Guyane. Santé mentale : des inégalités dans l’agglomération de Cayenne

L’enquête Santé mentale en population générale menée en Guyane révèle d’importantes inégalités dans un territoire marqué par la pauvreté, le stress psychosocial et les difficultés d’accès aux soins.

La population de la Guyane française est jeune, pauvre et multiculturelle. Nous avons donc émis l’hypothèse que l’épidémiologie des problèmes de santé mentale pouvait être impactée par la pauvreté.

L’enquête Santé mentale en population générale a permis d’estimer la prévalence globale de diverses pathologies mentales dans la population et dans différents sous-groupes sociodémographiques. Une enquête transversale a été réalisée entre mars et août 2021. Au total, 881 personnes âgées de plus de 17 ans ont été interrogées et incluses dans l’analyse.

La prévalence des épisodes dépressifs au moment de l’enquête était de 17,1% (intervalle de confiance à 95%). Pour la dépression récurrente, la prévalence était de 7,9. La prévalence de la dépression en cours était significativement plus élevée chez les jeunes, et les personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 840 euros.

La prise en charge thérapeutique de la dépression était également moins fréquente chez les plus pauvres. La notion de psychose actuelle ou passée, le risque suicidaire et les syndromes de stress post-traumatiques semblaient plus prévalents chez les personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 840 euros mais le lien statistique semblait plus fragile.

La pauvreté, un facteur aggravant

La population guyanaise est ainsi une mosaïque cultu­relle avec au sein du territoire guyanais de grandes différences culturelles et socio-économiques entre le littoral et l’intérieur, et entre l’Est et l’Ouest. La moitié des habitants vit sous le seuil de pauvreté français de 1 010 euros par mois et 23 % sous le seuil local de 550 euros par mois. De plus, les prix en Guyane sont plus élevés de 13,7 % par rapport à l’Hexagone. Il persiste un retard structurel important, avec une démographie des professionnels de santé bien en deçà de la moyenne hexagonale, notamment dans le domaine de la santé mentale. Les inégalités sociales de santé se retrouvent ainsi à tous les niveaux, et les plus pauvres sont généralement diagnostiqués avec retard avec des pathologies plus fréquentes et plus évoluées. Ceci se retrouve pour les pathologies infectieuses aiguës et chroniques, pour les cancers, les maladies cardiovasculaires, les problèmes nutri­tionnels, les problèmes obstétricaux, les pathologies pédiatriques.

Les difficultés sociales sont connues comme pouvant être à l’origine de troubles de santé mentale consti­tuant un cercle vicieux difficile à rompre. Bien que les statistiques nationales montrent généralement un taux de suicide plus faible dans les territoires d’Outre-mer que dans l’Hexagone, et bien que la population y consomme moins de psychotropes, la dépression y est plus fréquente.

Ainsi, en 2019, l’enquête européenne de santé a révélé que la Guyane était plus touchée par la dépression : 19 % en Guyane contre 11 % dans l’Hexagone, et 11 % à La Réunion, 15 % en Guadeloupe, 17 % en Martinique, et 20 % à Mayotte.

La dépression majeure était égale­ment plus fréquente en Guyane, 7 % contre 4 % dans l’Hexagone. Bien que le Baromètre santé 2021 ne montre pas de différence significative en termes d’idées suicidaires ou de tentatives de suicide entre la Guyane et l’Hexagone, l’examen plus approfondi de la problématique du suicide, met en évidence des taux parmi les plus élevés des Amériques chez les populations amérindiennes isolées.

Dépression

Au total, 151 sur 881 personnes, soit 17,1, souffraient d’un épisode dépressif actuel et 70 sur 881 personnes souffraient d’une dépression récurrente. Les plus précaires étaient plus touchés par la dépression actuelle et, bien que cela ne soit pas significatif par les épisodes dépressifs récurrents. Les psychoses étaient significativement plus fréquentes chez les personnes ayant moins de 840 euros de revenus. Les plus jeunes et les femmes étaient également plus atteints.

Moins de 20 % prenaient un traitement médicamenteux, 25 % bénéficiaient d’une prise en charge (médicaments ou psychothérapie) ; 35,7% avaient recours à la médecine traditionnelle. Les femmes y avaient plus fréquemment recours que les hommes. En outre, 11 % avaient consulté une personne religieuse, souvent un pasteur.

Psychose

Au total, 49 des 881 personnes interrogées, soit 5,5 % d’entre elles, rappor­taient au moins un épisode de psychose actuelle ou passée. Celle-ci était plus fréquente chez les personnes ayant de faibles revenus (9,4 % chez les personnes ayant moins de 840 euros de revenus, 5,5 % chez les personnes gagnant entre 840 et 2 520 euros, et 3,2 % chez celles dispo­sant de plus de 2 520 euros).

Syndrome de stress post-traumatisme

Concernant les syndromes de stress post-traumatique, ils étaient plus fréquents chez les femmes (47/164 (10,1 %) contre20/417(4,8 %), et il semblerait qu’ils soient plus fréquents dans le groupe de personnes gagnant moins de 840 euros par mois (15/127 (11,8 %) contre16/290 (5,5 %) gagnant entre 840 et 2 520 euros, et 15/218 (6,9 %) gagnant plus.

Alcool et toxicomanie

Il n’y avait pas de différence significative concernant les problèmes d’alcool entre les tranches de revenus et malgré les apparences, il n’y avait pas de différence selon les tranches de revenus pour les problèmes liés à la drogue.

Risque suicidaire

Au total, 742 personnes (84,22 %) n’avaient aucun risque suicidaire, 79 (8,97%) avaient un risque faible, 35 (3,97%) avaient un risque moyen, et 25 (2,84%) avaient un risque élevé. Le risque suicidaire était supé­rieur chez les plus faibles revenus.

Comme ailleurs, les jeunes générations présentent une prévalence croissante de la dépression au cours de la période 2017-2021. Cette tendance généra­tionnelle est influencée par les conditions sociales, culturelles et les attentes vis-à-vis de l’avenir. Les femmes étaient plus touchées, un phénomène décrit ailleurs, qui peut en partie s’expliquer par leur plus grande exposition à la précarité dans un contexte où 39 % des familles reposent sur une mère célibataire dont 54 % n’ont pas d’emploi. Chez les étudiantes, l’insécurité alimentaire était fortement liée à la dépression.

Les résultats de cette première enquête en santé mentale en population générale suggèrent que, comme tant d’autres domaines de la santé, la santé mentale et notamment la dépression et sa prise en charge sont impactées par la pauvreté. Dans ce contexte, comme pour d’autres problématiques de santé, la mise en place d’approches proactives d’aller-vers, s’appuyant sur des relais communautaires et la médiation en santé, trouve tout son sens.

L’enquête a également été réalisée aux Antilles en 2000. La prévalence de la dépression était supérieure en Guyane (17,1% contre13,2%).

Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp
Email

Actualité

Politique

Economie

CULTURE

LES BONS PLANS​