Politique. Fernando Capellan : la République dominicaine et la République d’Haïti « doivent élaborer des plans stratégiques pour gérer leur relation »

La République dominicaine et la République d’Haïti « doivent élaborer des plans stratégiques pour gérer leur relation », profiter des opportunités d’affaires, « parvenir à une intégration économique très puissante entre ces deux nations » et réduire « le volume des tambours de guerre », a dit l’industriel dominicain Fernando Capellan lors de la quarante-et-unième session de la CEPAL, à Santiago de los Cabelleros, en République dominicaine du 7 au 9 octobre 2026.

« En ce moment, les deux pays doivent élaborer des plans stratégiques pour gérer leur relation », a-t-il dit, déplorant que « les décisions sont prises sur la base d’émotions, pas de stratégie ». « Ce sont des décisions tactiques, qui bouchent un trou à un moment donné, souvent pour des raisons politiques, mais pas pour le moyen ou le long terme », a poursuivi l’industriel dominicain.

« Le principal problème, ce sont les likes, les « j’aime ». En République dominicaine et en Haïti, des entrepreneurs, des politiciens, des influenceurs, s’ils veulent des likes, il leur suffit de monter les deux pays l’un contre l’autre, créer des histoires de fantômes, d’invasion, d’intégration… et les likes arrivent », a indiqué Capellan.

« En Haïti, il y a des initiatives importantes. Nous voyons le secteur privé haïtien rencontrer des entrepreneurs dominicains. Nous voyons le ministre Bisonó et la ministre des Affaires étrangères d’Haïti Forbin se réunir. Ce sont des signes très positifs », a noté l’industriel Dominicain.

En termes d’opportunités, « il y a une législation très importante : HOPE/HELP. Elle a été renouvelée le mois dernier pour deux ans et demi par le Congrès américain. Avant, elle était renouvelée pour 10 ans. Nous cherchons à obtenir une législation permanente pour Haïti. Cela serait une révolution », a expliqué Capellan. « Aujourd’hui, le seul pays de l’hémisphère capable d’avoir 2 000 personnes travaillant sous un même toit dans la manufacture, c’est Haïti. Aucun autre pays de la région ne peut le faire : assemblage de jouets, vêtements, chaussures, etc. »

« C’est pourquoi les États‑Unis devraient voir Haïti comme une opportunité pour leur industrie légère. Il y a un précédent : l’Égypte et la Jordanie, avec les Qualified Industrial Zones (QIZ). C’est permanent, avec une grande diversité de produits. Si nous obtenons une législation similaire du Congrès américain, avec le besoin des États‑Unis de relocaliser des investissements dans leur voisinage, ce serait une grande opportunité pour de nombreuses entreprises américaines », a fait valoir Capellan.

« Nous devons convaincre le gouvernement haïtien qu’il y a une série de mesures à prendre. J’en ai une liste de dix, non conflictuelles, que le gouvernement haïtien doit adopter pour relancer le secteur manufacturier. Nous devons applaudir les efforts du gouvernement dominicain dans les forums internationaux, notamment au Conseil de sécurité, pour appeler à des résolutions appropriées pour la force de suppression des gangs, pour obtenir les ressources nécessaires — qui viennent d’être renouvelées pour une période importante. Mais la République dominicaine doit aussi faire un effort sur l’emploi, pas seulement sur la sécurité… Nous pouvons améliorer la sécurité à 100 % en Haïti, mais sans emplois, ce ne sera pas durable. Et il existe des moyens d’augmenter massivement l’emploi à la frontière et en Haïti  », a détaillé Fernando Capellan qui s’est fendu d’une illustration.

