Opinion. Évolution institutionnelle : soyons clairs !

PAR DOMINIQUE THÉOPHILE*

J’ai écouté avec attention l’interview du sénateur Victorin Lurel samedi 11 avril 2026, sur une radio locale.

Ce qui frappe, une fois encore, c’est la constance de sa méthode : critiquer, inquiéter, ralentir, mais ne jamais mettre sur la table un projet alternatif complet, public et soumis au débat démocratique.

Soyons clairs, en Guadeloupe, le débat sur l’évolution institutionnelle ne se fait ni dans l’ombre, ni en dehors du droit. Le Congrès des élus départementaux, régionaux et des maires a précisément, en vertu de la loi, compétence pour délibérer de toute proposition d’évolution institutionnelle.

C’est écrit noir sur blanc dans le code général des collectivités territoriales.

Dire le contraire, c’est induire la population en erreur.

Et je vais aller plus loin : non seulement ce Congrès est légitime, mais il a été renforcé pour être encore plus démocratique.

Le 9 février 2022, lorsque le Parlement a définitivement adopté la loi dite 3DS, j’avais porté un amendement, qui a été adopté, pour modifier la composition de ce congrès au bénéfice des maires de Guadeloupe.

Il n’était pas concevable qu’une partie des élus, pourtant directement choisis par le peuple, soit tenue à l’écart d’un débat aussi structurant et important.

Deuxième chose, ce travail n’est pas improvisé. Il s’inscrit dans un processus nourri par des années de discussions, de contributions, de concertation, et il a vocation, au bout du compte, à revenir au peuple.

Personne ne veut confisquer la parole des Guadeloupéens ; au contraire, nous la préparons sérieusement, loyalement, avec méthode.

Troisième chose, le sénateur Lurel annonce aujourd’hui qu’il voudrait une révision constitutionnelle et qu’il préparerait un autre chemin. Très bien.

Mais, permettez-moi de rappeler un fait essentiel : ce principe a déjà été acté par le Congrès des élus, et cela suite… à une proposition qu’il a lui-même formulée devant la commission ad hoc.

Autrement dit, la demande de solliciter le Gouvernement pour engager une révision constitutionnelle afin de prendre en compte le projet guadeloupéen figure déjà dans les résolutions adoptées.

Ce n’est donc ni une idée nouvelle, ni une rupture, ni une révélation tardive. C’est une orientation déjà validée collectivement.

Dès lors, une question simple se pose : comment peut-on aujourd’hui feindre de redécouvrir un principe que l’on a soi-même contribué à inscrire dans les travaux du Congrès ?

Peut-être parce que, chacun le constate, le sénateur Lurel brille davantage par ses prises de position médiatiques que par sa présence effective dans cette instance.

Quatrième point : on ne peut pas, à chaque étape décisive, surgir pour dénoncer le travail des autres, sans jamais produire un contre-projet clair, structuré, publié et assumé devant les Guadeloupéens.

Où est ce texte ? Où est ce projet alternatif ? Où est cette pédagogie qu’il appelle de ses vœux ?

Ce que nous refusons, c’est le retour des mécanismes de 2003 : l’entretien de la peur, la confusion des.esprits, l’art de faire échouer une dynamique collective en laissant croire que tout changement serait un saut dans le vide.

La Guadeloupe mérite mieux que cela. Elle mérite un débat de fond, loyal, argumenté, et non une stratégie de déstabilisation permanente.

J’ajoute qu’une majorité importante de Guadeloupéens est favorable à une collectivité territoriale unique. Il y a donc une aspiration réelle dans le pays.

On ne peut pas éternellement opposer au mouvement de l’histoire des mises en garde vagues et des prudences sans contenu.

Je le dis, si Victorin Lurel et tous les pourfendeurs de l’évolution institutionnelle, ont un projet, qu’ils le publient, qu’ils le détaillent, qu’ils l’expliquent aux Guadeloupéens.

Mais, qu’ils cessent de délégitimer une instance prévue par la loi et un travail mené par des élus qui, eux, assument leurs responsabilités devant le pays.

La Guadeloupe n’a pas besoin de manœuvres en catimini. Elle a besoin de clarté, de courage, et de respect pour l’intelligence collective de son peuple.

*Sénateur de la Guadeloupe, vice-président du Sénat

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