrolyse de l’eau , produisant simultanément de l’hydrogène et de l’oxygène. L’hydrogène vert , fabriqué, alimentera les bus de transport public, les ferries inter-îles vers Marie-Galante, Les Saintes et La Désirade, et les engins agricoles — bulldozers, tracteurs, machines d’agrotransformation. L’oxygène, lui, alimentera le nouveau CHU de Guadeloupe en continu — plus jamais de rupture comme pendant la crise du Covid.

5. Une révolution économique, pas seulement énergétique

Ce projet n’est pas seulement une question d’énergie. C’est la condition de l’autonomie économique de la Guadeloupe.

Une énergie locale, non intermittente et au coût marginal quasi nul à long terme (les forages amortis sur 40 à 50 ans) transforme radicalement l’équation économique de l’agrotransformation. Transformer notre biodiversité en filieres haute gamme , gourmande en energie ,grace à cette électricité haute entalpie et pilotable  : valoriser le café arabica  et le cacao patrimoniaux, développer des filières de fruits et légumes pays pour l’export, développer les oleagineux locaux ( coco, avocat, zanman) , developper les phytocosmétiques et phytomedicaments , developper les filieres textiles à partir de nos fibres locales ( coton, banane , sanseveria , agave ), developper les plantes tinctoriales ( indigo et autres couleurs ) et bien d autres filieres ,  — tout cela nécessite de l’énergie fiable et bon marché. Aujourd’hui, cette énergie arrive sur un bateau, au prix des marchés mondiaux.

Demain, avec la géothermie intégrée, cette énergie sort du sol guadeloupéen. Elle est, la nôtre. Elle est constante et de forte puissance . Elle est gratuite à l’usage — seul l’investissement initial de forage est à financer, une seule fois.

Les bateaux à hydrogène inter-îles désenclavent économiquement Marie-Galante, Les Saintes et La Désirade. Les engins agricoles à pile à combustible réduisent le coût de production agricole. L’oxygène médical local , produit par electolyse et stocké en bombone , sécurise notre système de santé. Et le tout est propulsé par une énergie qui ne génère ni CO₂, ni déchets radioactifs , ni dépendance, donc pas de conséquences sur le rechauffement climatique .

6. Ce que nous demandons au gouvernement Lecornu

Le plan d’électrification annoncé ce 10 avril 2026 prévoit 10 milliards d’euros par an. Nous demandons que l’Outre-mer — et singulièrement la Guadeloupe — ne soit pas, une fois de plus, traité comme un angle mort de la planification nationale.

Nos demandes concrètes sont les suivantes :

1. Un programme national de forage géothermal dans les ZNI volcaniques (Guadeloupe, Martinique) financé dans le cadre de la PPE3, avec simplification administrative des procédures du Code Minier.

2. L’inscription de la STEP de Basse-Terre dans les projets prioritaires de stockage d’énergie renouvelable, au même titre que les batteries lithium en métropole.

3. Un appel à projets spécifique « Hydrogène insulaire vert » pour financer les premières installations d’électrolyse géothermique dans les archipels français d’Outre-mer.

4. Une ligne budgétaire dédiée à la continuité territoriale à hydrogène vert pour les liaisons inter-îles des archipels guadeloupéen et martiniquais.

5. L’intégration de la production d’oxygène médical local dans les plans de résilience sanitaire des CHU d’Outre-mer — leçon directe tirée de la crise Covid.

Conclusion : La Guadeloupe peut être le laboratoire mondial de la souveraineté énergétique insulaire

L’Islande produit 100% de son électricité à partir de la géothermie et de l’hydraulique. Le Costa Rica produit 99 % de son électricité à partir de sources renouvelables. Les Açores atteignent 40% de géothermie. La Guadeloupe, avec son volcanisme actif, sa pluviométrie, ses reliefs ,son ingéniosité et son expérience de Bouillante  peut faire mieux encore — et montrer la voie à tous les archipels volcaniques tropicaux du monde.

Nous n’attendons pas que l’État nous donne cette énergie. Elle est déjà là, sous nos pieds, depuis des millions d’années. Nous demandons simplement qu’on nous aide à la forer, à la stocker et à la transformer — une seule fois — en investissant dans une infrastructure qui servira pendant des siècles.

Le retour sur investissement est garanti par une vérité géologique immuable : tant qu’il y aura de l’eau et de la chaleur volcanique en Guadeloupe — c’est-à-dire tant qu’il y aura des hommes — notre énergie sera là.

« L’énergie n’est pas un marché. C’est un enjeu de sécurité nationale. »
 — Sébastien Lecornu, Premier ministre, 10 avril 2026

Pour la Guadeloupe, cette vérité est encore plus absolue. Notre sécurité nationale énergétique ne dépend d’aucun détroit, d’aucun cartel, d’aucun cours du baril. Elle dépend de notre volcan. Et notre volcan, lui, ne négocie pas.

*Tribune rédigée par un citoyen guadeloupéen, expert en  biodiversité de l’archipel, engagé dans la valorisation du patrimoine naturel et agricole de la Guadeloupe. Cette proposition s’inscrit dans une démarche de force citoyenne de proposition, en réponse directe aux annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu du 10 avril 2026.

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