Le rapport explosif des experts de l’ONU sur Haïti

Les membres du Groupe d’experts sur Haïti créé en application de la résolution 2653 (2022) du Conseil de sécurité ont soumis, en application du paragraphe 13 de la résolution 2794 (2025), un rapport pour le moins explosif de plus de 90 pages communiqué le 24 juillet au comité du conseil de sécurité dont la distribution générale a été effectuée le 8 septembre 2026.

Les membres du Groupe d’experts sur Haïti créé en application de la résolution 2653 (2022) du Conseil de sécurité ont soumis, en application du paragraphe 13 de la résolution 2794 (2025), un rapport pour le moins explosif de plus de 90 pages communiqué le 24 juillet au comité du conseil de sécurité dont la distribution générale a été effectuée le 8 septembre 2026. Les experts ont considéré la période la (octobre 2025-juillet 2026).

«  Depuis décembre 2025, les opérations de sécurité menées par les autorités haïtiennes ont contribué à contenir l’expansion des gangs à Port-au-Prince et à reprendre le contrôle de certaines zones auparavant sous leur emprise, notamment dans le centre-ville, à Delmas et dans les secteurs avoisinants. L’absence de stratégie de sécurité nationale, l’insuffisance des ressources et la collusion persistante entre les gangs et certains acteurs de premier plan ont continué de compromettre la mise en œuvre globale des mesures de sécurité », ont noté les experts. 

« Entre octobre 2025 et avril 2026, 3 165 personnes ont été tuées et 1 551 blessées à la suite de violences armées ; 65 % des victimes ont été recensées lors d’opérations de sécurité et 30 % lors d’attaques menées par des gangs », a informé le rapport des experts de l’ONU qui a souligné que « sous la direction d’individus désignés, des gangs ont continué de se rendre responsables de graves violations des droits humains, notamment d’homicides, de violences sexuelles et fondées sur le genre, d’enlèvements contre rançon, du recrutement forcé d’enfants ainsi que de la destruction de biens et d’actes d’extorsion. ».   

« Outre ces personnes faisant l’objet de sanctions, de nombreux autres chefs de gangs ont continué à se livrer à des activités répondant aux critères de désignation. Les cas de violence sexuelle ont également beaucoup augmenté depuis le début de l’année 2026, les viols collectifs de femmes et de jeunes filles commis par des hommes armés constituant l’une des manifestations les plus graves de cette tendance », selon ce rapport.                                         

«  La violence des gangs a entravé l’accès à l’aide humanitaire et aux services de base, notamment à l’éducation, et a conduit à la fermeture de plusieurs établissements de santé et organisations humanitaires.Les vagues successives de violences armées d’une grande intensité témoigne de la capacité persistante des gangs et d’autres acteurs armés non étatiques à se procurer illicitement des armes à feu et, surtout, des munitions », peut-on lire dans ce rapport qui s’est fendu d’un autre constat. « Bien que les autorités haïtiennes, dominicaines et américaines aient pris des mesures pour lutter contre le trafic d’armes et assurer le respect de l’embargo sur les armes, celles-ci demeurent insuffisantes au regard de l’ampleur du phénomène. Malgré le caractère souvent rudimentaire des méthodes employées, les réseaux transnationaux ont continué d’assurer avec efficacité le trafic d’armes à feu et de munitions durant la période considérée », ont écrit les experts qui ont fait des révélations.                       

« Le détournement d’armes provenant des stocks nationaux, en Haïti et, dans une moindre mesure, en République dominicaine, continue d’alimenter les arsenaux des gangs et d’autres acteurs armés non étatiques », ont affirmé les experts de l’ONU.                      

Le gouvernement Fils-Aimé dans le viseur                                  

Le décret sur la haute cour de justice est considéré parmi « plusieurs décisions qui ont porté  atteinte à l’État de droit et renforcé l’impunité », selon les experts de l’ONU. « Plus précisément, le 17 décembre 2025, un décret a institué une Haute Cour de justice dotée de la compétence exclusive de poursuivre et de juger les hauts fonctionnaires, en exercice ou pas, pour tout acte criminel commis pendant leur mandat », ont souligné les experts. 

