Fred Reno, professeur émérite de science politique, responsable du CAGI
Après une année de présidence, Donald Trump renforce la peur et l’inquiétude tant au plan international que dans son propre pays.
Les récents meurtres de deux citoyens du Minnesota témoignent de la nature du système politique nord-américain dont la dérive autoritaire est désormais avérée.
L’objet de ce texte est d’illustrer cette dérive autoritaire et de s’interroger sur ses conséquences notamment dans la Caraïbe insulaire.
Les Etats-Unis ne sont plus une démocratie
Cette idée, avancée avec plus ou moins de nuances par de nombreux observateurs, se fonde d’abord sur l’action politique tous azimut de Trump à la fois dans l’espace politique, le judiciaire et plus généralement dans la société étasunienne.
Dire que cette action relève de l’autoritarisme signifie, par conséquent, que les États-Unis ne sont plus une démocratie.
Le président occupe tout le champ du pouvoir. Ce monopole n’est pas sans danger. « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir » nous enseigne Montesquieu. Par cette maxime, le philosophe du 18ème siècle nous rappelle qu’en démocratie, il faut des contre-pouvoirs. Cela signifie que dans la pratique constitutionnelle, il faut fragmenter le pouvoir pour éviter qu’il soit concentré dans les mains d’une même personne. Le principe d’une séparation entre les fonctions exécutive, législative et judiciaire en est une illustration. « Tout serait perdu si le même homme ou le même corps exerçait ces trois pouvoirs… » ajoute le philosophe. C’est au nom de ce dogme que les gardiens du temple démocratique condamnent la Russie, la Chine, la Corée du nord qui ont fait un choix contraire. Pourtant, ces expériences fascinent Trump. Il en salive. Il respecte leurs dirigeants, les envie et se rapproche d’eux ostensiblement et tend parfois à faire plus par une communication tapageuse. Généralement, il annonce ses méfaits anti-démocratiques et les réalise sans se soucier des critiques et des oppositions.
Il évite le plus souvent l’avis obligatoire du législatif ou le contourne. Il contrôle la cour suprême, autorité supérieure de l’ordre judiciaire dont la majorité des membres lui sont fidèles.
Il défie les tribunaux fédéraux, prend l’initiative d’action de guerre en Syrie, en Iran, au Nigéria, au Venezuela sans consultation du Congrès comme le prévoit la constitution.
Comme dans les régimes autoritaires il a recours à une violence excessive. Aux États-Unis, l’incarnation de la répression est notamment ICE (Immigration ans Customs Enforcement). Cette agence fédérale créée en 2003 est chargée de l’application des lois sur l’immigration et les douanes. A partir de 2025 prend un tournant répressif inquiétant. Cette police bénéficie de moyens humains et financiers et de compétences exceptionnels. Avec ce bras armé, Trump provoque la terreur à la fois contre les migrants assimilés à des délinquants et dans la population. Il y a des images saisissantes de rafles de migrants qui rappellent des temps sombres de l’histoire de l’humanité. Par exemple, un migrant poursuivi par ICE se réfugie dans l’ambassade du Honduras pour éviter d’être capturé. L’ambassadeur se référant à la législation internationale doit insister pour que le principe d’inviolabilité des locaux diplomatiques soit respecté. Deux étasuniens blancs manifestant leur soutien aux migrants ont été tués alors qu’ils ne constituaient pas une menace pour cette police spéciale de l’immigration. Considérés comme des « terroristes de l‘intérieur », leur assassinat a déclenché de vives protestations et une mobilisation d’autant plus importante que la répression s’abat aussi sur des citoyens étasuniens blancs.
Les autorités étasuniennes cherchent aussi à contrôler et à manipuler la communication afin d’influencer les esprits. Sur ce terrain Trump, capable de mensonges les plus perfides, n’a pas son égal. Il réussit parfois à banaliser l’inadmissible. Il peut par exemple soutenir qu’une Riviera avec des hôtels de luxe peut être construite à Gaza sur le lieu du génocide palestinien au profit d’une population exterminée ou déplacée. Il peut affirmer qu’il a fait assassiner une centaine de trafiquants de drogue dans la mer des Caraïbes sans aucune preuve de leur culpabilité. Il peut, encore sans preuve, dire tout haut qu’il a enlevé le président du Venezuela parce que celui-ci était à la tête d’un cartel et d’un gang qui se livraient au trafic de cocaïne, menaçant ainsi la sécurité intérieure de son pays. Le Venezuela n’est pourtant pas producteur de cocaïne et le gang désigné n’existe pas. La seule raison de cet enlèvement est d’ordre colonial. Il s’agit de contrôler un territoire et d’exploiter ses ressources contre la volonté de sa population.
Tout cela est connu et bien documenté.
