Les professionnels de santé du Centre médical Sir Lester Bird (SLBMC) tirent la sonnette d’alarme face à une tendance inquiétante dans les données de santé d’Antigua-et-Barbuda : les habitants de cet État insulaire reçoivent un diagnostic de myélome multiple – un cancer du sang – à un rythme nettement supérieur aux moyennes régionales et mondiales.
Le Dr Aliena Beiba Omar Sol, hématologue au sein de l’établissement, a confirmé que le pays enregistre environ cinq nouveaux cas pour 100 000 habitants par an. Pour une nation de moins de 100 000 habitants, cela représente environ cinq nouveaux diagnostics chaque année – un chiffre qui peut paraître faible pris isolément, mais qui prend une importance considérable par rapport à des populations comparables. Dans le reste des Caraïbes, on observe généralement entre deux et quatre cas pour 100 000 habitants.
À l’échelle mondiale, la maladie touche environ 2,2 hommes et 1,5 femme pour 100 000 chaque année. Ce qui ailleurs pourrait être considéré comme un diagnostic relativement rare est devenu, à Antigua-et-Barbuda, une rencontre courante dans la pratique clinique locale.
Le myélome multiple prend naissance dans la moelle osseuse, où il altère les plasmocytes, les globules blancs responsables de la production d’anticorps. Ces cellules produisent alors une protéine anormale qui s’accumule dans l’organisme, endommageant le squelette et les reins tout en affaiblissant le système immunitaire. Le patient se retrouve ainsi non seulement aux prises avec un cancer, mais aussi particulièrement vulnérable aux infections bactériennes.
Cette maladie se déclare généralement tard dans la vie. La plupart des diagnostics sont posés chez des patients de plus de 65 ans, l’âge médian se situant entre 69 et 70 ans. Les hommes sont plus fréquemment touchés que les femmes, et les personnes d’origine africaine présentent un risque nettement plus élevé – une réalité démographique qui concerne directement une population comme celle d’Antigua-et-Barbuda. L’obésité, l’hypertension et une insuffisance rénale préexistante sont chacune associées à un risque accru, probablement parce qu’elles favorisent l’inflammation chronique et le dérèglement immunitaire – des conditions qui peuvent, à terme, déclencher les mutations cellulaires à l’origine du myélome.
Ce qui rend le myélome multiple particulièrement insidieux, c’est la facilité avec laquelle ses premiers signes avant-coureurs sont ignorés ou confondus avec ceux d’affections moins graves. Douleurs osseuses persistantes, perte de poids inexpliquée, fatigue intense et faiblesse générale sont des symptômes fréquents, mais communs à de nombreuses affections courantes.
Les patients peuvent également constater des mictions fréquentes ou des crampes inhabituelles aux mains et aux pieds. La principale différence, selon les médecins, réside dans la persistance des symptômes. Ces symptômes ne disparaissent pas spontanément ; au contraire, ils s’aggravent.
Le SLBMC est équipé pour réaliser les examens diagnostiques initiaux, notamment des examens cliniques, des analyses d’urine et des bilans sanguins qui révèlent souvent des taux élevés de calcium et de protéines. Des services d’imagerie – IRM, scanner et scintigraphies osseuses complètes – sont disponibles à l’hôpital. Cependant, certains examens spécialisés, comme l’électrophorèse des protéines, essentielle à la détection des protéines anormales produites par les cellules myélomateuses, doivent actuellement être effectués par des laboratoires privés.
Des options de traitement existent localement et peuvent associer chimiothérapie, immunothérapie et thérapies ciblées. Dans les cas plus complexes, on peut envisager une greffe de cellules souches ou une thérapie par cellules CAR-T — une approche qui consiste à modifier les cellules immunitaires du patient pour qu’elles attaquent le cancer.
Le Dr Omar Sol a été directe dans son message au public : les patients peuvent être évalués et pris en charge à l’hôpital public, et personne ne devrait attendre. Elle a insisté sur le fait que le dépistage précoce demeure le facteur le plus déterminant pour améliorer le pronostic.
Pour ce petit État insulaire où cinq familles par an reçoivent ce diagnostic, cette urgence n’est pas un simple conseil médical ; c’est un impératif de santé publique.
Si vous souffrez de douleurs osseuses persistantes, de fatigue inexpliquée ou d’autres symptômes décrits dans cet article, consultez un professionnel de santé.
Source : Antigua Observer
Lien : https://antiguaobserver.com/obscure-disease-affecting-many-families-annually/






















