PAR CAMILLE PELAGE*
Camille Pelage a souhaité adresser une lettre ouverte au préfet Thierry Devimeux.
Monsieur le Préfet,
Alors que notre île traverse une période de douleur et de deuil suite aux tragiques événements survenus récemment, permettez que nous adressions d’abord nos plus sincères condoléances aux familles touchées.
En tant qu’élus au Conseil régional de la Guadeloupe, membres du groupe « Pensez Guadeloupe, Agir Guadeloupe », nous nous faisons la voix de celles et ceux qui vivent quotidiennement la peur résultant de la violence armée, un fléau qui gangrène notre société.
Aujourd’hui, des raisons futiles alimentent cette violence : un regard de travers, un avis divergent, un bijou convoité, etc. La vie humaine est dévalorisée au point où amis et ennemis se détruisent mutuellement. Il est impératif d’agir et d’arrêter ce cycle tragique.
Cependant, si les manifestations de violence sont alarmantes, nous devons reconnaître que la solution ne peut pas être de suspendre nos traditions, singulièrement la manifestation carnavalesque prévue dimanche prochain à Pointe-à-Pitre.
Au contraire, cela révélerait un manque de compréhension de l’importance de cet événement, qui représente une source précieuse d’engagement communautaire.
Notre « Mas » est, en effet, un puissant vecteur de lien social, un espace de créativité et d’expression qui permet l’épanouissement des populations. Des bénévoles travaillent sans relâche durant des mois pour fédérer les générations, valoriser notre culture et offrir à nos jeunes un espace où la violence n’a pas sa place.
Vous l’aurez compris, le carnaval est bien plus qu’une simple célébration ; il témoigne de la force mobilisatrice et régénératrice des associations guadeloupéennes.
Nous reconnaissons volontiers avec vous que les gestes symboliques tels que marches ou émissions médiatiques n’ont pas apporté les résultats escomptés. Le problème est bien plus profond ; il est donc essentiel d’agir par des initiatives solides et durables.
Nous lançons donc un appel solennel.
Sursautons ensemble pour soutenir notre carnaval, renforcer le tissu associatif et investir dans l’économie sociale et solidaire profitable à nos populations en difficulté.
Arrêtons de préférer l’arithmétique comptable, qui déshumanise l’action publique, à l’initiative locale, même disruptive, qui donne des résultats probants.
Privilégions le dialogue avec les acteurs du terrain et encourageons les initiatives qui marchent sans chercher à les engoncer dans des schémas d’actions et de pensées qui ne correspondent pas à nos réalités.
Le carnaval, loin d’être un problème, doit devenir une partie intégrante de notre réponse à la violence.
Vive le carnaval, vive les acteurs du tissu associatif, et vive l’économie sociale et solidaire !
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de nos salutations distinguées.
*Vice-président du Conseil Régional
Représentant du groupe « Pensez Guadeloupe, Agir Guadeloupe
























