Guadeloupe. Le gouvernement a raboté 20 millions d’aides : l’interprofession agricole ne comprend pas cette décision

C’est un choc dans le monde agricole. Dans le projet de loi de finances pour 2027, le gouvernement a opéré un coup de rabot sur les aides agricoles — moins 20 millions pour les Outre-mer — tandis qu’il fait de la souveraineté alimentaire l’une de ses priorités. L’interprofession agricole s’est ligué pour alerter la population sur cette iniquité.

Ils sont réunis dans les locaux de l’Iguavie, l’interprofession des filières d’élevage : il y a Nicolas Philipot, directeur général de Gardel, pour le secteur cannier, Philippe Aliane, directeur général des Producteurs de Guadeloupe (banane), Pascal Cazalan, vice-président de la Chambre d’agriculture, Olivier César-Augustre, président de l’Iguavie, Victor Nanette, président de l’Iguaflhor, et Marie-Claude Azède, représentante des Sica de Guadeloupe. Christophe Wachter, président du Ceser, est venu soutenir la cause.

La cause, elle est simple et flagrante : le gouvernement a décidé de faire des économies dans le projet de loi de finances 2027 en rabotant 20 millions sur les aides allouées à l’économie agricole Outre-mer : 13,2 millions sur la canne, 5 millions sur la diversification, 1,7 millions sur la banane. Ceci pour l’ensemble des DROM.

Au plan national, la baisse des crédit est de seulement 60 milllions sur 4 milliards. On comprend que ce sont les régions d’Outre-mer qui ont été sacrifiées.

Ce n’est pas la première fois ces derniers mois. Ainsi, sur un plan d’urgence global de 1,3 milliards pour soutenir le monde agricole impacté par la sécheresse en France hexagonale et Outre-mer, ces dernières régions ne sont concernées que pour quelques millions quand elles ne sont pas totalement exclues de certaines mesures.

Nicolas Philippot a exposé le problème : « Sur les 20 millions rabotés, il y en a 7 pour la Guadeloupe. le 15 septembre, nous avons écrit au Premier ministre, soutenus par les parlementaires, le sénateur Victorin Lurel, la sénatrice Soàlanges Nadille, les députés LIOT, la Chambre d’agriculture, l’interprofession. Nous n’avons reçu aucune réponse, ni du Premier ministre, ni des ministres de l’Agriculture et des Outre-mer, ni du préfet, ni du directeur de la DAAF. »

Philippe Aliane soutient que c’est une décision politique qui a été prise de raboter ainsi. « Ils ont tapé sur toutes les filières ! C’est un énorme effort qui est demandé aux Outre-mer. Le problème devient politique quand on voit que nous ne comptons pour rien aussi dans le plan d’urgence mis en place pour compenser les effets de la sécheresse. D’ailleurs, la ministre de l’Agriculture n’a jamais mis les pieds ici depuis sa nomination alors qu’on sait à paris que nous avons des problèmes. »

Philippe Aliane :

Pascal Cazalan : « Le gouvernement dit qu’il faut développer les filières agricoles dans le cadre du grand plan de souveraineté alimentaire mais, dans le même temps, il diminue les aides après avoir supprimé des molécules. D’ailleurs, dans le projet de budget, on a supprimé l’aide au fret sur l’alimentation animale. C’est un mauvais signe ! »

Olivier César-Auguste rebondit sur le sujet, soulignant que cette aide au fret permettait d’avoir des aliments pour bétails moins chers, que sa suppression implique que les éleveurs — bovins, porcins, etc. — vont payer plus cher ces aliments, ce qui va se répercuter non seulement sur le coût de la viande de boucherie alors que 32% des Guadeloupéen(ne)s vivent au-dessous du seul de pauvreté.

Olivier César-Auguste :

Christophe Wachter a rappelé les surcoûts liés à la production agricole en Guadeloupe puisqu’il faut importer les engrais et aliments (ou ce qui permet de les fabriquer, que les salaires sont plus élevés ici que dans les pays d’agriculture concurrente, etc.

Nicolas Philippot a souligné qu’iln y a 15 ans, il y avait 5 000 hec tares de terres en friches, cette année 10 000 hectares, avec, en liaison de ces surcoûts, moins de cannes, donc moins de sucre, moins de rhum, moins de bananiers, moins de bêtes d’élevage, moins de diversification (fruits et légumes).

Nicolas Philippot, au nom de l’interprofession, a demandé un rendez-vous avec le Premier ministre, la semaine prochaine, pour parler de tout ceci et tenter de faire rétablir les 20 millions du coup de rabot dans le projet de loi de finance 2027. Et peut-être obtenir une rallonge de 5 millions, pour développer l’agriculture à Mayotte et en Guyane.

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