L’autoritarisme trumpien se niche parfois dans des actions symboliques que l’on tend à minimiser.
Ce président, mentor des extrêmes droites nous rappelle sous des formes grossières et cyniques le régime totalitaire nazi. On ne l’a peut-être pas assez souligné.
Au cours de sa campagne, il a annoncé qu’il sera dictateur un temps, sans que l’on ait pris ses déclarations au sérieux, comme si finalement on en avait fait un simple bouffon arrivé là par un accident de l’histoire.
On ne s’est pas suffisamment interrogé sur la conception Trumpienne de la place des États-Unis dans le monde. Son « Make America Great Again » renvoie avant tout au rayonnement international, à l’ influence idéologique, à la grandeur tant physique qu’économique, en un mot à l’espace vital des États-Unis. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’intérêt de Trump pour le Groenland, le Canada, le Mexique. C’est ainsi qu’il faut comprendre ses attaques contre les démocraties européennes qui seraient décadentes à ses yeux et menacées « d’effacement civilisationnel ».[1]
Vous aurez certainement compris l’allusion comparative que l’on peut faire avec Hitler et le 3ème Reich allemand.
Si l’exploitation du pétrole au Venezuela et le projet d’exploitation touristique à Gaza relèvent du colonialisme, le projet trumpien est avant tout hégémonique. Comme la démarche des nazis il a une visée planétaire. Le « Make America Great Again » réssucite dans une certaine mesure le « Lebensraum » allemand sur lequel repose l’idéologie des nazis. « Le concept de Lebensraum, d’abord idéologique et instrument de propagande se transforma à partir de 1933-1934 en objectif à atteindre… Hitler cherchait évidemment à établir par étapes l’hégémonie allemande sur toute la planète »[2]. Trump serait-il l’Hitler des temps présents ?
Pour lui, comme pour les nazis, il s’agit avant tout d’occuper l’espace économique à des fins de grandeur. Il veut être le maître du monde comme son prédécesseur Hitler l’a souhaité. Avant Trump, le fuhrer a souhaité une expansion de son pays pour exploiter les ressources naturelles et industrielles des autres États. Au Venezuela « le dictateur » a été enlevé, mais la « dictature » peut rester en place dès lors qu’elle ne contrevient pas à la volonté et aux intérêts économiques de l’empire.
On pourrait ajouter à cette comparaison l’attitude provocatrice de certains membres importants de l’entourage présidentiel. Elon Musk et Steve Banon n’ont pas hésité à faire le salut nazi dans des manifestations publiques. Gregory Bovino, responsable de la police des frontières, dirigeant et membre actif de ICE, est présenté dans un article du quotidien le Monde, comme celui dont le « long manteau vert olive à boutons de laiton, (est) tout droit sorti, d’après les critiques, d’une collection de la Wehrmacht … »[3]. Autant de manifestations réelles ou symboliques d’une familiarité avec l’univers nazi.
On aurait donc tort de réduire l’agression du Venezuela à une simple application de la doctrine Monroe. Le lien avec cette doctrine est invocable parce que le pays agressé est dans la zone d’influence des Etats-Unis. Si le Groenland est attaqué à son tour, ce n’est pas parce qu’il est dans l’arrière-cour de Washington. Les ressources et la position stratégique de ce territoire danois justifieraient son annexion. Haïti est aussi en Amérique. Les gangs et la crise politique haïtienne favorisent des trafics d’armes et de stupéfiants et une émigration qui portent vraisemblablement atteinte aux intérêts des Etats-Unis. Pourquoi ne capture t-on Barbecue le principal chef de gang à Port au Prince ? L’invention d’une doctrine « Donroe », par référence au prénom du président mégalomane, révèle bien cette stratégie globale qui pourrait amplifier le risque sécuritaire dans le monde est singulièrement dans la Caraïbe.
Un risque sécuritaire accru dans la Caraïbe ?
Un rapport récent de l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques) dresse un état des lieux à la fois prometteur et préoccupant sur les perspectives de développement de la Caraïbe.
Une des premières illustrations du risque sécuritaire dans la région concerne les effets du désengagement des États-Unis des politiques de lutte contre le changement climatique.
Certes sur le plan des ressources naturelles, c’est une des régions les mieux dotées au monde. « Les caraïbes sont une région riche en opportunités, dotée d’un immense potentiel de développement. Abritant près de 10% des récifs coralliens mondiaux, 45% des espèces de poissons, et 25% des coraux, sa biodiversité unique constitue un atout inestimable non seulement pour la région mais pour le monde entier »[4].
La Caraïbe, faible émettrice de gaz à effet de serre est une des premières victimes de la politique de dérégulation climatique d’un des pays le plus pollueurs au monde. A terme ses ressources naturelles risque d’être gravement impactées par ce revirement étasunien.
