Haïti. À l’hôpital La Paix, la demande explose, la réponse s’organise

L’Hôpital universitaire La Paix figure parmi les rares hôpitaux publics encore fonctionnels dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Depuis février 2024, sa demande a doublé dans l’ensemble de ses services. Un nouveau modèle de gestion de l’actuelle direction, ainsi que le support financier de partenaires tels que l’OPS/OMS a permis à l’hôpital de tenir le coup. Lors d’une visite effectuée le 5 décembre dernier, Le Nouvelliste a pu constater un hôpital propre, climatisé, où les patients, bien qu’en grand nombre, sont pris en charge.

Classé hôpital universitaire de niveau 3, l’hôpital La Paix dispose de l’ensemble des services spécialisés fonctionnant 24 heures sur 24. En entrevue avec Le Nouvelliste, les responsables ont présenté des chiffres pour illustrer l’augmentation de la demande et la capacité de réponse.

« Entre 2022 et 2025, le nombre d’admissions a doublé. Aux urgences, nous sommes passés de 800 patients par mois à environ 1 800. La salle d’opération est passée de 150 interventions mensuelles à 320. En maternité, nous enregistrons en moyenne 150 césariennes par mois et 270 accouchements physiologiques . Et la clinique externe reçoit près de 300 patients par jour et fonctionne également le samedi », explique un responsable de l’hôpital.

L’un des principaux atouts de l’HUP demeure la gratuité des soins d’urgence. Dans un contexte socio-économique marqué par la précarité et l’insécurité, cette approche est déterminante pour les patients dont la majorité est décapitalisée. « À l’HUP, le souci, aujourd’hui, est de soigner d’abord. La question du paiement vient après. Personne ne peut dire qu’elle n’a pas été soignée chez nous faute d’argent », a confié un cadre  de l’hôpital.

Cette nouvelle dynamique a contribué à faire tomber les vieux stigmates. Longtemps perçu comme un établissement insalubre où l’on ne recevait pas de soins adéquats, l’hôpital La Paix attire désormais toutes les catégories sociales, s’est félicité un responsable. Les changements sont perceptibles, tant sur le plan physique et logistique que dans la qualité de l’accueil et de la prise en charge.

Cette transformation repose sur un nouveau modèle de gestion, mais aussi sur l’appui déterminant de partenaires internationaux. L’Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la santé (OPS/OMS) est le principal partenaire de l’hôpital depuis plus de trois ans. Elle apporte son aide au niveau du service des urgences et la fourniture des intrants. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) figurent également parmi les partenaires clés.

Inauguré en 2022 et opérationnel depuis mai 2023, le service des urgences constitue la principale porte d’entrée de l’hôpital. Il accueille quotidiennement des victimes d’accidents de la route, de blessures par balles, des patients souffrant de pathologies chroniques ou de complications aiguës. 

Ce service repose sur le concept de « smart hospital ». Le bâtiment est conçu pour résister aux séismes et aux cyclones, dispose de systèmes de récupération d’eau et a été pensé pour fonctionner en situation de crise. Les intrants médicaux, les équipements, l’entretien et même le carburant sont pris en charge par l’OPS/OMS afin de garantir la gratuité des soins d’urgence. Initialement prévu pour six mois, ce soutien s’est prolongé jusqu’à aujourd’hui, compte tenu de la dégradation continue de la situation en Haïti. « Le budget de fonctionnement est difficile à chiffrer tant il est élevé », reconnaît un responsable.

Selon l’un des responsables qui s’est confié au journal, le service des urgences joue un rôle transversal dans l’hôpital. Il mobilise la médecine interne, l’orthopédie, la chirurgie, les urgences obstétricales et pédiatriques. Son impact est perceptible dans l’ensemble de l’hôpital, tant sur l’organisation des soins que sur la formation médicale. « À cause de la bonne dynamique dans le service des urgences, les autres services sont obligés de se mettre au diapason », observe-t-il. 

Les résidents, en particulier, bénéficient directement de cette situation. Ils disposent désormais d’un volume de cas suffisant pour renforcer leur pratique sur place, sans devoir être envoyés dans d’autres établissements, s’est félicité un responsable. 

Un hôpital en mode d’urgence permanente

Depuis la fermeture de l’HUEH, l’hôpital La Paix fonctionne selon un plan d’urgence permanent. Ce dispositif est ajusté en fonction des défis sécuritaires et sanitaires, a fait savoir un responsable au Nouvelliste.

En cas de paralysie totale de la capitale, le plan prévoit la mobilisation du personnel vivant à proximité de l’hôpital. Ces employés peuvent rester sur place pendant environ une semaine pour assurer les soins. Ils sont nourris sur place et reçoivent un soutien pour subvenir aux besoins de leurs familles. Là encore, l’appui de partenaires comme l’OPS/OMS est crucial.

Dans la perspective du déploiement de la Force multinationale de répression des gangs (FRG) et d’une éventuelle intensification des opérations, un plan de contingence a également été élaboré afin d’augmenter la capacité d’accueil de l’établissement, permettant la prise en charge de 30 à 40 blessés par balles par jour.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/262909/a-lhopital-la-paix-la-demande-explose-la-reponse-sorganise

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