Le Conseil présidentiel de transition compte ses derniers jours avant de prendre toute sa place dans l’histoire.
Son échec retentissant reste son incapacité à enrayer la machine infernale des gangs. Plus de 10 000 vies ont été emportées en 22 mois de règne du conseil présidentiel de transition, entre avril 2024 et décembre 2025, retient-on du décompte effectué par l’ONU.
En janvier 2025, deux mois après que le CPT ait renvoyé le Premier ministre Garry Conille sur fond d’une nouvelle explosion de violence, l’ONU a informé que « la violence des gangs a tué au moins 5 601 personnes l’année dernière, soit une augmentation de plus de 1 000 victimes par rapport à l’année 2023, selon les chiffres vérifiés par le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies. En outre, 2 212 autres personnes ont été blessées et 1 494 enlevées, avait aussi indiqué l’ONU.
« Ces chiffres à eux seuls ne permettent pas de rendre compte des horreurs absolues perpétrées en Haïti, mais ils illustrent la violence incessante à laquelle la population est soumise », avait déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk.
Dans l’un des incidents les plus meurtriers et les plus choquants de 2024, avait détaillé l’ONU, au moins 207 personnes ont été tuées début décembre, au cours d’un massacre orchestré par le chef du puissant gang Wharf Jérémie, dans le quartier de Cité Soleil à Port-au-Prince.
Ce 30 janvier 2026, dans un communiqué, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a indiqué qu’au cours du quatrième trimestre de l’année 2025 (octobre–décembre) au moins 1 523 personnes ont été tuées et 806 autres blessées. Sur l’ensemble de l’année 2025, ces chiffres portent à plus de 5 915 le nombre de personnes tuées et à 2 708 celui des personnes blessées.
Alors que Viv ansanm et d’autres gangs comme Gran grif étendaient leurs conquêtes territoriales, les cadavres se sont amoncelés. Dans le bas Artibonite et Mirebalais, dans le bas plateau centrale et dans d’autres points du territoire, une forte augmentation des homicides, des enlèvements, des violences sexuelles et des destructions de biens dans les localités touchées a été observée par le Service des droits de l’homme (HRS) du BINUH et le Haut‑Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
Selon le HRS, entre le 3 octobre 2024 — date du massacre de Pont Sondé (Artibonite), qui a marqué un tournant dans la dynamique de la violence — et le 30 juin 2025, au moins 1 018 personnes ont été tuées, 213 blessées et 620 enlevées dans les départements de l’Artibonite et du Centre, ainsi qu’à Ganthier et Fonds‑Parisien, situés à l’est de la zone métropolitaine de Port‑au‑Prince. Plus de 21 femmes et filles ont également été violées durant cette période.
Certaines violations des droits humains ont été commises lors d’incidents d’une extrême violence perpétrés par des gangs, comme le massacre de Pont-Sondé (Artibonite) du 3 octobre 2024, au cours duquel au moins 100 personnes ont été tuées et 16 autres blessées en l’espace de quelques heures.
Jusqu’au mois de décembre 2025, des massacres ont été perpétrés à Pont-Sondé. Dans un rapport publié en octobre 2025, le RNDDH a indiqué que de janvier à septembre 2025, au moins 24 massacres et attaques armées ont été recensés dans 25 localités et villes différentes, situées dans 8 des 17 communes du département de l’Artibonite.
Soumises à des attaques quotidiennes menées par des gangs armés issus de Kokorat san ras, Gran grif et des groupes Taliban/400 Mawozo, les communes de Gros‑Morne, La Chapelle, Liancourt, L’Estère, Marchand‑Dessalines, Montrouis, Petite‑Rivière de l’Artibonite et Verrettes sont devenues extrêmement dangereuses pour la population.
Avec huit attaques armées recensées, la commune de Petite‑Rivière de l’Artibonite semble être la plus ciblée par les gangs armés, rendant sa population particulièrement vulnérable aux actes menaçant la vie et les biens, a écrit le RNDDH dans son rapport.
Les communes concernées par la déclaration d’état d’urgence sécuritaire ont atteint presque une vingtaine. Mirebalais est tombé depuis fin mars 2025. Kenscoff est sous attaque depuis janvier 2025. Le bilan non exhaustif, selon le maire Massillon Jean, est supérieur à 450 morts.
La zone métropolitaine de Port-au-Prince arpente les dédales de l’enfer durant le règne du CPT. En mars 2025, le tout Port-au-Prince était à deux doigts de tomber. La dévastation provoquée par Viv ansanm était comparable aux dégâts d’un séisme.
Entre-temps, après l’éviction du Premier ministre Garry Conille qui avait donné lieu à de nouvelles attaques des gangs en novembre 2024, en janvier 2025, la pensée magico-religieuse s’est invitée dans le débat public. Alors qu’il présentait le bilan de sa visite officielle en Europe, le président du CPT, Leslie Voltaire, sans ambages, dit avoir interpellé, au Vatican, « la vierge Notre-Dame du perpétuel Secours, patronne d’Haïti, pour qu’elle fasse un miracle pour le pays ».
« Tout comme elle l’a fait en 1882 lors de l’épidémie de petite vérole à Port-à-Prince, j’ai spécialement demandé à la vierge de faire un miracle pour le pays. Je lui demande de neutraliser les gangs afin de pouvoir pacifier le pays », avait dit Leslie Voltaire lors d’un point de presse au salon diplomatique de l’aéroport international Toussaint Louverture, vendredi 31 janvier 2025.
« J’ai en profité pour placer une image de la vierge Notre-Dame du perpétuel secours dans les jardins du Vatican où il y a à peu près de treize pays qui ont l’effigie de leur Saint patron », s’est réjoui Leslie Voltaire, représentant de Fanmi Lavalas au CPT qui a nommé deux Premier et trois chefs de police en 22 mois.
Source : Le Nouvelliste
Lien : https://lenouvelliste.com/article/263872/haiti-plus-de-10-000-morts-en-22-mois-de-regne-du-cpt

























