Le préfet de la région Guadeloupe, Thierry Devimeux, a délivré le bilan de la délinquance de l’année 2025 en Guadeloupe lors d’une conférence de presse vendredi 20 février.
Thierry Devimeux, préfet de la région Guadeloupe a présenté le bilan de la délinquance de l’année 2025. A ses côtés le procureur général Eric Maurel, de la procureure de Pointe-à-Pitre Caroline Calbo, du directeur de la police nationale, le commissaire général Philippe Miziniak, du commandant du groupement de gendarmerie, le général Christophe Perret, et du directeur adjoint de la Douane, Yves Le Dantec, au cours d’une conférence de presse à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre.
Thierry Devimeux l’a dit : il a préféré attendre la fin du carnaval pour délivrer le bilan de la délinquance de l’année dernière, ce qui lui permet de commencer par une note plutôt positive. « Nous sommes très satisfaits de ce carnaval », explique-t-il fièrement. Cette année, plusieurs mesures ont été prises dans le but de permettre aux familles de regarder le carnaval en toute sécurité : drones et hélicoptères, arrêté interdisant les deux roues, adaptation des horaires, limitation de l’alcool…
Thierry Devimeux :
Pourtant, le bilan de l’année 2025 n’est pas aussi positif puisqu’une hausse de la délinquance est à déplorer : 28 000 faits de délinquance en 2025, soit 4% de plus qu’en 2024.
Le préfet se veut rassurant : « Nous constatons une hausse de la délinquance sur le territoire entre 2024 et 2025, mais une hausse modérée. » En effet, celle-ci ralentit. En témoigne la hausse de la délinquance entre 2023 et 2024 qui s’élevait à 15%. Une distinction est à opérer entre les zones de la gendarmerie, c’est-à-dire les zones plutôt rurales où la hausse de la délinquance n’est que de 1,6%, et les zones de police qui concernent les grandes zones urbaines où la hausse s’élève à 8% (contre 20% l’année précédente).
Plusieurs mesures ont ou vont être mises en place en réponse. Un million d’euros financé par l’Etat, et complété par 800 000 euros de la part des collectivités vont être investis pour le renforcement de la vidéoprotection.
En outre, une modification des horaires de police sur le terrain a été effectuée pour coïncider avec les horaires des délinquants. En 2025, la présence de la police sur le terrain a également augmenté de 74 000 heures.
« La société guadeloupéenne est violente »
47 homicides sont à déplorer en 2025, soit 16 de plus qu’en 2024, ce qui place la Guadeloupe au 2e rang après la Guyane. Les tentatives d’homicides ont également augmenté de 24%. La Guadeloupe enregistre donc un taux de 69 pour 100 000 habitants, contre 50,2 en Martinique et 5,7 en France hexagonale.
Thierry Devimeux :
Caroline Calbo, procureure de la République, complète que, sur les 47 meurtres, la moitié ont été commis aux Abymes et à Pointe-à-Pitre.
Le préfet constate que « la société guadeloupéenne est violente. Une des conséquences d’une société qui souffre est une société qui dégage de la violence ». Différentes causes expliquent cette violence, comme l’explique le procureur général Eric Maurel : la précarité, l’habitat insalubre, le « travail informel », c’est-à-dire le travail dissimulé, et surtout l’illettrisme : « Quand on a peu de mots on en vient assez rapidement à la violence parce qu’on ne sait pas s’exprimer avec son interlocuteur », affirme-t-il.
Il s’est réjoui pleinement d’avoir pu, avec son collègue Premier président de la Cour d’appel, Michaël Janas, obtenir des effectifs de magistrats supplémentaires, notamment pour Pointe-à-Pitre.
Eric Maurel :
Et la violence ne s’arrête pas aux homicides. Les vols avec armes ont également augmenté de 12% en zone police. On estime que 40 000 armes à feu circulent sur le territoire, jusque dans les écoles. 70 armes y ont été saisies, dont une vingtaine au primaire. L’objectif est de changer la donne pour en faire « des lieux d’apprentissage et non de violence. […] Il faut que la société guadeloupéenne retrouve la quiétude qu’elle est en train de perdre. »
La lutte contre les stupéfiants est un autre souci des autorités. Et pas seulement la lutte contre les stupéfiants, mais également contre ceux qui en consomment.
« Les consommateurs de stupéfiants sont des délinquants. S’il y a des trafiquants de drogue c’est parce qu’il y a des consommateurs », explique le préfet. En réponse, une augmentation de 17,81% des amendes forfaitaires délictuelles (AFD), et des contrôles fréquents des ports, aéroports et plateforme d’envois de colis.
Par exemple, l’opération 100% a lieu plusieurs fois par mois et consiste à contrôler au hasard des avions et tous leurs passagers et bagages.
Un grand nombre de violences intra-familiales
Dans cette société guadeloupéenne imprégnée de violence, celles intrafamiliales occupent une place tristement importante, avec 2013 faits de violence pour la zone de gendarmerie. Le général Christophe Perret, commandant la gendarmerie de Guadeloupe l’explique « on a beaucoup de violence conjugale de mari sur femme, mais aussi de femme sur mari. On a beaucoup de violences entre ascendants et on a beaucoup de violence au sein d’une même famille, entre personnes d’une même génération. »
Pour la zone de police, 607 faits concernent des violences conjugales sur les 804 faits de violence intrafamiliales enregistrés, soit 80%.
Ainsi en 2025 on compte 1300 procédures concernant ce domaine à Pointe-à-Pitre, et 1750 procédures pour les deux parquets de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre.
Malheureusement, la question de l’héritage commence à être également une cause de violence.
Certaines mesures sont mises en place pour tenter de remédier à tout cela. Ainsi l’association SCJE (Service de Contrôle Judiciaire et d’Enquêtes) met en place des stages de sensibilisation aux violences intrafamiliales. Les résultats sont encourageants puisque seuls 4.4% des conjoints violents ayant participé au stage récidivent.
Ingrid de la Brière
La BRACO, une nouvelle unité spécialisée de la gendarmerie
La Brigade de Répression des Armes et du Crime Organisé (BRACO) est une équipe d’une vingtaine d’enquêteurs dont six venus de l’hexagone et renouvelés tous les six mois. « L’idée c’est de faire tomber des équipes de braqueurs, de les harceler jusqu’à ce que, soit ils soient tous tombés, soit ils soient lassés » explique le général Christophe Perret. Cette brigade opère environ une action par semaine et sera encore développée d’ici l’été 2026.
