Si ces ressources sont un atout, paradoxalement elles constituent aussi un facteur de vulnérabilité. La Caraïbe est une des régions du monde les plus exposées à « la pire offensive de l’histoire contre l’environnement et la santé publique »[5].
Le refus des États-Unis de prendre en compte ce risque climatique et le désengagement de son président des organisations et des initiatives internationales dans ce domaine, causeront vraisemblablement une dégradation accélérée de ces atouts. « Les phénomènes météorologiques extrêmes liés au climat ont augmenté de 85% dans la région entre 2001 et 2020, par rapport à la période 1980-2000. Les catastrophes naturelles ont coûté en moyenne 2,13% du PIB régional par an entre 1980 et 2020, avec de profondes répercussions sociales, notamment sur les populations vulnérables »[6]. Si Trump ne créé pas le problème, il l’aggrave, notamment par ses conséquences sociales pour les plus pauvres.
Si les conditions de vie des caribéens se sont améliorées au cours des trente dernières années, « près d’une personne sur quatre, vit dans la pauvreté, et 37% de la population est confrontée à une insécurité alimentaire modérée ou grave ».
Les politiques ultralibérales conduisent à la paupérisation des populations. L’absence de choix alternatifs amène ces dernières à douter du système démocratique. Ce doute planétaire, tend à favoriser paradoxalement l’élection démocratique de personnages autoritaires.
Dans la Caraïbe, nous n’en sommes pas là. Pas encore! Pour l’heure les populations manifestent , comme ailleurs, une défiance à l’égard des élites politiques et de la démocratie.
Dans la Caraïbe, “la satisfaction des citoyens à l’égard de la démocratie et des services publics a diminué. En 2023, 65% des personnes interrogées, se sont déclarées peu satisfaites du système démocratique, soit une augmentation de 22,6 points de pourcentage au cours de la dernière décennie”[7].
Si cette tendance observée par l’OCDE s’accentue, Haïti ne sera pas une exception. D’autres sociétés caribéennes pourraient connaître à terme une période d’instabilité chronique. Le risque sécuritaire prend ici une dimension politique.
Une démocratie inopérante est un risque d’État failli. Ce type de risque altère la capacité du centre poltique à produire des politiques publiques et à assurer la sécurité de la société. On aurait tort de le sousestimer.
D’autres indicateurs sont inquiétants et pourraient être encore plus alarmants après la décision de Donald Trump de déporter des migrants vers les petites îles de la région.
Antigua et Barbuda, ainsi que la Dominique sont les premiers territoires victimes de cette décision autoritaire de l’administration nord-américaine. Un refus de ces pays conduirait à l’aggravation de sanctions contre des pays dont les ressortissants sont déjà privés de visas en raison du citizen by investment pratiqué par les autorités locales[8].
Le risque sécuritaire découlerait ici de l’incapacité de l’État caribéen à faire face à un afflux de population dont on ne connait pas le profil. Quel que soit le nombre de personnes déportées, les mêmes questions restent posées: Comment les loger, comment les employer? Autant de questions qui se posent pour la population locale et auxquelles les autorités caribéennes peinent à répondre. La surchauffe sociale qui découlera inévitablement de ce choix contraint, pourrait provoquer des tensions, de la xénophobie et un risque sérieux d’instabilité.
Cette décision pourrait aggraver une situation sociale déjà fragile, déstabiliser les systèmes sociaux et les États de la région. Elle pourrait même avoir des conséquences en Guadeloupe et en Martinique en raison d’une image artificielle mais attractive de vitrine européenne développée. La proximité géographique de ces dépendances françaises et surtout la porosité de leurs frontières facilitent la circulation de biens et de personnes en toute illégalité. La Dominique et la Guadeloupe au nord, Sainte-Lucie et la Martinique au sud font partie des axes nord et sud d’un écosystème dans lequel chaque territoire occuppe une place dans le trafic de stupéfiants et d’armes; un écosystème qui se nourrit de l’instabilité sociale et de la corruption. Dans les îles, comme aux Venezuela, il faut douter du discours trumpien de lutte contre le narcotrafic. Se débarasser de migrants indésirables désignés comme délinquants aux Etats-Unis et les envoyer dans des pays qui n’ont pas les moyens de les acueillir, c’est augmenter le risque sécuritaire dans la Caraïbe.
Le recours à la doctrine Monroe et l’invention de la Donroe pour justifier la position de gendarme des Amériques, sont le vernis qui permet de légitimer la politique hégémonique des États-Unis.
Nous émettons pourtant l’hypothèse que ces doctrines sont d’un autre temps. La volonté étasunienne de s’imposer à son environnement est désormais altérée par l’influence chinoise croissante dans l’ensemble de l’Amérique latine et des caraïbes
Ces doctrines, pourront-elles résister à la pénétration économique et financière de la Chine?
