En ce début d’année, le chanteur emblématique Tony Chasseur est attendu pour deux dates à Tropiques Atrium. Deux concerts exceptionnels avec de nombreux invités et musiciens qui seront notamment rythmés par Respiré, son « ultime » album pour célébrer 40 ans de carrière.
Vous débutez l’année de vos 40 ans de carrière sur la scène de Tropiques Atrium avec deux dates plutôt qu’une. Comment avez-vous pensé le répertoire de ces concerts exceptionnels ?
Tony Chasseur : Le répertoire présentera largement Respiré, mon nouvel album, suivi d’une longue phase de souvenirs au deuxième set. Nous serons plus d’une trentaine sur scène en comptant mes invités. Pour l’instant, Tropiques Atrium est le seul lieu où le concert est prévu : beaucoup de mes musiciens sont sur place, en Martinique, mais beaucoup d’autres doivent voyager.
Nous verrons si des producteurs à Paris voudraient programmer le concert ; les choses étant très compliquées pour ma génération ! Mais, s’il y a une demande du public et des organisateurs, je répondrai présent. Mais si on doit se dire que j’ai fait mon chant du cygne avec ces deux concerts, je resterai serein.
En dehors des concerts, l’année de vos 40 ans est marquée par Respiré, un album de 13 titres…
Je participe à beaucoup de concepts, mais j’ai conçu cet album pour commémorer mes 40 ans de carrière parce que je suis devenu professionnel en 1986. Je considère Respiré comme mon dernier album solo : le précédent remonte à mes 30 ans de carrière.
Au rythme d’un album solo tous les 10 ans, pour mes 50 ans de carrière, je crains de n’avoir ni la force, ni l’énergie, ni la volonté de produire un nouvel album.
Avec 40 ans d’une carrière très riche en collaborations et en créations, comment se sent-on ?
Pour le moment, je ne suis pas dans l’analyse de mon parcours : je suis toujours dans la vision de ce qu’on fera demain ! Je prépare mes deux concerts et si, après, vient la retraite, je l’accueillerai en toute sérénité ! J’ai eu un parcours assez hétéroclite en tant que chanteur martiniquais : j’ai fait du zouk, du créole jazz, et même du bèlè récemment avec Ekanga.
Pour une telle longévité, quel a été votre meilleur atout ? La diversité de vos collaborations ? Votre perfectionnisme ? Les opportunités qui n’ont pas manqué…
C’est tout cela ! Lorsqu’une opportunité se présente, mon but a toujours été de ne pas être ridicule dans mes interprétations. Même dans les moments les plus creux de ma carrière, j’ai toujours été sauvé par les musiciens. Quand j’ai quitté Malavoi, le téléphone a sonné quelques mois plus tard : Jacob Desvarieux me proposait Le Grand méchant zouk. Une grande aventure ! Je rencontre Tatiana Miath, on crée des choses… Après Malavoi, Alex Bernard m’appelle et me propose de les rejoindre dans Fal Frett : on retiendra le titre Grantomobil arrangé par Jacky Bernard. Ce sont autant d’opportunités pour lesquelles j’ai répondu positivement et de manière assez satisfaisante pour que les musiciens aient envie de collaborer à nouveau avec moi !
Et, il y a aussi ma démarche d’impulsion : quand je demande une chanson à un musicien, j’ai une vision de ce que je souhaite. En 2001, j’ai demandé à Thierry Vaton ce que je pourrais faire d’original qui n’a pas encore été fait en musique antillaise ou caribéenne et il m’a répondu un Big Band ! C’est l’étincelle qui crée Mizik o péyi.

Parmi tous les genres que votre voix a portés, le créole jazz est celui que vous vous attacherez à promouvoir ?
C’est une musique élaborée, riche et métissée. Le terme Créole jazz essaye de s’insinuer dans le jazz caribéen ou le biguine jazz.
À la suite de cette année dédiée à mes 40 ans dans laquelle je ferai du zouk, du créole jazz, de la chanson… qu’on retrouve dans l’album Respiré, l’orientation que je prône dès 2026 sera beaucoup plus Créole jazz. J’ai une formule à 5 que j’appelle Kréyol Jazz Expérience qui se produit dans des lieux privés et que je vais mettre un peu plus en avant désormais.
Quelle est l’histoire de Respiré, le titre de votre album ?
Il y a plein d’histoires autour de Respiré ! L’auteur-compositeur, c’est Franck Donatien, guitariste : il me l’a proposé, il y a quelques mois, et ce titre m’a vraiment touché ! Mon premier album solo, en 1987, s’intitulait Dansé soleil, une composition de Franck Donatien. Respiré, que je considère comme mon dernier album, permet de boucler la boucle avec Franck Donatien.
Respirer, c’est la première chose que l’on fait quand on vient au monde. C’est aussi la dernière chose que l’on fait quand on quitte ce monde. Quand on est en souffrance, on conseille de respirer. Pour méditer, faire du sport, chanter…, il faut respirer. Ce terme fondamental dans la vie, de la naissance à la mort, j’ai eu envie qu’il soit le symbole de cet album. Respirez, prenez le temps d’aérer votre cerveau, prenez du recul et voyez les choses avec sérénité ! Faites du yoga, du taï chi, mais respirez !
Beaucoup de vos compagnons de musique interviennent sur les 13 titres de l’album Respiré : Thierry Fanfant, Alex Bernard, Tony Vaton, Gilles Voyer…
Et, il en manque beaucoup ! J’ai, depuis 10 ans, un Lakou lanmou, le Cercle des amours, composé de personnes qui ont traversé mes 40 ans de carrière et qui sont restés à mes côtés : j’ai une grande fidélité dans mes amitiés. J’ai la chance d’avoir parmi mes amis, d’excellents musiciens : j’use et j’abuse de cette chance !
Chris Combette sera à vos côtés à Tropiques Atrium…
C’est une longue histoire, une belle amitié ! J’ai coordonné l’enregistrement de Plein Sud, son premier album, en 1995. Chris est un auteur compositeur qui me touche énormément par la qualité de ce qu’il propose. Il est sollicité pour chacun de mes albums pour une chanson ou deux. Sur l’album Respiré, nous interprétons en duo l’une de ses chansons. Chris Combette fait partie de mon « Lakou lanmou » bien avant que ce terme n’existe ! Nous étions en concert en Guyane avec son équipe, fin octobre. J’espère présenter un jour, en Martinique, le concert Chris Combette et Tony Chasseur.
Entretien : Cécilia Larney
Fort-de-France, Tropiques Atrium. Concerts : vendredi 9 janvier (complet) et samedi 10 janvier, à 19 h 30. www.tropiques-atrium.fr – Tél. 05 96 70 79 29.























