Femme Poto-Mitan : bénédiction ou malédiction ? Quand le pilier de la famille s’effondre en silence, il est temps de briser le tabou de la dépression aux Antilles.
Mère seule, grand-mère qui élève les petits-enfants pendant que leur mère travaille au loin, sœur aînée devenue cheffe de famille, « manman » qui assume ce que personne d’autre n’assume. La femme pilier est la colonne vertébrale de la maison. Une figure célébrée, héritée d’une histoire longue où chaque génération de femmes a dû porter plus qu’elle ne pouvait.
Mais, derrière la force, il y a un coût que personne ne calcule. Et quand le pilier s’effondre, c’est en silence. Sans mots, sans aide, sans la permission de dire : « Je n’en peux plus ».
Dans une culture où la résilience est un héritage et où la dépression reste un mot qu’on ne prononce pas, celles qui tiennent depuis toujours s’écroulent souvent invisibles aux yeux des leurs.
Sa vie s’écroule en quelques mois

Mayanick Rémir, coach et thérapeute brève, a connu cet effondrement. À presque 50 ans, après 25 ans de mariage et 25 ans de carrière, sa vie entière, construite pour les autres, s’est écroulée en quelques mois. Ce qu’elle a découvert en se reconstruisant donne aujourd’hui un livre, Et sage, et garce. Désobéir pour s’accomplir, publié aux éditions Prochain chapitre.
La femme Poto-Mitan est admirée pour ce qu’elle endure. Mais elle n’a pas le droit de s’effondrer. Pas le droit d’être triste, fatiguée, vide. Pas le droit de se dire que ce qui ressemble à une « déprime » pourrait être autre chose qu’un mauvais moment à passer. Cette injonction silencieuse (tenir, encore tenir, toujours tenir) est l’un des plus grands facteurs invisibles d’épuisement chez les femmes antillaises, et plus largement chez toutes les « mères piliers » qui portent une famille à bout de bras.
À travers son propre parcours et dix ans d’accompagnement en thérapies brèves, Mayanick Rémir explique pourquoi le système nerveux de celles qui ont longtemps tenu finit par prendre les décisions à leur place. Et pourquoi aucune affirmation positive, aucun journal de gratitude, aucune méthode mentale ne peut le réparer.
- Samedi 27 juin, de 10 à 13 heures, à la Boutique de la presse de JardiVillage (Jabrun, Baie-Mahault). Tél. 05 90 26 88 00.
- Vendredi 10 juillet, à Cultura – Martinique.
« Tenir » a un coût
Et Sage et Garce n’est pas un manuel de développement personnel. C’est une autorisation : celle de reconnaître ce que tenir a coûté. Celle de poser les armes, le temps qu’il faut, sans culpabilité.
Pour celles qui ont grandi dans l’admiration de la Poto-Mitan, leur mère, leur grand-mère, leur tante, c’est aussi l’occasion de regarder en face ce qu’elles ont hérité, et de décider, en conscience, ce qu’elles veulent à leur tour transmettre à leurs filles.

























