Caraïbes. Série. Découvrir les littératures caribéennes francophones avec Laura Cassin

Présenter les littératures caribéennes francophones enjoint à déployer l’histoire littéraire de la Caraïbe francophone et les faits littéraires de ses grands écrivains.

Négritude, antillanité, créolité sont les principaux mouvements littéraires de la Caraïbe francophone. Durant toute la période esclavagiste et même au-delà, seuls les Blancs créoles sont en mesure d’écrire ; les rares œuvres remarquables sont celles du poète élégiaque guadeloupéen de la fin du XVllle siècle, Nicolas-Germain Léonard, sensible aux malheurs des esclaves et à la dureté de ses compatriotes, et plus tard, après l’Abolition, celles du poète guadeloupéen Octave Giraud (Fleurs des Antilles, 1862), qui sont toutes militantes et plaident ouvertement ou hypocritement en faveur du maintien de l’esclavage.

La littérature caribéenne francophone connaît une époque, vers la fin du 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle, où l’exotisme parnassien sévit. C’est à qui imitera le mieux les poètes français Heredia et Leconte de Lisle ; et Daniel Thaly semble avoir eu le prix d’excellence. Ensuite, à partir de 1910 environ, l’exotisme se corrige légèrement en régionalisme : le paysage accepte d’accueillir parfois les hommes et leurs mœurs.

Si l’on veut, à la carte postale – paysage agrémenté parfois de quelques Caraïbes imaginaires, succède la carte postale ornée de quelques doudous en costume local, quelques chars à bœufs remplis de canne et parfois, comble d’audace, une case branlante avec quelques indigènes en haillons, tout cela vite noyé d’ailleurs dans le parfum bien appétissant du matété créole, du court-bouillon pimenté, et de la résignation sociale teintée d’espoir chrétien. Ce n’est qu’à partir de 1935 environ, lorsque la négritude s’affirme, que le poète refuse d’être un rêveur pour devenir un « éveilleur ». L’ère ouverte par la littérature de la négritude voit apparaître vraiment l’homme antillais, non plus dans son pittoresque mais dans son drame, dans ses problèmes Césaire invente un mot et le fait entrer dans le dictionnaire de la langue française : négritude. Césaire ramasse le mot « nègre » qui est un mot injurieux à l’époque, un mot dont la connotation péjorative est telle qu’il provoque la honte. Dans les années 30, Franz Fanon nous le rappelle, l’Antillais était un noir mais le nègre était en Afrique. Césaire veut corriger le préjugé que les Antillais ont vis-à-vis de l’Afrique qu’on leur a appris à voir comme une terre sauvage. Conçu à la fin des années 1960 par Edouard Glissant, l’Antillanité naît d’un constat : la société antillaise souffre d’avoir subi une politique de colonisation « réussie ». Face à ce diagnostic, Glissant propose un remède : la quête de l’identité antillaise. L’Antillanité est une volonté de reconstituer les déchirures sociales, de remplir les trous de la mémoire collective et d’établir des relations hors du modèle métropolitain.

L’objectif de Glissant est de mettre à jour le réel antillais à travers l’histoire commune de la plantation sucrière que caractérisent le cloisonnement social, la couleur de la peau, l’héritage africain et la langue créole. L’Antillanité est une identité ouverte et plurielle. En fait, il s’agit de s’approprier l’espace accaparé par les colons et l’histoire occultée par la période de l’esclavage. Trois Martiniquais nés dans les années cinquante, créent le mouvement de la Créolité en faisant paraître en 1989 un tapageur manifeste, Eloge de la créolité, fruit d’une conférence, récusent une identité monolithique. L’Antillais n’est ni un nègre en quête de sa négritude africaine ni un Européen assimilé.

L’Antillais est avant tout créole, c’est-à-dire ouvert sur la Caraïbe et les Amériques et empreint d’une culture métissée. Se défendant de s’inscrire comme un corollaire ou en complémentarité de la négritude, la créolité se veut un dépassement du mouvement césairien que ses théoriciens définissent d’ailleurs comme un moment, certes important, une phase dans le mouvement d’affirmation de la conscience antillaise qu’il est désormais nécessaire de dépasser. L’œuvre de Maryse Condé, qui tient à se distinguer en rappelant qu’elle écrit « en Maryse Condé » a été saluée par le prix nobel « alternatif » de littérature en 2018 et par le Prix Cino del Duca.

Maryse Condé, une originale, une inconvenante, une contestataire qui se méfie des doctrines, des implications idéologiques, des réflexions initiées par son temps sur la négritude, la créolité et le féminisme ne résiste pas aux attraits de l’errance, de l’insolence et de la démythification. D’autres écrivaines caribéennes ont également produit une œuvre remarquable.

On peut penser à l’œuvre de Gisèle Pineau ou encore à celle d’André et Simone Schwarz-Bart ou tant d’autres écrivaines caribéennes ont également produit une œuvre remarquable. On peut penser à l’œuvre de Gisèle Pineau ou encore à celle d’André et Simone Schwarz-Bart ou tant d’autres

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