Glaucome : le Dr Mike Maingrette alerte sur le diagnostic tardif en Haïti

À l’occasion de la Semaine mondiale du glaucome, le Dr Mike Maingrette alerte sur l’ampleur de cette maladie en Haïti.

Le Dr Mike Maingrette alerte sur l’ampleur de cette maladie en Haïti.

Les difficultés d’accès aux soins constituent un défi majeur pour le système de santé en Haïti. La crise sociopolitique et sécuritaire que traverse le pays accentue encore ces obstacles et complique la prise en charge de nombreuses maladies. Parmi elles figure le glaucome, souvent décrit comme une « voleuse de vue » et considéré comme l’une des principales causes de cécité irréversible dans le monde.

À l’occasion de la Semaine mondiale du glaucome, célébrée du 8 au 14 mars, l’ophtalmologue Mike Maingrette a partagé avec Le Nouvelliste son analyse de la situation en Haïti. Il évoque notamment les défis liés à la prévention, au dépistage et à la prise en charge de cette maladie qui touche particulièrement les populations d’origine africaine.

Président du Comité national de la prévention de la cécité (CNPC), le Dr Maingrette estime que la connaissance du glaucome reste très limitée dans la population. « Le niveau de connaissance du glaucome dans la population haïtienne est généralement considéré comme insuffisant malgré une prévalence très élevée », explique-t-il. Cette méconnaissance renforce le caractère dangereux de la maladie, souvent appelée « le voleur silencieux de la vision ».

En effet, dans ses premières phases, le glaucome ne provoque généralement aucun symptôme. « La vision centrale reste longtemps normale. La perte commence par la vision périphérique, c’est-à-dire la vision sur les côtés, que le patient ne remarque pas », précise le spécialiste. Pour cette raison, de nombreuses personnes consultent tardivement, lorsque les lésions sont déjà importantes. Le maladie attaque progressivement le nerf optique, un élément essentiel de la vision qui transmet les informations visuelles de l’œil vers le cerveau. Une fois endommagées, ses fibres nerveuses ne peuvent pas se régénérer.

En Haïti, l’ampleur réelle du problème demeure difficile à mesurer. « Il n’existe pas de registre national fiable du glaucome en Haïti », souligne le responsable du service universitaire d’ophtalmologie du Grace Children Hospital. Toutefois, certaines estimations peuvent être faites à partir d’études réalisées dans des populations comparables. Il cite notamment la Barbados Eye Study, l’une des recherches épidémiologiques majeures sur le glaucome dans les populations d’ascendance africaine, qui révèle une prévalence comprise entre 7 et 9 %.

Plusieurs facteurs favorisent l’apparition de la maladie. La prédisposition génétique des populations afro-descendantes joue un rôle important. Ces dernières présentent un risque trois à quatre fois plus élevé de développer un glaucome, souvent avec un début plus précoce et une évolution plus rapide.

Les antécédents familiaux constituent également un facteur déterminant. Lorsqu’un parent du premier degré est atteint, le risque peut être multiplié par quatre à neuf.

À cela s’ajoutent le diagnostic tardif, l’hypertension oculaire non dépistée, l’utilisation prolongée de corticoïdes, prise parfois en automédication, ainsi que les difficultés d’accès aux soins.

Par ailleurs, certaines catégories de la population sont particulièrement exposées : les personnes de plus de 40 ans, celles ayant des antécédents familiaux de glaucome, les patients hypertendus ou diabétiques, ainsi que les personnes vivant dans des zones où l’accès aux soins reste limité.

« Dans la pratique, la plupart des patients arrivent en consultation à un stade avancé de la maladie, lorsqu’ils ressentent déjà une baisse visuelle ». À ce moment-là, une partie importante du nerf optique est souvent déjà endommagée. Selon le Dr Maingrette, la prise en charge se heurte également à plusieurs obstacles. Le coût du traitement à long terme, le suivi irrégulier des patients et l’accès limité aux examens spécialisés compliquent le contrôle de la maladie.

À cela s’ajoute la rareté des ressources humaines et des équipements. Haïti compte environ 70 ophtalmologues pour l’ensemble du territoire, alors que l’accès aux spécialistes et aux outils de diagnostic reste très limité.

Une certaine réticence à la chirurgie est également observée. « Il y a une mauvaise compréhension de la maladie », souligne-t-il, rappelant que « la chirurgie du glaucome ne vise pas à améliorer la vision, mais à empêcher l’aggravation ».

Cependant, le glaucome ne peut pas être guéri et les fibres nerveuses déjà détruites ne peuvent pas être restaurées.

Le dépistage précoce reste pourtant l’arme la plus efficace pour limiter les dégâts. Or, dans le pays, les structures de santé ne disposent pas toujours des équipements nécessaires pour détecter la maladie à temps.

Ce qui pousse le Dr Maingrette à estimé que cette maladie représente aujourd’hui urgence de santé publique encore sous-estimée dans le pays. « Le glaucome constitue probablement en Haïti une des premières causes de cécité irréversible et un problème majeur de santé publique », affirme-t-il.

Face à l’ampleur du glaucome et à ses conséquences irréversibles sur la vision, la sensibilisation et le dépistage précoce apparaissent comme des priorités. Une meilleure information de la population, combinée à un accès élargi aux examens et aux soins, pourrait contribuer à freiner l’impact de cette maladie sur la santé visuelle des Haïtiens.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/265276/glaucome-le-dr-mike-maingrette-alerte-sur-le-diagnostic-tardif-en-haiti

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