Le rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti, publié le 3 septembre 2026, est au cœur de l’actualité politique du pays.

Des personnalités politiques y sont mises en cause pour leurs relations présumées avec des groupes armés. Il établit aussi les liens entre activités criminelles, trafics de drogue et de munitions et certaines activités économiques illicites. Sur les ondes de Magik9, le 9 octobre, Romain Le Cour, de Global Initiative, en a décrypté les mécanismes
« C’est le rapport le plus complet, le plus détaillé, le plus précis et le plus offensif depuis que le comité a été créé », a jugé Romain Le Cour, invité à la matinale de Magik9.
Publié en début de semaine, ce rapport est au cœur de l’actualité politique en Haïti. Des hommes et des femmes politiques y sont mis en cause pour leurs relations avec les gangs. Le document met également en évidence les liens entre les activités criminelles, le trafic de drogue et de munitions, ainsi que certaines activités économiques illicites.
Le rapport du panel d’experts souligne les liens opaques entre élites économiques, politiques et groupes criminels en Haïti, commente Romain Le Cour. « Les relations entre les secteurs économiques, politiques et les groupes criminels en Haïti, c’est comme l’oxygène : tu sais qu’il y en a tout autour de toi, mais tu ne le verras jamais », a déclaré Romain Le Cour. Il a précisé qu’un homme politique haïtien lui avait confié ces propos à ses débuts, il y a trois ans, dans le cadre de sa mission pour Global Initiative en Haïti.
Intervenant à l’émission Panel Magik ce vendredi, Romain Le Cour a estimé que le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU met en évidence « cette nébuleuse de relations » entre les secteurs économique et politique et les groupes criminels.
Par ailleurs, Romain Le Cour invite à prendre le rapport du groupe d’experts de l’ONU pour ce qu’il est. « Ce n’est pas un jugement, dit-il. C’est une très longue enquête fondée sur des mois d’investigation, de collecte de données, de documents et d’entretiens en Haïti et à l’étranger. Le groupe d’experts cherche à documenter les relations qui peuvent exister entre les secteurs économiques, politiques et les groupes criminels dans le pays », a expliqué M. Le Cour, précisant que toutes les personnes citées bénéficient de la présomption d’innocence. Toutefois, il a indiqué que ce principe ne peut pas servir « [d’] alibi pour l’inaction ».
Selon Romain Le Cour, le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur Haïti révèle l’existence de « trois systèmes de preuves et d’investigation qui ne communiquent pas ». Il a expliqué que ces trois systèmes sont le régime de sanctions des Nations unies, les sanctions bilatérales et la justice haïtienne. « Ce sont trois « mondes » qui ne communiquent pas et qui créent d’énormes frustrations au sein de la classe politique, de la classe économique et de toute la société haïtienne face à des révélations dont on voit très peu de conséquences », a-t-il indiqué.
Romain Le Cour a précisé qu’en Haïti, la « violence est un système ». Il a indiqué que l’attention s’est souvent portée sur les chefs de gangs, « en omettant qu’ils font partie d’un système de relations triangulaires qui implique des élus et d’anciens élus, des personnalités politiques, des intermédiaires et des opérateurs politiques, ainsi que des acteurs du secteur économique ».
Étendu sur plus de 90 pages, ce rapport du Groupe d’experts contient des révélations qui auront des conséquences sur la crédibilité et la transparence des acteurs qui vont participer aux prochaines élections, estime M. Le Cour. Aussi, elles auront des conséquences sur l’attitude des acteurs internationaux qui vont observer les prochaines élections.
Plus loin, M. Le Cour a souligné que l’économie criminelle en Haïti continue d’alimenter la violence sans aucun frein. « Haïti est sous embargo sur les armes et munitions mais c’est un embargo qui ne sert vraiment à rien parce que les groupes criminels continuent à se procurer d’armes et de munitions sans problème avec l’aide de tout un tas d’opérateurs politiques et économiques », déplore-t-il, ajoutant qu’une très grande partie du revenu des groupes criminels haïtiens proviennent en grande majorité de l’extorsion et du racket et cet argent sert à investir encore dans l’achat d’armes et munitions.
Source : Le Nouvelliste


























