PAR FRANTZ DUVAL*
Les quatre principaux points faibles de l’État haïtien sont : l’impuissance de ses forces de sécurité, son incapacité à contrôler son territoire et ses frontières, son inaptitude à collecter ses recettes fiscales et douanières, l’indigence de son système judiciaire.
Haïti est un État pauvre, inapte à défendre sa population et ses frontières, sans potentiel pour couvrir les coûts que cela nécessiterait. En un mot c’est un État failli.
Commençons par la justice. Comme pour les professeurs du secteur public qui organisent de longues grèves chaque année, les acteurs du système judiciaire font de même. Six semaines depuis que les parquetiers sont en arrêt de travail. Nul ne sait quand le mouvement cessera ni quelle autre catégorie du monde judiciaire prendra la relève tant les revendications sont nombreuses.
Quand l’école publique a des problèmes, on peut tenter sa chance dans le privé. Quand la justice est grippée, les justiciables n’ont aucune voie de recours.
Cette problématique récurrente n’inquiète personne. On dirait qu’une justice inopérante arrange tout le monde.
Ces derniers temps, des contrats ont été signés avec des compagnies étrangères pour aider les autorités haïtiennes à percevoir plus de recettes, à mieux contrôler ses frontières et pour épauler ses forces de sécurité.
La classe politique devrait s’en réjouir ou poser des questions. Chercher à comprendre ou à approfondir les documents. Personne ne dit rien, ne demande rien.
Les membres du Conseil présidentiel de transition gardent un mutisme complet sur les mercenaires dont le contrat aura bientôt une année. Ils ne disent absolument rien sur le contrat pour améliorer les contrôles aux frontières qui vient d’être signé.
La classe politique dans son ensemble ne pipe mot. Les opposants, comme les alliés du gouvernement, observent un silence parfait.
Est-ce parce que l’amélioration de la situation sécuritaire, plus de contrôles dans les ports, dans les aéroports et sur la ligne frontalière avec la République dominicaine ne sont pas des enjeux importants ?
Est-ce parce que l’augmentation attendue des rentrées dans les caisses du trésor public et la bataille contre les importations d’armes, de munitions et autres biens illicites ne sont pas de la première importance ?
L’indifférence et le mutisme de tous les acteurs politiques, ceux qui sont au pouvoir et ceux qui en rêvent, cachent-t-ils un malaise non diagnostiqué ?
Alors que le pays va à la fois entrer dans une nouvelle transition et connaître une année électorale, les enjeux importants vont-ils enfin être mis sur la table ? Seront-ils enfin défendus par des responsables ou de potentiels candidats ? Allons-nous en débattre ?
La politique en Haïti est devenue au fil des ans une course aux privilèges et aux immunités, loin des recherches de solutions pour résoudre les vrais problèmes.
La sécurité est déléguée aux étrangers. Hier à la communauté internationale, aujourd’hui à la Force de répression des gangs et aux contracteurs privés appelés ici mercenaires.
Le contrôle aux frontières sera bientôt supervisé par des firmes étrangères,
La captation de recettes passera par l’expertise internationale.
Haïti n’est pas sous occupation étrangère comme en 1915, mais encore une fois, le régalien est en train d’être transféré à des sous-traitants étrangers réputés plus efficaces et moins corrompus que les indigènes.
Tout cela se met en place dans un silence et un désintéressement qui dit beaucoup de la classe politique indigne qui se bat pour des postes, mais pas pour assumer des responsabilités.
Source : Le Nouvelliste ( Frantz Duval en est le rédacteur en chef)

























