La ligne d’attaque de l’administration Trump contre les migrants haïtiens aux USA et Haïti est économique.
La référence claire aux transferts sans contrepartie de la diaspora haïtienne par le département de la Sécurité intérieure (DHS) illustre une volonté d’asphyxier l’économie haïtienne.
« Les dollars américains ne devraient pas être utilisés pour subventionner des économies étrangères. Quatre années de frontières ouvertes sous l’administration Biden ont permis à 6 % de tous les Haïtiens d’entrer illégalement dans notre pays. Beaucoup de ces Haïtiens ont envoyé des transferts d’argent vers leur pays d’origine — représentant 20 % de l’ensemble de l’économie haïtienne et retirant 6,1 milliards de dollars à l’Amérique », peut-on lire sur le compte X du département de la Sécurité intérieure des USA qui fend d’une annonce : « Nous continuerons à nous battre pour y mettre fin. Sous le président Trump et la secrétaire Noem, notre priorité absolue est de placer la sécurité et la prospérité du peuple américain avant tout ».
Le département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis n’a pas annoncé de mesures par rapport à cette déclaration.
Durant les années Biden, la grande majorité des migrants sont entrés aux USA via un programme humanitaire. Les appliquants disposant d’un sponsor ont pu entrer aux USA. Des Haïtiens, détenteurs d’un visa et autres, ont été éligibles à l’obtention du TPS, combattu par cette administration. Ces migrants haïtiens disposent d’un permis de travail, d’un numéro de sécurité sociale. Ils paient des taxes et contribuent à l’économie américaine, ont mis en avant des militants de défense des droits des migrants.
La justice américaine a rendu une décision favorable aux ressortissants haïtiens protégés par le TPS. La juge fédérale Ana Reyes avait refusé, jeudi 12 février 2026, de suspendre sa décision bloquant l’administration Trump dans sa tentative de mettre fin aux protections temporaires d’immigration (TPS) pour les Haïtiens bénéficiaires vivant aux États-Unis.
Lors d’une audience à Washington, la juge fédérale Ana Reyes avait également évoqué des menaces qu’elle a reçues depuis sa décision du 2 février dernier. Elle a lu directement des courriels et des messages sur les réseaux sociaux, truffés de propos grossiers, appelant à sa mort. Reyes a indiqué qu’il était désormais courant que les juges reçoivent ce type de messages. Elle conclut l’audience en affirmant qu’elle ne se laisserait pas intimider, a rapporté l’AP.
« 5 milliards de dollars en 2025. C’est le montant des transferts reçus par Haïti, en hausse d’environ 20 %. Ces fonds vont d’abord vers les ménages. Ils soutiennent la consommation et l’activité économique au quotidien. Ils alimentent aussi le marché des dollars. Cela permet à la Banque centrale d’intervenir quand c’est nécessaire et a contribué à porter les réserves nettes à 1,6 milliard de dollars et à 3,2 milliards de dollars de réserves brutes, soit environ six mois et demi d’importations », selon la BRH.
Une grosse part des transferts sans contrepartie provient de la diaspora haïtienne basée aux USA.
« Le pouvoir d’achat de beaucoup de ménages en Haïti repose sur les transferts. Le spectre de restriction ou de taxation des transferts peut avoir un impact négatif sur Haïti et son économie. L’économie haïtienne vient de connaître six années de contraction économique de 2018 à 2025. Les impacts de cette crise multidimensionnelle sur la diminution de création de richesses dans l’économie totale, on peut tout simplement faire mention de la chute cumulée du PIB de 2019 à 2025, qui a été estimée à 16,1%, soit 106 milliards de gourdes, a confié le directeur de l’institut Haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) Harry Salomon.
En ce qui concerne le deuxième volet de la question, hormis les branches d’activité information et communication, activités financières et administration publique, quasiment toutes les autres branches ont subi des chocs énormes, en termes de baisse de valeur ajoutée ou de création de richesse. Parmi les contractions cumulées les plus élevées des valeurs ajoutées, on peut noter par ordre d’importance: Transport et entreposage (-68,6%) ; Électricité (-66,7%) ; Construction (-55%);
Hébergement et Restauration (-39,4%) ; Commerce (-34.4%) ; Activités de Fabrication ou Industries manufacturières (-27,1%) ; et Agriculture (-25,7%).
Par contre, au niveau des trois grands secteurs d’activité, le secondaire a été le plus affecté avec une chute de -36,2% de sa valeur ajoutée, suivi du primaire (-25,5%) et du tertiaire (-7,3%), a-t-il confié à Le Nouvelliste.
Depuis plusieurs années, Haïti est en proie à la violence des bandes armées. Selon le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), au cours du quatrième trimestre de 2025 (octobre–décembre), au moins 1 523 personnes ont été tuées et 806 autres blessées. Sur l’ensemble de l’année 2025, ces chiffres portent à plus de 5 915 le nombre de personnes tuées et à 2 708 celui des blessés, a rapporté l’ONU.
La violence qui a poussé l’économie haïtienne dans un long cycle de contraction, de destruction de richesse, de chômage à grande échelle, a exacerbé la situation humanitaire. L’ONU cherche 880 millions de dollars en 2026 pour venir en aide à 4,2 millions de personnes parmi les plus vulnérables, dans un contexte d’aggravation de la crise humanitaire et de sous financement des opérations humanitaires. « La crise humanitaire en Haïti continue de s’aggraver à un rythme alarmant, avec une forte augmentation des besoins humanitaires. Pourtant, la réponse humanitaire reste sous-financée, comme elle l’est dans de multiples autres crises, pour des raisons qui vont de la réduction globale de l’aide internationale à une fatigue des donateurs face à des crises qui durent », a confié en interview au Nouvelliste, le représentant du secrétaire général de l’ONU en Haïti et chef du BINUH, Carlos Ruiz Massieu.
« On estime que 6,4 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population haïtienne, auront besoin d’une aide humanitaire d’urgence en 2026, contre 6 millions en 2025. Entre mars et juin de cette année, nous prévoyons que 5,9 millions de personnes souffriront de malnutrition. Nous avons besoin de 880 millions de dollars en 2026 pour venir en aide à 4,2 millions de personnes parmi les plus vulnérables », a-t-il assuré.
Par rapport à d’autres pays de la région, le volume de transfert sans contrepartie reçu en Haïti est relativement faible.
Source : Le Nouvelliste
