« Dans la pratique, cette mesure a eu pour effet de dessaisir les juridictions ordinaires de leur compétence et de mettre en place des procédures complexes, largement perçues comme faisant obstacle aux poursuites et au traitement judiciaire des affaires, tout en soustrayant les fonctionnaires à toute obligation de rendre des comptes », selon les auteurs les plus experts de l’ONU. « Par ailleurs, des experts juridiques ont fait part de leurs inquiétudes concernant la suspension de nombreuses affaires devant les tribunaux,à un moment où la Haute Cour ne peut fonctionner en l’absence d’un Parlement élu », ont ajouté les experts de l’ONU.  Le gouvernement s’est aussi retrouvé dans le viseur à cause d’une nomination effectuée au niveau de la commission municipale de Cité Soleil. « Le 25 mai 2026, une nouvelle commission municipale de Cité-Soleil a été mise en place. Au moins un des membres de cette commission est un membre actif du gang de Brooklyn (dirigé par Gabriel Jean-Pierre, alias « Ti Gabriel », un allié de premier plan de Jeff) », peut-on lire dans ce rapport des experts de l’ONU. « La nomination de membres du gang de Brooklyn au sein de cette commission municipale a exacerbé les rivalités avec d’autres gangs, en particulier le gang de Belekou.                                                                             

Le Groupe d’experts, peut-on lire dans ce rapport, s’inquiète « de la collusion entre certaines autorités locales et les gangs au sein d’institutions publiques ». « Ces liens visent à consolider le contrôle territorial et à influer sur les prochaines élections, s’inscrivant dans le prolongement des liens politiques de longue date que Ti Gabriel entretient avec un ancien député de Cité-Soleil », selon ce rapport des experts de l’ONU. Le groupe d’experts de l’ONU, citant des sources, a indiqué que celles-ci ont « averti » que des individus « pourraient tirer parti de leurs liens avec des gangs pour mobiliser des soutiens, intimider leurs adversaires et nuire à la stabilité ». « Elles (ces sources) ont également mis en garde contre le risque que des groupes de légitime défense liés à des intérêts politiques locaux ne soient utilisés comme instruments d’intimidation, soulignant la nécessité de mettre en place des mécanismes propres à prévenir toute nouvelle déstabilisation », selon ce rapport.                                           

D’anciens responsables politiques dans la ligne de mire                                                                                        

« Les experts de l’ONU ont indexé plusieurs anciens élus haïtiens ayant des relations avec les gangs, peut-on lire dans le rapport acheminé au conseil de sécurité, le 3 septembre 2026.  « Comme le Groupe d’experts l’avait prouvé précédemment au Comité, des hommes d’affaires et des acteurs politiques du département de l’Artibonite ont apporté leur soutien à des gangs opérant dans cette région. Alors que Prophane Victor a contribué à l’essor du gang Grand Grif, notamment par la fourniture armes, Youri Latortue a soutenu les gangs Raboteau et Kokorat San Ras, notamment en leur fournissant des armes et des munitions », selon ce rapport.  

« L’enquête menée par le Groupe d’experts sur les activités financières illicites liées au financement des gangs a révélé que Rosemila Petit Frère, femme d’affaires et ancienne maire de la commune d’Arcahaie, dans le département de l’Ouest, de 2016 à 2020, entretenait des relations de longue date avec les chefs du gang Viv Ansanm (HTe.002) et qu’elle leur avait apporté un soutien tant financier que logistique. Mme Petit Frère a également joué le rôle d’intermédiaire entre les gangs et d’autres acteurs. Elle a joué un rôle déterminant dans le maintien des liens entre les gangs et les milieux criminels, politiques, économiques et du secteur de la sécurité, notamment en facilitant les communications et les transactions financières. Ces informations ont en outre été corroborées par deux États Membres », selon ce rapport.   

« Nenel Cassy, ancien sénateur du département des Nippes (2006-2012 et 2016-2020), a apporté son soutien à divers acteurs armés afin de promouvoir son programme politique et de servir ses intérêts. M. Cassy contrôle le groupe criminel « BLTS » opérant à Chalon, dans la commune de Miragoâne (département des Nippes), spécialisé dans la détention illégale d’armes à feu, les meurtres, les tentatives de meurtre, les enlèvements contre rançon, les viols collectifs, les détournements de véhicules et de camions de transport de marchandises ainsi que les vols à main armée », peut-on lire dans ce rapport.

