Antigua-et-Barbuda et la Dominique se retrouvent dans une situation inhabituelle et délicate. Ce sont les deux seuls pays de la Communauté caribéenne nommément cités par les États-Unis dont les citoyens peuvent désormais être tenus de verser une caution de visa remboursable pouvant atteindre 15 000 dollars américains lors de la demande de certains visas de visiteur. Les autorités américaines affirment que cette mesure vise à dissuader les dépassements de séjour.
Pour de nombreux Antiguais et Barbudiens, la question est simple : pourquoi nous, alors que notre taux de dépassement de séjour n’est pas parmi les plus élevés de la région, et que plusieurs pays caribéens plus importants ont historiquement affiché des taux supérieurs ?
L’explication la plus probable est que cette situation est motivée par plusieurs préoccupations américaines simultanées. Le respect des règles relatives aux dépassements de séjour en fait partie, mais les déclarations et documents de politique américaine révèlent un autre aspect important : la confiance dans le contrôle, la gestion de l’identité et l’intégrité des documents de voyage.
L’exigence d’une caution de visa est liée aux visas de visiteur B-1/B-2. Dans le cadre de ce programme, un agent consulaire peut exiger de certains demandeurs le dépôt d’une caution de « maintien du statut et de départ » d’un montant fixe pouvant atteindre 15 000 $ US. Cette caution vise à inciter financièrement les voyageurs à respecter les conditions d’admission et à quitter le territoire à l’heure prévue. Il est important de comprendre qu’elle ne constitue pas une garantie d’obtention de visa. Une personne peut être tenue de déposer une caution et se voir refuser un visa malgré tout.
Les États-Unis ont indiqué que cette mesure entrera en vigueur le 21 janvier de cette année et que la majorité des pays concernés par ce programme de cautionnement se situent en Afrique. Dans les Caraïbes, Antigua-et-Barbuda et la Dominique sont les seuls États membres de la CARICOM cités, Cuba étant également mentionnée.
Données sur les séjours excédentaires et situation d’Antigua-et-Barbuda
Les taux de séjour excédentaire font partie des indicateurs de conformité souvent mis en avant par Washington, et ces taux sont calculés à partir des déclarations de séjour excédentaire aux entrées et sorties du territoire américain.
Les chiffres publiés les plus récents pour Antigua-et-Barbuda font état de 13 368 départs prévus pour les voyageurs de type B-1/B-2 et de 185 séjours excédentaires, soit un taux de 1,38 %.
Pour la Dominique, les mêmes données indiquent 7 368 départs prévus, 316 séjours excédentaires et un taux de 4,29 %.
En clair, le taux de séjour excédentaire d’Antigua-et-Barbuda est relativement faible, tandis que celui de la Dominique est nettement plus élevé. Cette différence est importante car elle suggère que les chiffres de séjour excédentaire à eux seuls n’expliquent pas entièrement la présence d’Antigua-et-Barbuda sur la liste. Si ce classement était uniquement basé sur les séjours excédentaires, la présence de la Dominique serait plus compréhensible que celle d’Antigua.
Le facteur prépondérant semble être le contrôle et les préoccupations liées à la citoyenneté par investissement.
C’est là que le contexte politique américain plus large prend toute son importance.
Antigua-et-Barbuda et la Dominique ont récemment été soumises à des restrictions partielles de visas américains, entrées en vigueur le 1er janvier 2026. Dans la justification américaine accompagnant cette mesure, Washington a directement évoqué des préoccupations liées aux programmes de citoyenneté par investissement, notamment l’absence d’obligation de résidence dans ces programmes.
Ce point est important car il indique que les États-Unis ne considèrent pas ce problème uniquement comme une question de dépassement de la durée de séjour autorisée. Ils l’envisagent également comme un enjeu de confiance dans les systèmes de vérification et d’identité, notamment en ce qui concerne l’acquisition de la citoyenneté et les contrôles d’antécédents effectués pour les personnes obtenant un passeport par investissement.
Ceci explique pourquoi Antigua-et-Barbuda pourrait être concernée par des mesures renforcées malgré un taux de dépassement de la durée de séjour autorisée relativement faible. Une fois qu’un pays est pointé du doigt pour des raisons de sécurité et de contrôle plus générales, des outils supplémentaires, tels que des cautions pour les visas de visiteur, peuvent être appliqués dans le cadre d’un durcissement plus global.
Commentaires
Comment le cautionnement et les restrictions partielles sont perçus par le public
Il est important de ne pas confondre ces mesures comme s’il s’agissait d’une seule et même politique. Elles sont distinctes.
