Martinique. Décès de Gabriel Serville : l’hommage de Lucien Saliber

Lucien Saliber, président de l’Assemblée de Martinique, rend ici un vibrant hommage à Gabriel Serville, décédé mercredi.

« C’est avec une immense tristesse, une douleur profonde et une grande émotion que j’ai appris mercredi 30 septembre, au matin, le décès de Gabriel Serville, président de la Collectivité Territoriale et de l’Assemblée de Guyane.

Aujourd’hui, ce n’est pas seulement un grand Président d’une collectivité sœur qui s’en va, c’est un ami personnel, un frère de conviction et de combat qui nous quitte.

J’ai eu le privilège de bien connaître Gabriel et de le côtoyer pendant de nombreuses années. Nous nous sommes si souvent rencontrés, à Cayenne, à Fort-de-France, à Paris, ou lors de nos échanges bilatéraux entre la Guyane et la Martinique. À chaque fois, c’était la même humanité qui s’exprimait.

Je me souviendrai de Gabriel comme de l’homme au sourire discret mais à la poignée de main ferme. L’homme qui, même au cœur des débats les plus techniques et les plus tendus sur l’avenir institutionnel de nos territoires, trouvait toujours le mot juste, une anecdote sur la musique, un souvenir de ses années de professeur de mathématiques et de proviseur de lycée. Nous avions cela en commun : cette foi chevillée au corps que l’école émancipe, que la jeunesse est notre seul vrai trésor.

Nous avons refait le monde tant de fois. Il me parlait de sa Guyane, immense, amazonienne, si diverse. Il était fasciné par notre modèle martiniquais, nous étions admiratifs de son courage. Il était intarissable sur la culture, lui le musicien passionné, l’amoureux du zouk, du carnaval guyanais et de la musique caribéenne. Il pouvait parler pendant des heures de partitions et de rythmes.

L’homme de culture était aussi un homme d’État d’une envergure exceptionnelle. Son parcours force le respect: Maire de Matoury, Député de la République pendant près de dix ans, puis élu en 2021 à la présidence de la Collectivité Territoriale de Guyane. Il a transformé cette responsabilité en un véritable sacerdoce.

On lui doit tant. On lui doit d’avoir porté sans relâche, avec dignité et fermeté, le projet d’une Guyane maîtresse de son destin, à travers son combat pour une autonomie adaptée à sa réalité. On lui doit d’avoir replacé la Guyane dans son bassin naturel, la Caraïbe et l’Amérique du Sud, en obtenant cette victoire historique en juillet dernier : l’adhésion de la Guyane comme membre associé de la CARICOM. On lui doit aussi ce geste de haute portée symbolique et humaine : la restitution des restes de nos ancêtres Kali’na et Arawak.

Même lorsque la maladie l’a éprouvé ces derniers mois, même amaigri par un retour d’hospitalisation, il n’a jamais abandonné son poste, jamais cessé de se battre pour les siens. C’était cela, Gabriel : un homme de courage jusqu’au bout.

Au nom de l’Assemblée de Martinique, de l’ensemble des Conseillers de l’Assemblée, et en mon nom personnel, je tiens à adresser mes condoléances les plus attristées et les plus fraternelles à son épouse, Catherine, à ses enfants, à ses proches, au 1er Vice-Président Jean-Paul Fereira qui assure l’intérim, à l’ensemble des élus, des agents de la Collectivité Territoriale de Guyane, et à l’ensemble du peuple guyanais.

La Martinique est en deuil aux côtés de la Guyane. Nous partagerons sa peine et honorerons sa mémoire en poursuivant le combat qu’il a mené pour la dignité et la reconnaissance de nos peuples. 

Que la terre de Guyane, cette terre qu’il a tant aimée et tant servie, lui soit légère. »

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