Guyane. La Montagne aux esprits à Camopi

En Guyane, Lucien Civette, Teko d’une soixantaine d’années, est l’un des derniers dépositaires d’une connaissance historique, géographique et mythique liée de la rivière Camopi.

Le bassin de la Camopi, rivière de Guyane française au cœur de la forêt amazonienne, constitue l’un des territoires historiques du peuple amérindien des Teko. Dès le milieu du XXᵉ siècle, l’administration coloniale et la scolarisation obligatoire entraînent le déplacement progressif de ses habitants vers un village en aval et provoquent l’abandon de vastes zones autrefois habitées.

Lucien Civette, Teko d’une soixantaine d’années, est l’un des derniers dépositaires d’une connaissance historique, géographique et mythique liée à cette rivière. Conscient de la fragilité de cette mémoire, il ressent l’urgence de la transmettre aux générations suivantes. Loin d’être un espace « naturel » opposé à l’humain, la forêt apparaît comme un paysage historique, façonné par des usages, des savoirs et des relations qui continuent de la faire vivre.

Lucien Civette a grandi à près de deux cents kilomètres de la côte, dans des territoires aujourd’hui désertés. Accompagné de sa femme, Patricia, et d’un groupe de Teko expérimentés, il entreprend de remonter la rivière Camopi afin de leur faire découvrir les villages de ses ancêtres et, plus loin encore, le mont Belvédère, vaste relief isolé qui domine le paysage et constitue un lieu central dans la culture teko. 

Un déplacement dans le temps et la mémoire

Serge Suitman, traducteur teko quadragénaire, est du voyage pour assurer la médiation linguistique, tandis qu’Éric, Pascal, Sylvain, Francis et Narcisse se relaient à la conduite des pirogues et au maniement de la perche takari utilisée pour diriger les embarcations.

Cette remontée de la Camopi est avant tout un déplacement dans le temps et dans la mémoire. À mesure que le groupe progresse, Lucien fait apparaître une autre lecture de la forêt. Les sauts – les rapides – et certains sites demeurent associés à des entités, des récits et figures mythiques toujours actifs dans la pensée teko. Ces espaces, aujourd’hui perçus comme « vierges », ont été intensément habités, cultivés et parcourus par les générations précédentes. 

La vie en forêt leur a également imposé un ensemble de savoirs concrets : la chasse, la pêche, le bivouac, le boucanage de la viande ou encore, la cueillette de plantes comestibles et médicinales. Entre zones préservées et territoires affectés par l’orpaillage, la remontée du fleuve s’achève aux sources de la Camopi, au mont Belvédère, un espace presque déserté depuis plusieurs décennies. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, cette arrivée marque une confrontation directe avec l’histoire dont ils sont les héritiers, bien que leur mode de vie se soit progressivement éloigné de ces lieux.

À travers leur épopée, ce documentaire interroge la manière dont un territoire peut être vidé de ses habitants tout en restant pleinement habité par la mémoire, les récits et les traces matérielles.

Mercredi 24 juin, 21.50 sur Guadeloupe La 1e

Mercredi 24 juin, 23.10 sur Martinique La 1e

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