« M. Cassy a contribué à la création de Fantome 509, un groupe violent composé d’individus armés, dont des policiers, qui a vu le jour en 201837. Ce groupe a participé à des troubles à l’ordre public, des incendies volontaires, des actes de vandalisme contre des biens publics et privés ainsi qu’à des meurtres de policiers », selon ce rapport.

« Nenel Cassy et ses complices ont également commis une tentative d’enlèvement suivie de l’assassinat d’un diplomate haïtien, en février 2021. M. Cassy cherchait à semer le chaos en Haïti en planifiant des attaques armées contre des infrastructures aéroportuaires à Port-au-Prince, aux Cayes et au Cap-Haïtien. Il a organisé de nombreuses réunions qui ont conduit à des attaques visant à déstabiliser Kenscoff, en collusion avec Viv Ansanm », a indiqué ce rapport qui s’est intéressé à Kenscoff.  « Depuis 2016 au moins, Alfredo Junior Antoine, ancien député élu dans la circonscription de Kenscoff (2016-2020), a armé et soutenu des groupes de jeunes de la région, s’en servant comme d’un outil politique au service de son programme. Par la suite, ces groupes ont, soit évolué pour devenir des gangs, soit se sont ralliés à ceux-ci. M. Antoine est également responsable d’enlèvements et de détentions illégales, recourant à des gangs et à d’autres individus armés pour intimider des opposants politiques ou s’emparer illégalement de biens », selon ce rapport des experts de l’ONU.

« M. Antoine a été l’un des principaux commanditaires de l’attaque perpétrée le 27 janvier 2025 à Kenscoff, qui s’est soldée par plus de 100 meurtres et s’est accompagnée de nombreux viols, y compris sur des mineurs, de vols qualifiés et de l’incendie d’habitations. Depuis lors, des gangs ont pris le contrôle de certaines parties de la commune, provoquant une vive inquiétude parmi les habitants. M. Antoine a été arrêté le 4 avril 2025 pour participation à un complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité de meurtre et association de malfaiteurs. Il a été remis en liberté le 9 mai 2025 », selon ce rapport.

« M. Antoine a planifié des attaques avec des gangs dans plusieurs quartiers de Kenscoff. Il communiquait fréquemment avec des membres de Viv Ansanm, notamment Dady Paul, connu sous le nom de Frantz Valmyr (alias « Didy »), l’un des principaux chefs de gang à Kenscoff (voir annexe 13), ainsi qu’avec d’autres membres de gang. Il entretenait également des contacts réguliers avec Magalie Habitant, principale intermédiaire entre les responsables politiques, les hommes d’affaires et les gangs, et avait des liens étroits avec Vitelhomme Innocent », selon ce rapport qui indique que M Antoine a démenti. Les experts, selon ce rapport, maintiennent leurs conclusions.                                                                    

Un chapitre explosif pour Moïse Jean Charles, « bénéficiaire effectif » du commerce des anguilles 

« Le Groupe d’experts a constaté que ce secteur, peu réglementé, demeurait entouré d’opacité et marqué par la corruption. Comme indiqué précédemment, cette situation s’explique par le fait qu’Haïti n’est pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Le secteur des civelles reste ainsi exposé aux activités illicites. Il est principalement dominé par Jean-Charles Moïse, homme d’affaires originaire du département du Nord et secrétaire général du parti politique Pitit Dessalines. Il est également un ancien candidat à la présidence et ancien sénateur du département du Nord », peut-on lire dans ce rapport des experts de l’ONU. 

« Selon certaines sources, le réseau de M. Moïse décide des personnes affectées au bureau chargé de délivrer les permis d’exportation de civelles. Il exerce une influence politique et économique sur le secteur des civelles et en contrôle l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de l’exploitation à la commercialisation. M. Moïse exerce une influence sur le Ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, par l’intermédiaire duquel sont délivrés les permis d’exportation, ainsi que sur les agents des douanes chargés du contrôle des exportations, afin qu’ils agissent en sa faveur », peut-on lire dans ce rapport. Certains de ses anciens associés, auxquels il avait refusé des permis, sont devenus ses rivaux », selon le rapport des experts de l’ONU.

« De même, M. Moïse fait pression sur certains agents des douanes pour qu’ils cèdent à ses demandes de fraude fiscale ; ceux qui refusent sont mutés. Tout refus de céder à ses exigences ou d’accepter ses pots-de-vin entraîne des représailles, comme en témoignent certaines de ses victimes », selon ce rapport.

