PAR SERGE LETCHIMY*
La Martinique ne peut plus absorber les choix budgétaires de l’État.
Le projet de loi de finances pour 2027 confirme une tendance préoccupante : faire des collectivités l’un des principaux leviers de redressement des comptes publics.
L’effort demandé atteindrait près de 7 milliards d’euros, dont 1,868 milliard d’euros pour les seuls Départements, soit près d’un quart de leur épargne brute.
Ces chiffres traduisent une réalité simple : à mesure que les responsabilités confiées aux collectivités augmentent, leurs marges de manœuvre diminuent.
Pour la Martinique, cette équation est particulièrement lourde. La Collectivité Territoriale exerce à la fois les compétences d’une Région et d’un Département. Elle est donc directement exposée à la baisse des capacités d’investissement, à la pression sur les dépenses sociales, à la réduction des moyens consacrés à la formation, à l’agriculture et aux politiques de solidarité.
Dans le même temps, la CTM supporte déjà un reste à charge supérieur à 70 millions d’euros par an au titre des dépenses de solidarité, après avoir subi plus de 40 millions d’euros de pertes de recettes entre 2022 et 2025 et près de 20 millions d’euros de charges supplémentaires de personnel liées à des décisions nationales.
Il y a là un déséquilibre qui ne peut plus être ignoré.
On ne peut pas demander aux collectivités d’investir, de protéger, d’accompagner, de soutenir les communes, les jeunes, les aînés, les entreprises et les services publics, tout en resserrant continuellement l’étau financier.
La question posée n’est pas celle de la participation des collectivités à l’effort national. La Martinique prendra sa part, comme elle l’a toujours fait. La vraie question est celle de l’équité de l’effort demandé. La responsabilité budgétaire ne peut pas être organisée de manière à ce que l’État retrouve des marges au prix de l’affaiblissement durable des collectivités.
Départements de France estime que le taux d’épargne moyen des Départements pourrait passer de 9,2 % à 7,6 %, avec 34 Départements sous le seuil d’alerte de 7 % après application du PLF.
Ce signal doit être entendu.
La Martinique ne réclame aucun traitement de faveur. Elle demande simplement que soient reconnues ses réalités, ses contraintes et les responsabilités particulières qu’elle assume.
La solidarité nationale ne peut pas consister à demander toujours davantage à ceux auxquels on laisse progressivement moins de moyens pour agir.
*Président du Conseil exécutif de la CTM