La Caraïbe et le reste du continent américain sont des espaces contrôlés par les États Unis pour la satisfaction des leurs intérêts économiques et politiques au mépris de la volonté des pays concernés.
La doctrine Monroe a été perçue à un moment comme libératrice et protectrice face au colonialisme européen.
En réalité elle a servi de base à l’instauration d’une domination étasunienne sur le continent américain. Désormais l’Amérique se confond avec les États-Unis.
Donroe actualise Monroe et aggrave ses effets en y ajoutant une dimension proprement coloniale et hégémonique d’extension territoriale et de captation frauduleuse des ressources des pays soumis ou à conquérir.
Le colonisateur a changé de continent, il n’est plus très loin. Mais l’influence de Pékin est réelle. Elle coïncide avec un désengagement économique et une diminution de l’aide au développement de Washington.
Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Cuba, République Dominicaine, Grenade, Guyana, Jamaïque, Trinidad et Tobago sont les premiers signataires d’accords avec dans le cadre du BRI chinois (Belt and Road Initiative).
Entre 2002 et 2019 les échanges commerciaux entre la Chine et la Caraïbe sont passés de 1 à 8 milliards de dollars. Si ce montant reste encore en deçà du niveau des échanges avec les États-Unis, il faut y ajouter la construction de ports, d’aéroports, de ponts, d’autoroutes qui sont autant d’équipements structurants dont ces pays en développement ont besoin.
Par exemple, sur l’île de Grand Bahamas à moins d 100 km des États-Unis les chinois dotent l’archipel d’un port en eau profonde d’un coût de 3 milliards de dollars. La coopération comprend également, notamment dans le cas de la Dominique, un soutien à la cybersécurité à la lutte contre les stupéfiants et le crime organisé. A la différence d’autres pays de la région, les Dominiquais n’ont pas besoin d’un visa pour se rendre en Chine.
Les gains géopolitiques de cette présence de la Chine préoccupent le voisin étasunien dont la politique de la force et de l’intimidation n’empêche pas les territoires caribéens de tirer profit d’une présence chinoise croissante et avantageuse. La politique du bâton de Washington contraste avec le soft power et l’engagement de Pékin dans la région.
En conclusion, le trumpisme, comme le nazisme, est une parenthèse douloureuse. Idéologie et pratiques autodestructrices, le trumpisme provoque un pessimisme quasi-général notamment de ceux qui, aux États-Unis, par leur vote et leur soutien, ont permis le retour au pouvoir d’un président autoritaire. Les pauvres et les classes moyennes sont les premiers à en pâtir à cause notamment d’une offensive contre les programmes sociaux. L’inflation, la perte d’emplois, les conséquences de la guerre commerciale et de la politique migratoire sur l’agriculture étasunienne, les difficultés de recrutement dans certains secteurs économique en raison de la chasse aux migrants sont autant d’éléments qui fragilisent le système Trump. A cela s’ajoute la terreur policière de (ICE) qui tue des non-migrants et que certains n’hésitent pas à comparer à la Gestapo allemande.
Les premières traductions politiques de cet autoritarisme sont des revers électoraux et des sondages défavorables à quelques mois des élections de mi-mandat. La parenthèse pourrait se refermer avec la perte progressive des ressources qui ont permis son ouverture. L’agressivité du trumpisme dans le monde tend à occulter le recul de Trump dans la société étasunienne. Comme si la première pouvait éviter le second.
[1]Alain Frachon, « Les Etats-Unis doutent qu’une Europe qu’ils disent en pleine décadence soit digne de compter parmi leurs alliés », Le Monde 18 décembre 2025
[2] Henry Bogdan, « Histoire des trois Reich » Perrin p. 376
[3] Corine Lesnes, Gregory Bovino, « le visage de la politique migratoire de Donald Trump », Le Monde27 janvier 2026
[4]https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/support-materials/2024/12/caribbean-development-dynamics-2024_86de96a9/Overview_Caribbean%20Development%20Dynamics%202025.pdf
[5] Théo Qintard « Trump II : la pire offensive contre l’environnement », Reporterre, le média de l’écologie, 21 janvier 2026, https://reporterre.net/Trump-II-le-regne-des-energies-fossiles
[6] OCDE op.cit.
[7] Ibid.
[8] Cette pratique consiste à accorder la citoyenneté du pays caribéen à des étrangers en échange d’investissement réalisés dans le pays. A l’avantage économique pour le payscaribéen correspond la satisfaction pour l’étranger d’avoir un passeport qui lui permet d’entrer avec plus de facilités dans certains pays européens et aux États-Unis.
