L’Observatoire B2V des Mémoires met en lumière le lien complexe entre la dépression et la mémoire.
Calculé selon une formule mêlant météo, dettes, motivation et temps écoulé depuis Noël, le 3e lundi de janvier est généralement considéré comme le « Blue Monday », « le jour le plus déprimant de l’année ».
Troubles de la concentration, souvenirs difficiles d’accès, impression de « mémoire en panne »… Si la dépression n’est pas une maladie de la mémoire, elle perturbe profondément les mécanismes de mémorisation et de rappel, en lien avec le sommeil, l’attention et les pensées négatives envahissantes.
Francis Eustache, neuropsychologue et président du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires, et Catherine Thomas-Antérion, neurologue et docteure en neuropsychologie, apportent un éclairage précieux.
La dépression et la perte de mémoire
La dépression englobe une variété d’expériences, touchant aussi bien les jeunes que les personnes âgées, et pouvant se manifester par des épisodes uniques ou récurrents. Les symptômes incluent une humeur triste, un désinvestissement des activités plaisantes et une fatigue persistante, rendant difficile le fait de sortir du lit. De plus, des sentiments de culpabilité, un manque de confiance en soi, et des pensées suicidaires peuvent émerger.
Bien que la dépression ne soit pas une maladie de la mémoire en soi, elle perturbe considérablement notre capacité à mémoriser et à traiter l’information. Les difficultés de concentration et le manque de sommeil altèrent la consolidation des souvenirs, rendant l’accès à certaines mémoires difficile.
Contrairement à des affections comme la maladie d’Alzheimer, qui entraîne une perte de mémoire structurelle, la mémoire déprimée peut s’améliorer avec des indices contextuels. Cependant, les pensées négatives omniprésentes et la distorsion du temps aggravent ce trouble, menaçant d’enfermer l’individu dans un cercle vicieux de souvenirs tristes.
Les changements cérébraux liés à la dépression

Des études en neurosciences, notamment grâce à l’imagerie cérébrale fonctionnelle, révèlent des modifications métaboliques dans des régions clés du cerveau, comme les lobes frontaux et les hippocampes, qui jouent un rôle crucial dans la mémoire, l’attention et le traitement de l’information. Les dysfonctionnements observés sous-tendent des difficultés dans l’encodage et la récupération des souvenirs.
Il est important de noter que les résultats d’imagerie ne sont pas utiles pour suivre l’évolution de l’état d’un patient dépressif, car ces examens ne révèlent pas de lésions structurelles.
En revanche, lorsqu’une dépression est surmontée, la mémoire et d’autres fonctions comme le sommeil et l’appétit reviennent généralement à la normale.
Il est courant que les souvenirs évoqués pendant cette période restent teintés de tristesse, entraînant une pauvreté des souvenirs biographiques recueillis. En somme, la dépression affecte profondément la mémoire et la fonction cognitive. Toutefois, il est essentiel de comprendre que la guérison est possible et qu’avec le bon soutien, la mémoire peut retrouver sa vigueur.






















