Guadeloupe. Politique : « Faire de la politique, c’est choisir de s’engager, c’est refuser la fatalité »

La première plénière de l’année du Conseil départemental était consacrée aux grandes orientations budgétaires. Un long discours du président Guy Losbar a permis de préciser certaines choses.

Le discours du président du Conseil départemental, qui reprend, comme il le dit haut et clair, ses prérogatives de président du Congrès des élus, lui permet de donner les derniers développement dans le processus d’évolution institutionnelle.

La rencontre avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a permis de mettre en place une discussion franche et déterminée, la ministre ayant entendu la légitimité des résolutions du Congrès. Au cours de cette rencontre, Guy Losbar a redit que rien ne se ferait sans que les Guadeloupéen(e)s soient consultés.

Il annonçait que la commission ad hoc a repris ses travaux en janvier, « après 6 mois d’inaction. »

« Une chose est sure : au-delà des postures, et parfois aussi des impostures, toute la classe politique et tous les acteurs économiques sont unanimes à considérer que le changement est une nécessité.
Et sur la base des résolutions du dernier congrès des élus, de réunions de la commission ad hoc en séances de travail approfondies avec la Rue Oudinot ou l’Elysée, nous avançons progressivement dans l’élaboration d’un véritable accord avec l’Etat sur l’avenir de nos institutions. »

Il rassurait une nouvelle fois : « Ce sont bien les Guadeloupéens qui auront, in fine, le dernier mot sur l’avenir institutionnel et/ou statutaire de leur archipel. Et, dans cette perspective, je souhaite que les Guadeloupéens puissent exprimer leur avis avant la fin de l’année 2026 ! »

Pour faire taire les fâcheux, il annonçait une nouvelle et grande rencontre avec le monde économique pour parler de ce changement institutionnel, d’ici la fin du mois de février. Ce soir, il rencontrera l’UDE-MEDEF pour préciser une nouvelle fois sa démarche, tout comme il l’a fait avec quasiment l’ensemble du monde économique, lors de réunions tout au long de ces deux années, conformément à la promesse faite aux élus de questionner citoyens et socio-professionnels, syndicalistes et patrons, sur l’évolution institutionnelle et les changements à mettre en place pour impulser des politiques publiques locales dynamiques.

Ceci dit, le président Losbar faisait un état des lieux d’un territoire, la Guadeloupe, où la pauvreté, voire le paupérisme, est de plus en plus prégnante.

Comment faire face et remplir ce devoir de solidarité qui est celui du Conseil départemental ?

« Comment continuer à assumer, disait-il, alors que les départements ne disposent d’aucun levier de recettes supplémentaires ? Aucune taxe que nous pouvons librement augmenter en dépit du principe de libre administration des collectivités locales, aucune recette nouvelle sur laquelle exercer un véritable pouvoir de taux, aucune dotation de l’Etat correctement compensatrice ?

Les conséquences budgétaires de cet état de fait sont dès lors très mécaniques, affirmait-il : les départements puisent dans leurs fonds de roulement, avec des marges de manœuvre qui s’amenuisent d’année en année, cette spirale aboutissant à une épargne des départements qui s’effondre partout en France… »

Que faire ? Clamer haut et fort une sorte de ras-le-bol.

« J’interviendrai auprès de l’Assemblée des départements de France, pour exiger une révision profonde des modalités de financement des allocations individuelles de solidarité et l’attribution de nouvelles recettes beaucoup plus dynamiques.

Je ferai aussi valoir directement auprès du Gouvernement, la situation singulière de la Guadeloupe qui appelle plus que jamais une relation davantage partenariale, et pas uniquement des rattrapages comptables… »

Fonds européens : « Pour un changement de paradigme »

« Une autre problématique doit aussi nous mobiliser : celle de la diminution et de la recentralisation des fonds européens pour la prochaine programmation 2028-2034, telle que souhaitée par la Commission européenne.
J’ai d’ores et déjà fait part à la Commission européenne de l’opposition de notre Collectivité à ces perspectives sèches pour l’investissement public en Guadeloupe.
J’ai aussi appelé à un changement de paradigme pour enfin considérer les RUP comme des territoires riches de potentialités exceptionnelles, des territoires garants de la souveraineté et de la projection extérieure de l’Union européenne, et pas uniquement comme des territoires en perpétuel rattrapage. »

Guy Losbar

Guy Losbar poursuivait son discours, rassurant : « En 2026, le Département continuera à assumer ses missions de collectivité de toutes les solidarités. »

« Il le fera à travers la protection des familles et des enfants confiés.
Je n’oublie pas non plus notre Protection Maternelle et Infantile que nous avons su réformer, ni le programme ICOPE pour nos ainés, ni le soutien aux personnes autrement capables et à leurs aidants. Je pense aussi, naturellement, à l’insertion et au retour à l’emploi par le renforcement des dispositifs d’Insertion par l’Activité Economique et la finalisation du Bureau d’urgence sociale.