Dérives autoritaires aux Etats-Unis et risques sécuritaires en Caraïbe
Fred Reno, professeur émérite de science politique, responsable du CAGI
Après une année de présidence, Donald Trump renforce la peur et l’inquiétude tant au plan international que dans son propre pays.
Les récents meurtres de deux citoyens du Minnesota témoignent de la nature du système politique nord-américain dont la dérive autoritaire est désormais avérée.
L’objet de ce texte est d’illustrer cette dérive autoritaire et de s’interroger sur ses conséquences notamment dans la Caraïbe insulaire.
Les Etats-Unis ne sont plus une démocratie
Cette idée, avancée avec plus ou moins de nuances par de nombreux observateurs, se fonde d’abord sur l’action politique tous azimut de Trump à la fois dans l’espace politique, le judiciaire et plus généralement dans la société étasunienne.
Dire que cette action relève de l’autoritarisme signifie, par conséquent, que les États-Unis ne sont plus une démocratie.
Le président occupe tout le champ du pouvoir. Ce monopole n’est pas sans danger. « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir » nous enseigne Montesquieu. Par cette maxime, le philosophe du 18ème siècle nous rappelle qu’en démocratie, il faut des contre-pouvoirs. Cela signifie que dans la pratique constitutionnelle, il faut fragmenter le pouvoir pour éviter qu’il soit concentré dans les mains d’une même personne. Le principe d’une séparation entre les fonctions exécutive, législative et judiciaire en est une illustration. « Tout serait perdu si le même homme ou le même corps exerçait ces trois pouvoirs… » ajoute le philosophe. C’est au nom de ce dogme que les gardiens du temple démocratique condamnent la Russie, la Chine, la Corée du nord qui ont fait un choix contraire. Pourtant, ces expériences fascinent Trump. Il en salive. Il respecte leurs dirigeants, les envie et se rapproche d’eux ostensiblement et tend parfois à faire plus par une communication tapageuse. Généralement, il annonce ses méfaits anti-démocratiques et les réalise sans se soucier des critiques et des oppositions.
Il évite le plus souvent l’avis obligatoire du législatif ou le contourne. Il contrôle la cour suprême, autorité supérieure de l’ordre judiciaire dont la majorité des membres lui sont fidèles.
Il défie les tribunaux fédéraux, prend l’initiative d’action de guerre en Syrie, en Iran, au Nigéria, au Venezuela sans consultation du Congrès comme le prévoit la constitution.
Comme dans les régimes autoritaires il a recours à une violence excessive. Aux États-Unis, l’incarnation de la répression est notamment ICE (Immigration ans Customs Enforcement). Cette agence fédérale créée en 2003 est chargée de l’application des lois sur l’immigration et les douanes. A partir de 2025 prend un tournant répressif inquiétant. Cette police bénéficie de moyens humains et financiers et de compétences exceptionnels. Avec ce bras armé, Trump provoque la terreur à la fois contre les migrants assimilés à des délinquants et dans la population. Il y a des images saisissantes de rafles de migrants qui rappellent des temps sombres de l’histoire de l’humanité. Par exemple, un migrant poursuivi par ICE se réfugie dans l’ambassade du Honduras pour éviter d’être capturé. L’ambassadeur se référant à la législation internationale doit insister pour que le principe d’inviolabilité des locaux diplomatiques soit respecté. Deux étasuniens blancs manifestant leur soutien aux migrants ont été tués alors qu’ils ne constituaient pas une menace pour cette police spéciale de l’immigration. Considérés comme des « terroristes de l‘intérieur », leur assassinat a déclenché de vives protestations et une mobilisation d’autant plus importante que la répression s’abat aussi sur des citoyens étasuniens blancs.
Les autorités étasuniennes cherchent aussi à contrôler et à manipuler la communication afin d’influencer les esprits. Sur ce terrain Trump, capable de mensonges les plus perfides, n’a pas son égal. Il réussit parfois à banaliser l’inadmissible. Il peut par exemple soutenir qu’une Riviera avec des hôtels de luxe peut être construite à Gaza sur le lieu du génocide palestinien au profit d’une population exterminée ou déplacée. Il peut affirmer qu’il a fait assassiner une centaine de trafiquants de drogue dans la mer des Caraïbes sans aucune preuve de leur culpabilité. Il peut, encore sans preuve, dire tout haut qu’il a enlevé le président du Venezuela parce que celui-ci était à la tête d’un cartel et d’un gang qui se livraient au trafic de cocaïne, menaçant ainsi la sécurité intérieure de son pays. Le Venezuela n’est pourtant pas producteur de cocaïne et le gang désigné n’existe pas. La seule raison de cet enlèvement est d’ordre colonial. Il s’agit de contrôler un territoire et d’exploiter ses ressources contre la volonté de sa population.
Tout cela est connu et bien documenté.