Réseaux de contrebande liés à des organisations criminelles transnationales

M. Moïse dirige un réseau d’exportateurs illicites lié à un réseau régional plus vaste opérant dans les eaux des Caraïbes. Par ses activités, il contribue à l’affaiblissement de l’économie haïtienne tout en favorisant les réseaux criminels de contrebande qui sévissent dans la région. Au cours de son enquête sur des incidents survenus pendant la saison 2024/2025 de pêche aux civelles, le Groupe d’experts a mieux compris les détails complexes des activités de contrebande de M. Moïse, peut-on lire dans ce rapport des experts de l’ONU qui s’est entretenu, entre-autres, avec « un ancien haut responsable des douanes, un analyste des exportations et un ancien ministre, février 2026 ».

« Des sources bien informées sur le mode de fonctionnement de M. Moïse, notamment l’un de ses anciens fournisseurs de civelles, un loueur d’embarcation s et un marchand de civelles établi en République dominicaine, ont dit au Groupe d’experts que, durant la saison de pêche aux civelles 2024/2025, qui a coïncidé avec la suspension par l’Administration fédérale de l’aviation des vols entre Port-au-Prince et les États-Unis. M. Moïse n’a pas pu exporter ses civelles comme prévu. Loin d’abandonner, il a mobilisé son réseau de contrebande dans le département du Nord, par l’intermédiaire duquel les civelles ont été acheminées dans le cadre d’un dispositif parfaitement huilé. Cette opération a impliqué des douaniers haïtiens, qui ont facilité les activités de fraude fiscale de M. Moïse, ainsi que des propriétaires dominicains d’embarcations privées, qui ont fourni les moyens logistiques nécessaires au transport des civelles hors d’Haïti . Des fournisseurs haïtiens de civelles travaillant avec M. Moïse ainsi que des commerçants dominicains ont expliqué que les réseaux de M. Moïse s’étendaient à d’autres secteurs économiques du département du Nord, sa région d’origine. Ils ont réaffirmé qu’il contrôlait de près un marché régional du commerce illicite des civelles », selon ce rapport.

« L’enquête menée par le Groupe d’experts sur un incident survenu le 20 décembre 2024 dans la région de Fort-Liberté, dans le département du Nord, a permis d’apporter un éclairage supplémentaire sur les activités du réseau criminel organisé transnational de M. Moïse. Des enquêtes complémentaires menées dans la région ont révélé que M. Moïse dirigeait un réseau criminel qui mélangeait des marchandises provenant de fournisseurs illicites de la région ainsi que d’Haïti, puis les exportait en les présentant comme exclusivement d’origine haïtienne. Ces informations ont été confirmées par plusieurs sources, notamment des personnes affiliées à ce réseau ainsi que des personnes chargées d’enquêter sur ses activités », peut-on lire dans ce rapport.

« En juin 2026, les enquêtes menées par les services douaniers d’un État Membre ont confirmé au Groupe d’experts l’existence d’un réseau de contrebande s’approvisionnant en civelles en Haïti. Ces services ont signalé deux cas de contrebande de civelles vivantes survenus entre octobre et décembre 2024. L’analyse du mode opératoire a conduit les douaniers susmentionnés à conclure que « … ces deux incidents étaient liés, tant par la participation d’au moins une personne commune que par l’existence d’un seul et même mode opératoire illicite : la tentative d’exporter des civelles sans les documents légalement requis ». Les douaniers ont ajouté que, dans les deux cas, les documents d’exportation et les déclarations en douane correspondantes étaient absents. Le Groupe d’experts a poursuivi son enquête en Haïti et a appris que ces deux cas faisaient partie d’une série d’exportations effectuées par le réseau de M. Moïse au cours de la saison de pêche 2024/2025 », selon le rapport des experts de l’ONU.

« Ce secteur continuera d’être vulnérable tant qu’Haïti n’aura pas adhéré à la Convention. En Haïti, l’adhésion à un traité international ou sa ratification nécessite la signature du pouvoir exécutif (le Président ou les ministres désignés), suivie de l’approbation par le Parlement, puis de la promulgation officielle d’un décret de ratification. L’absence actuelle de parlement empêche ce processus », selon le rapport des experts de l’ONU.

