PAR TEDDY BERNADOTTE*
Avec Fanon et Zion présélectionnés pour les César, la filière audiovisuelle guadeloupéenne franchit un cap décisif et change clairement d’échelle. Ces succès récents ne sont pas le fruit du hasard : ils illustrent un modèle vertueux fondé sur un travail concerté entre institutions, professionnels du secteur et diffuseurs. Une véritable démonstration d’intelligence collective et de fertilisation croisée.
Il faut toujours laisser le temps au temps.
Il y a quelques années, lors du lancement du festival Nouveaux Regards, j’exprimais une conviction profonde : malgré le potentiel immense et le talent indéniable des réalisateurs, cinéastes et comédiens locaux, la pérennité de cette dynamique ne pourrait être assurée sans une implication bien plus forte et plus structurante des acteurs privés. Il devenait alors crucial de convaincre certains groupes d’investir durablement dans cette filière.
Cherchant, peut-être maladroitement, à défendre les intérêts d’un secteur qui m’est particulièrement cher.
Nous sommes désormais en 2026, et ce débat appartient au passé.
Le cinéma est aujourd’hui pleinement reconnu comme une industrie culturelle et créative (ICC), et à ce titre comme un levier stratégique de croissance, d’attractivité et de développement économique pour la Guadeloupe. La série Wish, désormais diffusée dans vingt-cinq pays, Mamzel New York ou encore Zetwal Caraïbes, dont la diffusion est nationale, viennent confirmer la portée des actions menées ces dernières années, aussi bien dans le long métrage que dans la série.
Cette montée en puissance repose sur plusieurs facteurs conjoints : le talent des professionnels qui y œuvrent, l’engagement de précurseurs qui soutiennent la filière depuis de nombreuses années, et une volonté politique affirmée, renforcée par un contexte budgétaire jusqu’ici favorable.
Talents, volonté et moyens : un triptyque imparable
Depuis plusieurs mandatures, la Région Guadeloupe investit de manière significative dans le cinéma et l’audiovisuel. Ce soutien structurant s’est traduit par le financement de films et de séries, la création de fonds dédiés aux courts-métrages, des investissements majeurs au sein du lycée audiovisuel de Pointe-Noire, la co-création et l’accompagnement de nombreux festivals, l’aide à la mobilité des professionnels, sans oublier le projet de requalification du cinéma Rex, mené en étroite collaboration avec les acteurs de la filière.
Mais ce rythme ne pourra être maintenu indéfiniment. Les coûts croissants liés à d’autres politiques publiques, conjugués à l’intensification de la crise sociale, imposeront nécessairement des arbitrages.
Un nouveau partenariat public-privé
Sans un nouveau partenariat public-privé, la filière ne pourra ni poursuivre sa structuration ni garantir l’émergence durable de talents locaux. Pour préserver la dynamique actuelle, il est désormais indispensable d’impliquer davantage les acteurs privés et de renforcer les coopérations économiques autour de la création audiovisuelle.
Cette exigence n’est pas nouvelle. Il y a six ans, lors d’un déjeuner, Christian Lara rappelait déjà l’importance des longs-métrages pour structurer une véritable industrie. Ce qui semblait alors lointain est aujourd’hui en train de devenir réalité.
De là où il nous regarde, le père du cinéma antillais peut être fier du chemin parcouru et de l’élan pris par le cinéma guadeloupéen.
*Teddy Bernadotte est conseiller spécial du président de Région Guadeloupe et citoyen.
























