La réaction de Serge Letchimy au décès de Gabriel Serville, président de la Collectivité Territoriale de Guyane.
« Il est des hommes qui traversent l’existence en cherchant à accomplir quelque chose pour eux-mêmes. Et puis il y a ceux, beaucoup plus rares, qui consacrent leur existence à quelque chose qui les dépasse. Gabriel Serville appartenait, à mes yeux, à cette seconde catégorie.
J’ai perdu un ami. Un homme profondément engagé, animé par cette conviction presque viscérale que la Guyane devait pouvoir exister pleinement, avancer dans la dignité, construire son avenir et prendre davantage de responsabilités dans la conduite de son propre destin.
Chez lui, le dépassement de soi n’était pas une formule. C’était une manière de vivre. Une exigence permanente. Celle de donner toujours davantage, de consentir aux sacrifices, de repousser ses propres limites pour servir une cause infiniment plus grande que sa propre personne.
Je garderai notamment en mémoire ce moment exceptionnel, lors de la 51ème Réunion des Chefs de Gouvernement de la CARICOM, après la signature de l’acte d’adhésion de la Guyane en qualité de membre associé. Son discours m’avait profondément marqué.
Au-delà des paroles, j’y voyais l’aboutissement d’un combat, la concrétisation d’une ambition portée pendant des années et cette fierté immense de voir la Guyane prendre toute sa place au sein de sa famille caribéenne. Ce jour-là, Gabriel ne parlait pas simplement au nom d’une institution. Il portait l’histoire, les aspirations et les espérances de tout un peuple. Et c’est peut-être cela qui me bouleverse le plus aujourd’hui.
Il aura consacré tant de sa vie à préparer un avenir dont il ne pourra malheureusement pas contempler tous les fruits. Il existe une forme de grandeur dans le fait de construire pour des générations que l’on ne connaîtra jamais, de planter des arbres sous lesquels d’autres trouveront de l’ombre, de mener des combats dont d’autres récolteront les victoires.
Gabriel était de ces bâtisseurs.
Aujourd’hui, les mots me semblent bien insuffisants pour exprimer ma peine. Car derrière le président, derrière l’homme public, il y avait aussi l’homme que j’ai eu le privilège de connaître et d’appeler mon ami.
Tu as tant donné à la Guyane, Gabriel. Et désormais, c’est à la Guyane de faire vivre ce que tu lui as laissé. Les hommes disparaissent. Mais certaines existences continuent longtemps de parler à travers ce qu’elles ont rendu possible.
Repose en paix, mon ami. Tu n’auras pas seulement défendu ton pays. Tu lui auras offert une part de ta vie.»























