Politique. Evolution institutionnelle : le bras de fer et les faux semblants

Depuis plusieurs mois, c’est un bras de fer qu’observent les scrutateurs de la vie politique guadeloupéenne, ceci autour d’une éventuelle évolution institutionnelle.

Sur le dossier de l’évolution institutionnelle de la Guadeloupe, Guy Losbar, président du Conseil départemental, président du Congrès des élus pour les six mois à venir, reste ferme sur sa trajectoire : il faut évoluer vers plus de compétences pour sortir la Guadeloupe du marasme à tous les niveaux dans lequel elle s’enfonce.

L’article 74 de la Constitution de la Ve République pourrait apporter des solutions avec une autonomie bien préparée — et une assemblée unique, pour plus de cohérence dans la mise en œuvre des politiques publiques —, autonomie dont les Guadeloupéens seraient les arbitres dans les urnes, d’ici la fin de cette année.

« Rien ne se fera sans les Guadeloupéen(ne)s », a dit Guy Losbar. Ce qu’il n’a cessé de marteler au Congrès des élus et à Paris.

Il a, pour le soutenir, les votes successifs des deux derniers Congrès des élus, après de nombreuses concertations citoyennes et des consultations des organisations politiques, associations, etc. qui ont répondu à son invitation, dont certaines associations patronales, quoiqu’elles en disent. Les attendus des réunions en attestent.

Guy Losbar avance, après la tenue d’une première réunion avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, qui a marqué une possible convergence de vue avec le gouvernement. Une seconde réunion doit se tenir en début de semaine à Paris.

Il avance malgré la position d’Ary Chalus, président du Conseil régional, qui affirme que c’est l’article 73 de la Constitution de la Ve République — on ne change rien, dans l’état actuel de son écriture, surtout on ne touche pas aux deux collectivités, Région et Département — qui est sa boussole, quitte à l’aménager pour reconnaître plus de compétences… aux deux assemblées locales.

De plus, Ary Chalus n’est pas le dernier à mettre en cause l’Etat central et les gouvernements français successifs — et les chefs d’administrations d’Etat en Guadeloupe — qui freineraient, dit-il, le travail des élus et l’évolution naturelle de la Guadeloupe vers plus de responsabilités… Ne dit-il pas toujours que « les meilleurs experts de la Guadeloupe ce sont les Guadeloupéens. » ?

Guy Losbar avance malgré la prise de position tranchée d’une partie du monde économique, la CCI-IG, l’UDE-MEDEF, la CPME Guadeloupe, qui soutiennent vendredi dernier dans une conférence de presse que « rien ne se fera sans eux », qu’il faut rester dans l’article 73 et ne pas se risquer à l’aventure d’une autonomie mal préparée.
« Nous ne nous laisserons pas faire », a annoncé Bruno Blandin, président de l’UDE-MEDEF, ouvrant le feu.
« Nous nous opposons à cela », lance Victor Vénutolo, président de la CPME.

Selon ces acteurs économiques, le passage de la Guadeloupe de l’article 73 à l’article 74, « aura des conséquences économiques et sociales qui n’ont pas été mesurées, ni expliquées à la population. »

On peut se poser la question de l’union réelle — certains diraient posture — de ce monde économique face à la position du président Guy Losbar quand on relit les verbatim des réunions de concertation, distribués aux élus du Congrès, qui montrent bien que certains de ceux qui disent ne pas avoir été consultés… apparaissent dans ces documents publics. Leurs noms sont marqués en toutes lettres.

« Contrairement à ce qui est affirmé, confirme Gilles Cazimir, président de Citoyens pour un Projet Guadeloupéen de Société à la suite de la conférence de presse de l’UDE-MEDEF, la CCI-IG et la CPME Guadeloupe, le monde économique n’a pas été ignoré. Parmi les personnes auditionnées, la présidente de la Commission économique de l’UDE-MEDEF Guadeloupe, le 8 avril 2025, le président de la CCI-IG, le 14 avril 2025, le président du CESER, le 14 avril 2025, plusieurs membres du CESER et des économistes, le 17 avril 2025… Dire aujourd’hui « Nous n’avons jamais été consultés » est faux. »

Gilles Cazimir s’insurge contre les propos tenus lors de cette prise de position du grand patronat local qui laisse entendre que la mise en œuvre de l’article 74 mettrait en péril les 40% des fonctionnaires, remettrait en cause des droits sociaux… « La peur remplace le débat. »

Les documents publics qui ont été présentés au Congrés des élus témoignent que les conditions économiques et fiscales d’une évolution statutaire ont été étudiées par des experts locaux et nationaux indépendants. Ils ont remis un rapport de plus de 140 pages.

Ces aspects de la question seront sûrement encore affinés au cours de réunions de concertation avec le gouvernement — et les acteurs économiques — tout au long de cette année.

Et, quand tout sera bouclé, en fin d’année, le peuple tranchera et dira en toute indépendance si le statu quo, l’immobilisme, est préférable à une évolution mesurée.

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