L’autoritarisme trumpien se niche parfois dans des actions symboliques que l’on tend à minimiser.
Ce président, mentor des extrêmes droites nous rappelle sous des formes grossières et cyniques le régime totalitaire nazi. On ne l’a peut-être pas assez souligné.
Au cours de sa campagne, il a annoncé qu’il sera dictateur un temps, sans que l’on ait pris ses déclarations au sérieux, comme si finalement on en avait fait un simple bouffon arrivé là par un accident de l’histoire.
On ne s’est pas suffisamment interrogé sur la conception Trumpienne de la place des États-Unis dans le monde. Son « Make America Great Again » renvoie avant tout au rayonnement international, à l’ influence idéologique, à la grandeur tant physique qu’économique, en un mot à l’espace vital des États-Unis. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’intérêt de Trump pour le Groenland, le Canada, le Mexique. C’est ainsi qu’il faut comprendre ses attaques contre les démocraties européennes qui seraient décadentes à ses yeux et menacées « d’effacement civilisationnel ».[1]
Vous aurez certainement compris l’allusion comparative que l’on peut faire avec Hitler et le 3ème Reich allemand.
Si l’exploitation du pétrole au Venezuela et le projet d’exploitation touristique à Gaza relèvent du colonialisme, le projet trumpien est avant tout hégémonique. Comme la démarche des nazis il a une visée planétaire. Le « Make America Great Again » réssucite dans une certaine mesure le « Lebensraum » allemand sur lequel repose l’idéologie des nazis. « Le concept de Lebensraum, d’abord idéologique et instrument de propagande se transforma à partir de 1933-1934 en objectif à atteindre… Hitler cherchait évidemment à établir par étapes l’hégémonie allemande sur toute la planète »[2]. Trump serait-il l’Hitler des temps présents ?
Pour lui, comme pour les nazis, il s’agit avant tout d’occuper l’espace économique à des fins de grandeur. Il veut être le maître du monde comme son prédécesseur Hitler l’a souhaité. Avant Trump, le fuhrer a souhaité une expansion de son pays pour exploiter les ressources naturelles et industrielles des autres États. Au Venezuela « le dictateur » a été enlevé, mais la « dictature » peut rester en place dès lors qu’elle ne contrevient pas à la volonté et aux intérêts économiques de l’empire.
On pourrait ajouter à cette comparaison l’attitude provocatrice de certains membres importants de l’entourage présidentiel. Elon Musk et Steve Banon n’ont pas hésité à faire le salut nazi dans des manifestations publiques. Gregory Bovino, responsable de la police des frontières, dirigeant et membre actif de ICE, est présenté dans un article du quotidien le Monde, comme celui dont le « long manteau vert olive à boutons de laiton, (est) tout droit sorti, d’après les critiques, d’une collection de la Wehrmacht … »[3]. Autant de manifestations réelles ou symboliques d’une familiarité avec l’univers nazi.
On aurait donc tort de réduire l’agression du Venezuela à une simple application de la doctrine Monroe. Le lien avec cette doctrine est invocable parce que le pays agressé est dans la zone d’influence des Etats-Unis. Si le Groenland est attaqué à son tour, ce n’est pas parce qu’il est dans l’arrière-cour de Washington. Les ressources et la position stratégique de ce territoire danois justifieraient son annexion. Haïti est aussi en Amérique. Les gangs et la crise politique haïtienne favorisent des trafics d’armes et de stupéfiants et une émigration qui portent vraisemblablement atteinte aux intérêts des Etats-Unis. Pourquoi ne capture t-on Barbecue le principal chef de gang à Port au Prince ? L’invention d’une doctrine « Donroe », par référence au prénom du président mégalomane, révèle bien cette stratégie globale qui pourrait amplifier le risque sécuritaire dans le monde est singulièrement dans la Caraïbe.
Un risque sécuritaire accru dans la Caraïbe ?
Un rapport récent de l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques) dresse un état des lieux à la fois prometteur et préoccupant sur les perspectives de développement de la Caraïbe.
Une des premières illustrations du risque sécuritaire dans la région concerne les effets du désengagement des États-Unis des politiques de lutte contre le changement climatique.
Certes sur le plan des ressources naturelles, c’est une des régions les mieux dotées au monde. « Les caraïbes sont une région riche en opportunités, dotée d’un immense potentiel de développement. Abritant près de 10% des récifs coralliens mondiaux, 45% des espèces de poissons, et 25% des coraux, sa biodiversité unique constitue un atout inestimable non seulement pour la région mais pour le monde entier »[4].
La Caraïbe, faible émettrice de gaz à effet de serre est une des premières victimes de la politique de dérégulation climatique d’un des pays le plus pollueurs au monde. A terme ses ressources naturelles risque d’être gravement impactées par ce revirement étasunien.
