Une centaine d’agriculteurs de la Confédération paysanne sont parvenus mercredi à entrer dans une annexe du ministère de l’Agriculture à Paris, qu’ils ont occupée pendant une heure avant d’être délogés, ce qui a conduit au placement en garde à vue de 50 d’entre eux, selon la préfecture de police. Parmi eux, des agriculteurs ultramarins pour lesquels les élus se sont mobilisés.
Christian Baptiste, Elie Califer, Max Mathiasin, Olivier Serva, députés de Guadeloupe, Jean-Victor Castor, Davy Rimane, députés de Guyane, Emmanuel Tjibaou, député de Kanaky-Nouvelle-Calédonie, Béatrice Bellay, Marcellin Nadeau, Jean-Philippe Nilor, députés de Martinique, Perceval Gaillard, Emeline K/Bidi, Karine Lebon, Frédéric Maillot, Jean-Hugues Ratenon, députés de Réunion, ont fait avoir leur indignation.
« Nous condamnons avec la plus grande fermeté les interpellations et gardes à vue visant des agriculteurs et des agricultrices mobilisé·es aujourd’hui au ministère de l’Agriculture, ainsi que des responsables agricoles et syndicaux issus des territoires dits d’Outre-mer et de l’Hexagone.
Ces femmes et ces hommes ont manifesté à pied, sans aucune violence, pour défendre leur droit fondamental à vivre de leur travail, leur sécurité alimentaire et la survie de leurs agricultures locales. La réponse de l’État a été la répression. C’est inacceptable.
Cette mobilisation met en lumière une réalité profondément politique et coloniale : les agricultures des territoires dits d’Outre-mer sont en première ligne des accords de libre-échange, et notamment de l’accord UE-Mercosur, qui organise une concurrence déloyale au détriment de nos productions locales.
Importations massives, dumping social et environnemental, mise à genoux des agriculteurs et agricultrices : voilà les conséquences concrètes de politiques décidées loin de nos territoires.
Cette situation est aggravée par un cadre de soutien agricole inadapté, notamment à travers le POSEI, dont la gestion et les moyens actuels ne permettent pas de répondre équitablement aux réalités et aux besoins des territoires dits d’Outre-mer.
Les agriculteurs et agricultrices ne demandent pas que l’on oppose les territoires entre eux, mais un traitement juste, adapté et renforcé, garantissant à chacune et chacun les moyens de produire, de créer de la richesse, de l’emploi et d’assurer la sécurité alimentaire des populations.
Cette carence traduit une continuité coloniale, où nos territoires restent trop souvent des variables d’ajustement des politiques agricoles nationales et européennes.
Plutôt que d’ouvrir le dialogue, le gouvernement choisit de criminaliser la colère agricole, y compris lorsqu’elle émane de responsables agricoles reconnus. Ce mépris est constant et profondément révélateur.
Nous exigeons :
- une augmentation significative des moyens agricoles pour les territoires dits d’Outre-mer concernés.
- la libération immédiate de toutes les agricultrices et tous les agriculteurs placés en garde à vue ;
- l’arrêt de la criminalisation des luttes agricoles ;
- une évolution du POSEI et des politiques agricoles afin qu’elles soient réellement justes, adaptées et renforcées pour l’ensemble des territoires dits d’Outre-mer, sans mise en concurrence.
Les territoires dits d’Outre-mer ne seront pas sacrifiés sur l’autel du libre-échange et des intérêts dominants.
On ne répond pas à une colère juste par la répression. On y répond par des choix politiques courageux. »

