Nous maintiendrons, à leurs niveaux, les dotations aux collèges, la poursuite du Plan séisme 3 et les projets éducatifs innovants comme Jaden an nou. Nous poursuivrons notre politique de développement du sport comme outil d’intégration. Notre politique culturelle, marqueur de notre mandature, sera plus que jamais au service de notre identité et de notre cohésion sociale. »

Le Département assumera son rôle de grand aménageur public

« L’eau potable restera une priorité absolue. Plus de 27 millions d’euros seront consacrés au renouvellement et au renforcement des réseaux. Six millions d’euros seront également dédiés à la réparation des fuites, ainsi qu’à l’apurement partiel de la dette du SMGEAG.
Je continuerai personnellement à suivre ce dossier car je veux des avancées concrètes et mesurables pour nos compatriotes. Notre mandature se doit d’être celle de la fin des tours d’eau. »

Guy Losbar

Autre priorité du Conseil départemental : « Le Département renforcera en 2026 son engagement en faveur de la souveraineté alimentaire, en valorisant le foncier départemental pour y installer de nouveaux agriculteurs, en accompagnant durablement les filières agricoles et en optimisant son réseau d’irrigation.

Une réflexion sera aussi engagée sur le sujet de la restauration scolaire dans les collèges afin qu’elle contribue mieux à la structuration des filières agricoles, à la diminution du prix des repas et à une meilleure santé de nos enfants. »

Il concluait : « Le projet de budget primitif pour 2026 de plus de 800 M€ et dont l’examen interviendra d’ici la fin du mois, s’inscrira dans une trajectoire financière traduisant à la fois le niveau élevé des missions exercées par la collectivité et la volonté de préserver un effort d’investissement significatif, dans le respect de l’équilibre et de la soutenabilité de nos finances.
Faire de la politique, c’est choisir de s’engager. C’est refuser la fatalité.
C’est agir, même quand les conditions sont difficiles. »

En l’absence d’Elie Califer, président de la Commission Finances et Patrimoine départemental, Jean-Philippe Courtois, premier vice-président, lisait le rapport de celle-ci.

Il rappelait qu’ « En dépit de la situation financière préoccupante dans laquelle se trouvent déjà bon nombre d’entre elles, les collectivités devront ainsi contribuer dans une fourchette comprise entre 4,6 milliards et 8 milliards d’euros à la réduction du déficit budgétaire alors que leur endettement ne représente que 8% de la dette publique. »

Il poursuivait : « En dépit de ces contraintes, la Commission relève avec satisfaction que les grandes orientations budgétaires qui sont proposées pour 2026, sont, d’une part, en cohérence avec les engagements pris dans le cadre du Plan de mandature 2021-2028 du Département et, d’autre part, qu’elles permettent à la Collectivité de conserver un niveau de solvabilité et des marges de manœuvre corrects. »

Grandes orientations budgétaires

Dépenses de fonctionnement : 722M€, dont dépenses sociales et d’insertion : 429 M€
Recettes de fonctionnement : 743 M€
Epargne brute et l’épargne nette sont respectivement estimées à 21 M€ et à 9 M€ à la fin de l’exercice 2026.

Grands travaux

Les Commissaires ont approuvé les orientations visant à accélérer les travaux du SMGEAG pour un total de 27 M€ pour ce qui est des opérations portées par le Département et à accompagner le syndicat dans son redressement financier.

Ils ont validé de même la poursuite des opérations suivantes :  

  • travaux de grosses réparations, de mise aux normes parasismiques et d’entretien courant des collèges (33 M€),
  • travaux sur la voirie départementale (16 M€),
  • travaux de modernisation des infrastructures portuaires (10 M€),
  • entretien des 4 aérodromes (2 M€),
  • développement du programme de réhabilitation du bâti administratif et patrimonial pour notamment optimiser l’accueil des usagers (11 M€),
  • préservation et développement de la connaissance des espaces naturels et de leur biodiversité (1 M€).

Chaque président de commission intervenait ensuite pour donner son avis. Ce qui permettait à chacun de reprendre les données du rapport de la commission en rappelant les chiffres, les actions menées, les actions à venir.

Le conseiller départemental Jules Otto, opposition, était critique. Il demandait une clarification sur les arbitrages… etc. « qu’on passe de la cohérence apparente à la cohérence réelle. »

Une autre ne remettait pas en cause la volonté d’avancer mais la lenteur des procédures.

Brigitte Rodes annonçait le décès de M. Jospitre, ancien footballeur et cadre du Cygne-Noir. Elle demandait des précisions sur des travaux.

Guy Losbar répondait et s’associait à l’hommage de Brigitte Rodes.

Pour ce qui est des cohérences soulevées par Jules Otto, il rappellait le plan de mandature 2021-2028 et l’évolution de ce plan, avec les points faits chaque année et rappelés par les présidents de commissions lors des plénières.

Pour ce qui est des marges de manœuvre, des capacités d’investissement, des capacité d’auto-financement, il se félicitait de la vigilance permanente qui fait que le Conseil départemental de Guadeloupe n’est pas dans le même état de délabrement financier que 50% des Départements de France…

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