Si ces ressources sont un atout, paradoxalement elles constituent aussi un facteur de vulnérabilité. La Caraïbe est une des régions du monde les plus exposées à « la pire offensive de l’histoire contre l’environnement et la santé publique »[5].
Le refus des États-Unis de prendre en compte ce risque climatique et le désengagement de son président des organisations et des initiatives internationales dans ce domaine, causeront vraisemblablement une dégradation accélérée de ces atouts. « Les phénomènes météorologiques extrêmes liés au climat ont augmenté de 85% dans la région entre 2001 et 2020, par rapport à la période 1980-2000. Les catastrophes naturelles ont coûté en moyenne 2,13% du PIB régional par an entre 1980 et 2020, avec de profondes répercussions sociales, notamment sur les populations vulnérables »[6]. Si Trump ne créé pas le problème, il l’aggrave, notamment par ses conséquences sociales pour les plus pauvres.
Si les conditions de vie des caribéens se sont améliorées au cours des trente dernières années, « près d’une personne sur quatre, vit dans la pauvreté, et 37% de la population est confrontée à une insécurité alimentaire modérée ou grave ».
Les politiques ultralibérales conduisent à la paupérisation des populations. L’absence de choix alternatifs amène ces dernières à douter du système démocratique. Ce doute planétaire, tend à favoriser paradoxalement l’élection démocratique de personnages autoritaires.
Dans la Caraïbe, nous n’en sommes pas là. Pas encore! Pour l’heure les populations manifestent , comme ailleurs, une défiance à l’égard des élites politiques et de la démocratie.
Dans la Caraïbe, “la satisfaction des citoyens à l’égard de la démocratie et des services publics a diminué. En 2023, 65% des personnes interrogées, se sont déclarées peu satisfaites du système démocratique, soit une augmentation de 22,6 points de pourcentage au cours de la dernière décennie”[7].
Si cette tendance observée par l’OCDE s’accentue, Haïti ne sera pas une exception. D’autres sociétés caribéennes pourraient connaître à terme une période d’instabilité chronique. Le risque sécuritaire prend ici une dimension politique.
Une démocratie inopérante est un risque d’État failli. Ce type de risque altère la capacité du centre poltique à produire des politiques publiques et à assurer la sécurité de la société. On aurait tort de le sousestimer.
D’autres indicateurs sont inquiétants et pourraient être encore plus alarmants après la décision de Donald Trump de déporter des migrants vers les petites îles de la région.
Antigua et Barbuda, ainsi que la Dominique sont les premiers territoires victimes de cette décision autoritaire de l’administration nord-américaine. Un refus de ces pays conduirait à l’aggravation de sanctions contre des pays dont les ressortissants sont déjà privés de visas en raison du citizen by investment pratiqué par les autorités locales[8].
Le risque sécuritaire découlerait ici de l’incapacité de l’État caribéen à faire face à un afflux de population dont on ne connait pas le profil. Quel que soit le nombre de personnes déportées, les mêmes questions restent posées: Comment les loger, comment les employer? Autant de questions qui se posent pour la population locale et auxquelles les autorités caribéennes peinent à répondre. La surchauffe sociale qui découlera inévitablement de ce choix contraint, pourrait provoquer des tensions, de la xénophobie et un risque sérieux d’instabilité.
Cette décision pourrait aggraver une situation sociale déjà fragile, déstabiliser les systèmes sociaux et les États de la région. Elle pourrait même avoir des conséquences en Guadeloupe et en Martinique en raison d’une image artificielle mais attractive de vitrine européenne développée. La proximité géographique de ces dépendances françaises et surtout la porosité de leurs frontières facilitent la circulation de biens et de personnes en toute illégalité. La Dominique et la Guadeloupe au nord, Sainte-Lucie et la Martinique au sud font partie des axes nord et sud d’un écosystème dans lequel chaque territoire occuppe une place dans le trafic de stupéfiants et d’armes; un écosystème qui se nourrit de l’instabilité sociale et de la corruption. Dans les îles, comme aux Venezuela, il faut douter du discours trumpien de lutte contre le narcotrafic. Se débarasser de migrants indésirables désignés comme délinquants aux Etats-Unis et les envoyer dans des pays qui n’ont pas les moyens de les acueillir, c’est augmenter le risque sécuritaire dans la Caraïbe.
Le recours à la doctrine Monroe et l’invention de la Donroe pour justifier la position de gendarme des Amériques, sont le vernis qui permet de légitimer la politique hégémonique des États-Unis.
Nous émettons pourtant l’hypothèse que ces doctrines sont d’un autre temps. La volonté étasunienne de s’imposer à son environnement est désormais altérée par l’influence chinoise croissante dans l’ensemble de l’Amérique latine et des caraïbes
Ces doctrines, pourront-elles résister à la pénétration économique et financière de la Chine?