Les restrictions partielles de visa concernent les catégories de visas pouvant être délivrées dans le cadre de la proclamation, à quelques exceptions près. Le cautionnement de visa est un instrument différent, conçu pour dissuader les séjours prolongés au-delà de la durée autorisée en exigeant une garantie financière en cas de non-respect des conditions.
Cependant, pour le public, l’expérience est vécue comme un durcissement global des règles. Un contrôle accru. Et le sentiment grandissant que voyager aux États-Unis devient moins prévisible et moins accessible aux familles ordinaires.
Comment la prudence et les restrictions partielles sont perçues par le public
Il est important de ne pas confondre ces mesures comme s’il s’agissait d’une seule et même politique. Elles sont distinctes.
Les restrictions partielles de visa concernent les catégories de visas pouvant être délivrées dans le cadre de la proclamation, à quelques exceptions près. Le cautionnement de visa est un instrument différent, conçu pour dissuader les séjours prolongés au-delà de la durée autorisée en exigeant une garantie financière en cas de non-respect des conditions.
Cependant, pour le public, l’expérience est vécue comme un durcissement global des règles. Un contrôle accumulé. Et le sentiment grandiose que voyager aux États-Unis devient moins prévisible et moins accessible aux familles ordinaires.
Pourquoi seulement ces deux pays de la CARICOM ?
Les États-Unis n’ont pas publié de ventilation détaillée, pays par pays, expliquant précisément pourquoi chaque pays figurant sur la liste des cautions a été sélectionné. Cela laisse place à l’interprétation.
Cependant, au vu des informations publiques, trois facteurs ressortent.
Premièrement, les États-Unis utilisent les dépassements de séjour comme un pilier de leur approche en matière de conformité des visas, et le taux de dépassement de séjour à la Dominique est nettement supérieur à celui d’Antigua-et-Barbuda.
Deuxièmement, les États-Unis ont explicitement ciblé Antigua-et-Barbuda et la Dominique dans le cadre des récentes restrictions partielles de visas, en s’appuyant sur un thème similaire : les préoccupations liées à la citoyenneté par investissement et à l’environnement sécuritaire en matière de vérification et de gestion de l’identité.
Troisièmement, le programme de cautionnement offre aux États-Unis un outil flexible. Il leur permet d’accroître la dissuasion financière pour certains groupes de demandeurs sans annoncer d’interdiction générale. C’est un levier politiquement plus facile à actionner qu’une suspension totale, mais il n’en reste pas moins un signal fort.
En conclusion, l’interprétation la plus plausible est qu’Antigua-et-Barbuda et la Dominique sont traitées comme un levier politique, et non simplement comme un problème statistique de dépassement de séjour. Washington indique qu’il souhaite des garanties plus solides en matière de conformité et une confiance accrue dans les systèmes de contrôle et d’identité, et il met en œuvre plusieurs mesures successives pour y parvenir.
Quelles conséquences pour les Antiguais et les Barbudiens ?
Pour les voyageurs, l’impact immédiat est évident. Une caution pouvant atteindre 15 000 $ US représente un fardeau financier considérable pour les familles, même si elle est en principe remboursable. Elle ajoute également de l’incertitude aux projets de voyage, car son application n’est pas uniforme et peut être déterminée au cas par cas.
Pour Antigua-et-Barbuda, les enjeux sont tout aussi clairs.
Le dépassement de la durée de séjour autorisée, même par une petite minorité, a des conséquences plus larges. Ces données peuvent influencer les politiques publiques. Parallèlement, cette situation met en lumière l’influence considérable que peuvent avoir les perceptions de la crédibilité des contrôles et de l’intégrité des passeports, notamment à une époque où les programmes de citoyenneté font l’objet d’une surveillance internationale accrue.
En fin de compte, la présence d’Antigua-et-Barbuda sur la liste des pays soumis à l’obligation de caution pour les visas, aux côtés de la Dominique, s’inscrit dans une position américaine plus globale, mêlant conformité et sécurité. Le nombre de dépassements de la durée de séjour autorisée fournit le contexte. Le discours politique général en donne la direction.
Et pour les Antiguais et les Barbudiens qui observent ces changements, le message est clair. L’accès peut se restreindre rapidement, même pour les pays dotés de passeports par ailleurs robustes, si la confiance dans les systèmes et la confiance dans le respect des normes deviennent un enjeu.
Source : Antigua Observer

























