Haïti. L’enfer au quotidien des personnes souffrant de maladies chroniques en période de crise

Depuis plusieurs semaines, la situation délétère du pays, précisément à la capitale, affecte  beaucoup la population, surtout les malades.

Depuis plusieurs semaines, la situation délétère du pays, précisément à la capitale, affecte  beaucoup la population, surtout les malades. « Cette situation est très stressante. Je ne dors pas, je suis pensive et ma maladie ne supporte pas le stress », fait savoir une personne atteinte de lupus. De son côté , une patiente qui souffre de polyradiculonévrite inflammatoire chronique affirme que  cette situation aggrave sa maladie. « Ma maladie a rendu invalide ma partie inférieure, et si cela continue, elle attaquera la moelle épinière et provoquera une paralysie totale », souligne la trentenaire.

« Les médicaments dont j’ai besoin sont inaccessibles et ne sont pas fabriqués en Haïti. Mon docteur m’avait dit que la solution à ma maladie c’est de quitter le pays », confie une personne atteinte de polyradiculonévrite inflammatoire chronique le 3 avril dans un entretien accordé au Nouvelliste.

Dans un pays où les ressources médicales sont limitées, les personnes atteintes de maladies chroniques en Haïti font face à des défis insurmontables. Pour beaucoup, l’accès aux médicaments nécessaires est un luxe car ils ne sont tout simplement pas disponibles sur le marché haïtien. Pour certains patients, comme ceux souffrant de polyradiculonévrite inflammatoire chronique, la seule solution semble être de quitter le pays pour obtenir un traitement adéquat.

« Le stress exacerbe mes symptômes de lupus, témoigne une patiente. Je me sens constamment épuisée et mon corps ne supporte pas la moindre tension. Cela affecte non seulement ma qualité de vie, mais aussi ma capacité à gérer ma maladie de manière efficace ». De même, les personnes atteintes de diabète luttent contre l’instabilité de leur glycémie et les difficultés à suivre un régime alimentaire approprié. « Mon taux de glycémie est constamment instable », confie un diabétique. L’incapacité à suivre un régime alimentaire strict aggrave mes symptômes. Même lorsque je fais de mon mieux pour manger sainement, les aliments recommandés sont souvent trop chers ».

Selon le docteur Nancy Marco Charles, dans un interview avec le Nouvelliste, le diabète tout comme l’hypertension artérielle demande un régime alimentaire sain et équilibré. En ce sens, un patient incapable de prendre ses médicaments, s’il gère convenablement son alimentation, peut diminuer les risques. Cependant, cela ne suffit pas, car ces maladies demandent également un environnement calme puisque le stress a de grandes répercussions sur elles, surtout sur la tension artérielle, fait remarquer le docteur. Malheureusement, « ni la glycémie ni la tension artérielle ne sont au courant que nous vivons en Haïti », lâche le docteur.

Selon les données publiées en 2020 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on retrouve le diabète et l’hypertension parmi les dix principales causes de décès en Haïti. En ce sens, des organisations comme la Fondation Haïtienne de Diabète et de Maladies Cardio-vasculaires (FHADIMAC) se donnent pour mission d’aider les patients dans la gestion de leurs maladies. En effet, cette fondation à but non lucratif met à leur disposition des informations et des médicaments sur ordonnance à prix réduits. Malgré cela, la capacité financière fait défaut à certains patients. « J’ai cessé d’aller voir mon médecin car je sais déjà que je n’aurai pas les moyens d’acheter les médicaments », se plaint une patiente souffrant du diabète.

« Mon médecin m’a conseillé de quitter le pays si je veux que mon état s’améliore », déclare la patiente souffrant de polyradiculonévrite inflammatoire chronique. « Il m’a expliqué que certains équipements nécessaires pour des examens approfondis ne sont tout simplement pas disponibles en Haïti. C’est une décision difficile à prendre, mais je crains que si je reste ici, ma condition n’empire ».

La patiente atteinte de lupus exprime ses craintes. « Je suis au stade d’insuffisance rénale et j’ai peur que cela s’aggrave. Si cela se produit, je crains que la situation actuelle du pays ne me laisse aucune chance de survie. »

Face à cette crise sanitaire, de nombreux Haïtiens se tournent vers la religion pour trouver le réconfort et l’espoir. Malheureusement, le gouvernement haïtien semble être en grande partie absent de la discussion, laissant les patients livrés à eux-mêmes dans leur lutte contre les maladies chroniques.

Il est urgent que des mesures soient prises pour améliorer l’accès aux soins de santé et aux médicaments pour les personnes atteintes de maladies chroniques en Haïti. Sans cela, de nombreuses vies continueront d’être affectées par des maladies évitables et traitables.

Comme message aux autorités concernés, une voix forte se fait entendre parmi ceux qui souffrent de maladies chroniques : « Nous sommes en train d’être oubliés, mais nous sommes toujours là, parmi vous. Nous luttons chaque jour pour rester en vie malgré les défis insurmontables auxquels nous sommes confrontés ».

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/247544/le-quotidien-des-haitiens-souffrant-de-maladies-chroniques-en-periode-de-crise

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