La Caraïbe et le reste du continent américain sont des espaces contrôlés par les États Unis pour la satisfaction des leurs intérêts économiques et politiques au mépris de la volonté des pays concernés.
La doctrine Monroe a été perçue à un moment comme libératrice et protectrice face au colonialisme européen.
En réalité elle a servi de base à l’instauration d’une domination étasunienne sur le continent américain. Désormais l’Amérique se confond avec les États-Unis.
Donroe actualise Monroe et aggrave ses effets en y ajoutant une dimension proprement coloniale et hégémonique d’extension territoriale et de captation frauduleuse des ressources des pays soumis ou à conquérir.
Le colonisateur a changé de continent, il n’est plus très loin. Mais l’influence de Pékin est réelle. Elle coïncide avec un désengagement économique et une diminution de l’aide au développement de Washington.
Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Cuba, République Dominicaine, Grenade, Guyana, Jamaïque, Trinidad et Tobago sont les premiers signataires d’accords avec dans le cadre du BRI chinois (Belt and Road Initiative).
Entre 2002 et 2019 les échanges commerciaux entre la Chine et la Caraïbe sont passés de 1 à 8 milliards de dollars. Si ce montant reste encore en deçà du niveau des échanges avec les États-Unis, il faut y ajouter la construction de ports, d’aéroports, de ponts, d’autoroutes qui sont autant d’équipements structurants dont ces pays en développement ont besoin.
Par exemple, sur l’île de Grand Bahamas à moins d 100 km des États-Unis les chinois dotent l’archipel d’un port en eau profonde d’un coût de 3 milliards de dollars. La coopération comprend également, notamment dans le cas de la Dominique, un soutien à la cybersécurité à la lutte contre les stupéfiants et le crime organisé. A la différence d’autres pays de la région, les Dominiquais n’ont pas besoin d’un visa pour se rendre en Chine.
Les gains géopolitiques de cette présence de la Chine préoccupent le voisin étasunien dont la politique de la force et de l’intimidation n’empêche pas les territoires caribéens de tirer profit d’une présence chinoise croissante et avantageuse. La politique du bâton de Washington contraste avec le soft power et l’engagement de Pékin dans la région.
En conclusion, le trumpisme, comme le nazisme, est une parenthèse douloureuse. Idéologie et pratiques autodestructrices, le trumpisme provoque un pessimisme quasi-général notamment de ceux qui, aux États-Unis, par leur vote et leur soutien, ont permis le retour au pouvoir d’un président autoritaire. Les pauvres et les classes moyennes sont les premiers à en pâtir à cause notamment d’une offensive contre les programmes sociaux. L’inflation, la perte d’emplois, les conséquences de la guerre commerciale et de la politique migratoire sur l’agriculture étasunienne, les difficultés de recrutement dans certains secteurs économique en raison de la chasse aux migrants sont autant d’éléments qui fragilisent le système Trump. A cela s’ajoute la terreur policière de (ICE) qui tue des non-migrants et que certains n’hésitent pas à comparer à la Gestapo allemande.
Les premières traductions politiques de cet autoritarisme sont des revers électoraux et des sondages défavorables à quelques mois des élections de mi-mandat. La parenthèse pourrait se refermer avec la perte progressive des ressources qui ont permis son ouverture. L’agressivité du trumpisme dans le monde tend à occulter le recul de Trump dans la société étasunienne. Comme si la première pouvait éviter le second.
[1]Alain Frachon, « Les Etats-Unis doutent qu’une Europe qu’ils disent en pleine décadence soit digne de compter parmi leurs alliés », Le Monde 18 décembre 2025
[2] Henry Bogdan, « Histoire des trois Reich » Perrin p. 376
[3] Corine Lesnes, Gregory Bovino, « le visage de la politique migratoire de Donald Trump », Le Monde27 janvier 2026
[4]https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/support-materials/2024/12/caribbean-development-dynamics-2024_86de96a9/Overview_Caribbean%20Development%20Dynamics%202025.pdf
[5] Théo Qintard « Trump II : la pire offensive contre l’environnement », Reporterre, le média de l’écologie, 21 janvier 2026, https://reporterre.net/Trump-II-le-regne-des-energies-fossiles
[6] OCDE op.cit.
[7] Ibid.
[8] Cette pratique consiste à accorder la citoyenneté du pays caribéen à des étrangers en échange d’investissement réalisés dans le pays. A l’avantage économique pour le payscaribéen correspond la satisfaction pour l’étranger d’avoir un passeport qui lui permet d’entrer avec plus de facilités dans certains pays européens et aux États-Unis.
























