Caraïbes. Série. Éducation et exclusion socio-raciale par Marie-Dominique Cidalise-Montaise

Il existe de manière consciente ou inconsciente dans la relation éducative des violences symboliques qui se perpétuent au sein des sociétés caribéennes vis-à-vis de certains groupes humains basées sur des critères en lien avec le milieu social d’origine et la couleur de la peau.

Pour mieux cerner cette problématique il semble indispensable de définir ce sujet tabou qu’est le colorisme. Cette notion peut être définie comme un processus de discrimination basé sur le teint de la peau parmi les membres d’un groupe dans lequel une peau plus claire est plus valorisée que les teints plus foncés.

Le colorisme apparait donc comme une forme de racisme qui implique préjugés, stéréotypes et perception de la beauté. Par conséquent les enfants, les élèves qui souffrent d’expériences raciales négatives en raison de la couleur de leur peau peuvent être stigmatisés et avoir une faible estime de soi.

L’histoire des Antilles françaises est organisée autour d’une hiérarchie socio -raciale. La couleur de la peau et l’origine sociale ont été des facteurs disqualifiants dans nos système éducatif. Qu’en est -il dans la caraïbe anglophone ?

A partir de 1743 après des siècles de colonisation on retrouve une forte empreinte du système éducatif anglais. Comme aux Antilles françaises avant 1838 inculquer une éducation aux esclaves met en opposition les propriétaires de plantation et les missionnaires chrétiens.

Après 1848 (date de l’abolition de l’esclavage), la Martinique connaît des transformations économiques et sociales. La masse des anciens esclaves va constituer de nouvelles classes sociales. Il s’agit des ouvriers (agricoles et industriels),des paysans pauvres, des hommes de couleur libres formant la petite bourgeoisie urbaine et rurale, et pour terminer des anciens esclavagistes devenus propriétaires fonciers et capitalistes industriels appelés « les békés ».

C’est dans ce contexte difficile, que le 27 Avril 1848 est voté le décret sur l’instruction publique. Par ce décret l’enseignement est rendu accessible à tous et l’école devient obligatoire pour les enfants. Mais cet égalitarisme scolaire n’est pas en rapport avec la réalité sociale.

Les élèves sont pris en charge par les religieux et l’église est très présente dans l’orientation idéologique des écoles. L’ouvrage de M Giraud ”Races et classes à la Martinique” va nous permettre de mieux cerner les préjugés de races et de couleur omniprésents dans la société martiniquaise. Sous la 3e République l’Ecole est l’outil de l’assimilation des colonies.

Le projet scolaire est clair, une école pour tous, publique, laïque, gratuite et obligatoire, l’école du peuple. Avant la départementalisation l’instruction primaire n’existe que là où il y a les moyens, dans les milieux urbains et quelques hameaux.

La majorité de la population n’y a pas accès, il en résulte une sous scolarisation du plus grand nombre formé de nègres en général puisque la scolarisation universelle ne commence aux Antilles qu’en 1980 soit un siècle après la loi de Jules Ferry. L’école est l’instrument de l’idéologie mulâtre en effet en 1870 il s’agit d’instruire dans un premier temps les enfants des fonctionnaires de la colonie et ceux des bourgeois de couleur.

Il existe bien une idéologie mulâtre qui s’intensifie par la construction de certains établissements scolaires, notamment le lycée Schœlcher. Bien que les républicains martiniquais se soient battus pour la laïcisation de l’enseignement, ils n’ont finalement pas poursuivi la lutte pour instituer un enseignement gratuit obligatoire et public pour tous et ont opté pour l’élitisme racial, intellectuel et économique.

La discrimination par l’instruction a renforcé les effets négatifs du développement séparé des groupes raciaux en figeant les hiérarchies dans l’ordre socio-économique, de même que les représentations sociales en facilitant la diffusion de l’idéologie mulâtre autre volet des préjugés raciaux.

Le travail d’histoire s’avère plus que nécessaire pour faire sortir les mentalités, les chiffres, les faits de la structure coloniale qui, si elle a disparu sur le plan juridique, perdure dans ses conséquences notamment dans le système éducatif.

En résumé dans nos pays se pose imbriquée à la question sociale, la question raciale due à une insuffisance ancestrale de considération liée à la couleur de la peau.

Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp
Email

Actualité

Politique

Economie

CULTURE

LES BONS PLANS​