« Le Groupe d’experts a poursuivi ses enquêtes sur l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, en particulier des civelles. Il a également constaté que le Gouvernement haïtien avait adopté en mars un décret régissant l’octroi de concessions minières et les redevances applicables aux différents minerais », selon ce rapport.

« Les civelles (jeunes anguilles) restent l’une des ressources naturelles les plus lucratives en Haïti : un kilogramme se vend entre 3 000 et 5 000 dollars sur le marché international, tandis que sur le marché intérieur, les pêcheurs les vendent pour seulement 0,34 à 1,70 dollar le kilogramme », ont indiqué les exports de l’ONU comme pour montrer l’importance de cette ressource et des montants dont il est question.Le rapport n’a évoqué de réponses de l’ex-sénateur Moïse Jean Charles.                                                                

De l’importance du transit de la drogue                     

« Le 14 juillet 2025, au lendemain de la saisie de 1 045 kg à proximité de l’île de la Tortue, un conteneur a été expédié depuis Cap-Haïtien, dans le département du Nord. Après un transbordement à Kingston, en Jamaïque, il est arrivé au port belge d’Anvers le 22 août 2025. Les autorités belges ont découvert 1 156,42 kg de cocaïne dissimulés dans le conteneur, répartis-en 1 000 paquets », a révélé le rapport des experts de l’ONU, 3 septembre 2026.

« Selon les autorités belges, la drogue avait été dissimulée selon la méthode dite du « rip-off », qui consiste à introduire des substances illicites dans une cargaison Les autorités jamaïcaines ont indiqué qu’il était peu probable que le conteneur ait été contaminé à Kingston, insistant tout particulièrement sur les mesures de sécurité mises en place », selon ce rapport.

« La saisie du 14 juillet 2025 était la deuxième saisie effectuée dans le port d’Anvers signalée au Groupe d’experts, après celle du 29 septembre 2023, au cours de laquelle les autorités belges avaient saisi 308,7 kg de cocaïne dans une cargaison en provenance de Port-au-Prince », a révélé ce rapport des experts de l’ONU.

« Dans les deux cas, les trafiquants ont eu recours à la méthode dite du « rip-off », passant par les circuits légaux d’exportation de cacao en provenance d’Haïti pour acheminer de la drogue vers l’Europe. En 2023, les prix pratiqués dans les plaques tournantes maritimes européennes, comme la Belgique, se situaient entre 20 540 et 34 594 dollars par kg de cocaïne », peut-on lire dans ce rapport qui a évoqué d’autres saisies de drogue.

Carrefour et ses banques comme en territoire autonome                                                                       

Les experts de l’ONU ont indiqué que « des gangs issus de différentes communes du département de l’Ouest conduisaient leurs victimes ou les proches de celles-ci à Carrefour afin d’y retirer les fonds destinés au paiement des rançons », peut-on lire dans un rapport remis au conseil de sécurité, le 3 septembre 2026.

« Le Groupe d’experts a adressé des demandes d’information à plusieurs banques disposant d’agences à Carrefour ainsi qu’à la Banque de la République d’Haïti, qui assure la réglementation et la surveillance du système bancaire et financier du pays », selon ce rapport. « Dans sa réponse, la Banque a indiqué avoir reçu des signalements concernant deux cas dans lesquels des chefs de gang, des membres de gangs ou des personnes qui leur sont associées avaient eu recours au système bancaire à des fins financières illicites », a informé le groupe d’experts de l’ONU.

De l’effet réel des sanctions                                        

Le Groupe d’experts constate que très peu de progrès ont été réalisés en ce qui concerne le gel des avoirs des personnes visées par les sanctions de l’ONU. Il s’inquiète de l’absence d’un processus national coordonné permettant de trouver et de geler les avoirs de ces personnes, ce qui affaiblit les effets du régime de sanctions en Haïti.

