Martinique. Jean-Michel Loutoby : « Les jeunes et le cinéma, j’y crois ! »

Avant sa sortie en salles – vendredi 27 mars -, aux Antilles-Guyane, le long métrage Les Fractures invisibles, tourné en Martinique,a récolté 17 prix à l’international et en Guadeloupe. Une réalisation de Jean-Michel Loutoby, cinéaste au parcours très atypique, mais surtout un homme passionné et déterminé à creuser un sillon pour les jeunes en quête d’avenir.

Harcèlement, pressions familiales… comme les précédents, votre nouveau film, Les Fractures invisibles, est très ancré dans la réalité sociale. C’est la marque de fabrique de votre cinéma : transposer à l’écran le quotidien des jeunes ?

Jean-Michel Loutoby, auteur-réalisateur des Fractures invisibles : Ce que je vis au quotidien avec les jeunes nourrit mon cinéma. Ce long-métrage est né d’un précédent projet qui s’est heurté à plusieurs difficultés, notamment de financement. Pour ce long-métrage sur le harcèlement, j’ai aussi fait appel avec Teddy Albert, réalisateur et chef opérateur.

Qu’est-ce qui motive votre énergie pour le cinéma ?

Il est important d’ouvrir un champ différent pour les jeunes et leur montrer que tout est possible ! Il faut avoir des rêves, puis les nourrir avec nos passions et de la compétence. Il faut se former. On ne peut pas encourager les autres si nous avons nous-mêmes peur de l’échec.

Le soleil ne se couche jamais sur votre agenda : votre prochain film est déjà finalisé…

Nous avons un autre film avec les jeunes de la Mission locale. Nous l’avons proposé à Cannes et au festival d’Annecy. Il s’agit d’un film d’animation : je voulais que les jeunes découvrent la mécanique du film d’animation. C’est l’histoire d’un petit Africain qui rencontre une petite Occidentale et à deux, ils vont essayer de sauver les animaux de la forêt menacés par un braconnier. Avec le film d’animation, nous avons voulu que les jeunes soient fiers de la partie qu’ils ont réalisée.

Nous devons créer du rêve chez les jeunes en mettant les choses à leur portée. Il faut se battre pour y arriver, mais il est important de prendre en compte la dimension Jeunesse sur l’ensemble des territoires. Notre jeunesse ne doit pas trainer dans la rue, elle ne doit pas être laissée-pour-compte : elle doit être intégrée dans la société au quotidien. Nous devons lui apporter quelque chose. Sinon, nous allons payer très cher cette délinquance. Nous sommes en train de faire bouger les choses : les jeunes et le cinéma, j’y crois !

Le film Les Fractures invisibles explore le poids des attentes familiales, le harcèlement, et la capacité de résilience face à des épreuves dévastatrices.

Directeur de La Mission Locale Nord Martinique, auteur d’Osez rêver, vous menez une vie artistique très intense en tant qu’artiste peintre, sculpteur, céramiste, réalisateur. Pourquoi partager votre passion du cinéma avec les jeunes ?

Le cinéma est une filière à développer. Je crois que l’industrie du cinéma a de l’avenir. Aujourd’hui, des séries d’ailleurs voient nos territoires comme un « eldorado » et n’hésitent pas à venir tourner dans nos îles. Nous sommes perçus comme des territoires d’exception où les choses peuvent se faire, mais nous n’avons pas le même regard sur nous, sur le potentiel de notre territoire.

À la Mission Locale, j’accueille 7 500 jeunes. Beaucoup d’entre eux ne correspondent pas au schéma classique. Que fait-on d’eux ? Etant de nature optimiste, je ne peux pas accepter l’échec, ni de dire à un jeune qu’il ne fera rien de sa vie. C’est à nous de leur proposer des alternatives : tout le monde ne peut pas être avocat, médecin, ou fonctionnaire. On doit être capables d’apporter autre chose à ces jeunes.

Je compte beaucoup sur l’Insertion par l’activité économique, mais même avec ce dispositif, nous avons du mal à trouver des financements, à faire fonctionner ces structures qui accueillent des jeunes, ex-détenus, ex-toxicomanes… pour leur remettre le pied à l’étrier, avoir une activité quotidienne. Il faut absolument que nous aidions la jeunesse. Il est temps de décider du modèle de société que nous voulons pour plus tard.

Au final, le cinéma est une passion personnelle ou un réel engagement pour les jeunes ?

Les deux ! J’ai suivi une formation de directeur de production, de scénariste et de réalisateur. Grâce à cette passion, j’entraîne les jeunes vers autre chose. Avec Les Fractures invisibles, j’ai vraiment voulu montrer qu’il était possible de faire aboutir le film et qu’il ne faut pas avoir peur de s’investir dans un projet, quel qu’il soit. Ensuite, j’ai voulu travailler sur le harcèlement scolaire : beaucoup de jeunes, beaucoup de parents en souffrent. Il est aussi question de violence sur ascendants : c’est aussi une réalité.

Le précédent film, Les Mules invisibles traitaient des jeunes femmes qui servent de mules et transportent de la drogue dans leurs organes.

Votre film, Les Fractures invisibles sera à l’affiche à partir du 27 mars, en Guadeloupe, Guyane et Martinique après des passages remarqués dans des festivals…

Oui. D’ailleurs, notre premier film, De l’ombre à la lumière avait obtenu le prix spécial du jury à New York. Cette fois, Les Fractures invisibles a remporté 17 prix à l’international, dont 2 en Guadeloupe. Depuis sa sortie, en février 2025, j’ai choisi de le diffuser dans des festivals : Cannes Arts Fest, L’Afrique fait son cinéma, Amsterdam Movie Fest, Chelsea Film Festival…

Nous avons obtenu le prix du Meilleur réalisateur, du Meilleur jeune acteur, du Meilleur scénario, du Meilleur réalisateur… Après ces passages au national et à l’international, le public est prêt à recevoir le film.

Entretien : Cécilia Larney

Schoelcher, Madiana. Vendredi 27 mars, à 19 heures. Avant-première, en présence du réalisateur et de l’équipe du film. Réservations : madiana.com.

Le cinéma, un outil d’insertion et de transmission

Dans Les Fractures invisibles, Dylan, 19 ans, étouffé par un père autoritaire qui lui impose la médecine, sombre sous l’emprise de la drogue et commet l’irréparable. Alors que sa sœur, Léa, subit un harcèlement brutal, il se retrouve face à la justice et à ses remords, cherchant désespérément à recoller les morceaux d’une famille déchirée.

Le long-métrage réalisé par Jean-Michel Loutoby, primé 17 fois, à l’international et en Guadeloupe, sera à l’affiche en Guadeloupe, Guyane et Martinique, à partir du 27 mars.

Un projet ambitieux qui se distingue également par sa dimension sociale. Jean-Michel Loutoby a mis en place une formation d’acteur pour une quarantaine de jeunes inscrits à la Mission Locale Nord Martinique, leur offrant une première expérience dans l’univers du cinéma. Par cette initiative, Jean-Michel Loutoby affirme sa volonté de faire du septième art un outil d’inclusion et de transmission, permettant à une nouvelle génération d’accéder aux métiers du cinéma. Un film pour questionner la société et susciter une prise de conscience collective.

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