Ayant adressé une lettre à la Banque de la République d’Haïti et à certaines banques commerciales afin d’obtenir des informations actualisées, le Groupe d’experts a été informé que seuls les comptes détenus par Kempes Sanon et Prophane Victor  dont les soldes étaient d’un montant très limité, avaient été gelés. Cette situation s’explique par le fait que les institutions financières ont été lentes à réagir après l’inscription des personnes concernées sur la liste des sanctions, ce qui a permis à ces personnes detransférer leurs avoirs ou de les dissimuler sous le nom de tiers, selon ce rapport.                                                              

Du décret électoral

Le 2 juin 2026, le Conseil des ministres a publié un nouveau décret électoral modifiant celui adopté par le Conseil présidentiel de transition en décembre 2025. Bien que le décret comporte de nouvelles dispositions, il maintient l’interdiction faite aux personnes visées par des sanctions de l’ONU de se présenter à l’élection présidentielle ou aux élections législatives ou locales ou de siéger dans des entités relevant du Conseil électoral provisoire chargées d’organiser les élections.

Cette disposition ne devrait avoir qu’un effet très limité, dans la mesure où la grande majorité des personnes qui aident les gangs et contribuent à la déstabilisation du pays ne sont pas encore inscrites sur la liste des sanctions, ont reconnu les experts de l’ONU qui ont mis en garde contre le glissement des brigadiers, la possibilité, encore existante pour les gangs dont 400 Mawozo de s’approvisionner en armes et munitions en République dominicaine. 

« En 2026, le Groupe d’experts a recensé plusieurs types de munitions qui avaient été détournées des stocks dominicains, notamment celles utilisées par le gang 400 Mawozo, implanté près de la frontière dominicaine », a révélé le groupe d’experts de l’ONU dans un rapport au conseil de sécurité, 3 septembre 2026.

« Le Groupe d’experts a contacté les autorités, qui ont précisé qu’en décembre 2025, un sous- lieutenant de l’armée dominicaine avait été arrêté dans la province de San Juan de la  Maguana (République dominicaine) en compagnie d’un ressortissant haïtien, alors qu’ils transportaient 1 516 cartouches à moto. L’affaire est en cours », peut-on lire dans ce rapport.                                                                  

Détournement de munitions des stocks des forces de l’ordre

« Le Groupe d’experts a demandé des informations complémentaires sur d’autres points éventuels de détournement », a indiqué le rapport. Des munitions utilisées par la police sont régulièrement retrouvées dans les stocks des gangs, alerte les experts de l’ONU

« Des munitions utilisées par la police sont régulièrement retrouvées dans les stocks des gangs », ont alerté les experts de l’ONU dans un rapport au conseil de sécurité, le 3 septembre 2026. « Les détournements de matériel provenant des stocks de la Police nationale d’Haïti demeurent une source de préoccupation persistante, comme l’avait déjà signalé le Groupe d’experts. Des munitions utilisées par la police sont régulièrement retrouvées dans les stocks des gangs, tandis que des armes à feu en dotation au sein de la police sont fréquemment récupérées auprès de membres de gangs », peut-on lire dans le rapport des experts de l’ONU, 3 septembre 2026.

« À titre d’exemple, parmi les 336 cartouches de calibre 7,62 x 51 mm recensées par le Groupe d’experts à la suite de saisies effectuées auprès des gangs Jamesley et Krache Dife en 2026, 70 % provenaient de détournements des stocks de la Police nationale d’Haïti », selon ce rapport.

« Si une partie du matériel a été perdue lors d’affrontements ou à la suite d’attaques contre la Police nationale d’Haïti, d’autres cas sont révélateurs d’activités de trafic », peut-on lire dans ce rapport.

« Au cours de la période considérée, la police a arrêté plusieurs agents corrompus, dont certains se livraient au trafic d’armes et de munitions pour le compte de Chalè, le chef du gang de Tokyo (voir annexe 9). Malgré ces efforts, les détournements se poursuivent. Certains policiers récupèrent des munitions inutilisées pour les revendre à des gangs, à des groupes de légitime défense, à des sociétés de sécurité privées et à des particuliers en quête de protection », a révélé ce rapport.

« Le Groupe d’experts a confirmé la présence des boîtes et de munitions de calibre 5,56 x 45 mm utilisées par des gangs et un groupe de légitime défense, dont les caractéristiques correspondent à des munitions récemment importées par les Forces armées d’Haïti », selon ce rapport.

« En mai 2026, le Groupe d’experts a porté cette question à l’attention du Ministère haïtien de la défense. Bien que la chaîne de possession de ces munitions reste incertaine, le Groupe a été informé qu’une partie des munitions importées par les Forces armées d’Haïti avait été transférée à la Police nationale d’Haïti », a révélé ce rapport.

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