« Pour vous donner une idée, la République dominicaine a le plan 2036, qui vise à doubler l’économie dominicaine. C’est un travail spectaculaire, dirigé par le président avec plusieurs secteurs. Mais quand on regarde ce plan — et j’y participe — le sujet haïtien n’apparaît pas. Dans un pays qui vend 1,2 milliard de dollars à Haïti, qui a une importante main‑d’œuvre immigrée haïtienne, et qui est influencé par Haïti, ce sujet n’apparaît pas. Nous devons donc voir comment les gouvernements, les entrepreneurs, les forces sportives, les forces culturelles commencent à communiquer et à travailler ensemble », a dit Capellan, soulignant qu’il faut faire avancer « une intégration économique très puissante entre ces deux nations ».

« Nous cherchons le bien‑être des populations des deux pays. Il n’y a aucune façon de diviser ces deux nations, car j’ai toujours dit que les failles géologiques de l’île d’Hispaniola vont d’Est en Ouest. Il  n’y a pas de failles géologiques du Nord au Sud, comme la frontière dominicano‑haïtienne. La République dominicaine a vendu pour 1,2 milliard de dollars par an à Haïti en 2025. C’est le commerce formel. Le commerce informel est difficile à mesurer. La République dominicaine a besoin d’Haïti pour vendre ses produits, et Haïti a besoin de la République dominicaine pour importer des produits, principalement alimentaires et de construction. C’est l’un des rares endroits au monde où l’on peut exporter en brouette. Vous prenez une brouette à Dajabón, dans un village du Nord, et vous pouvez aller vendre des légumes en Haïti — ou vice‑versa », a longuement expliqué Fernando Capellan

« Il y a une prémisse très importante. Le respect de la souveraineté, de la sécurité et des lois de chaque pays. La République dominicaine a besoin de main-d’œuvre haïtienne. C’est un sujet économique. Nous avons toujours vu Haïti et la République dominicaine, en particulier la frontière, comme une opportunité d’affaires — pas comme un sujet caritatif ou de subventions, mais comme du pur business. C’est pourquoi nous sommes convaincus qu’il est possible d’attirer du capital. Les Haïtiens veulent vivre en Haïti, tout comme les Dominicains vivant aux États‑Unis ou en Europe veulent vivre dans leur pays », a mis en avant Capellan.

Des opportunités

« Il existe de grandes opportunités dans des usines conjointes, comme CODEVI, où la chaîne d’approvisionnement vient de la République dominicaine. Les fournisseurs sont dominicains, la main‑d’œuvre est haïtienne, et certains investissements intensifs en capital sont également en Haïti. Il y a des opportunités en logistique, en finance, en infrastructures. Il y a une grande opportunité de reforestation de nos bassins versants, qui sont très dégradés. Il y a beaucoup d’opportunités de coopération culturelle et sportive — même si les derniers événements sportifs n’ont pas été très agréables, comme nous l’avons vu lors du match. La combinaison des actifs des deux pays est la clé : aucun ne peut réussir seul avec efficacité, mais ensemble, oui », a plaidé l’industriel Dominicain qui a présenté l’expérience Codevi.

« Il y a 23 ans, le Groupe M a commencé ses opérations en Haïti, à la frontière Nord Est. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons créé environ 18 à 19 000 emplois. Nous avons construit un écosystème complet. Nous avons remplacé la matrice énergétique du charbon par le gaz propane, créé des centres pour enfants, des écoles, une polyclinique, des centres de reforestation. Nous avons beaucoup transformé la communauté, en nous intégrant à elle, et nous avons accompli un travail important », a conclu Capellan a cette réunion de la CEPAL.

Les relations entre Santo Domingo et Port-au-Prince ne sont plus au beau fixe depuis septembre 2021 à cause d’un conflit autour d’une prise côté haïtien sur la rivière Massacre. Une délégation haïtienne était en pleine discussion en République dominicaine lorsque le président Luis Abinader avait annoncé la fermeture de la frontière. Les ressortissants haïtiens illégaux sont pourchassés et les extrémistes dominent souvent la conversation de la coopération entre les deux pays.

Mais entre-temps, le site dominicain du média diariolibre.com rappelle que « les exportations dominicaines vers Haïti ont atteint 921,48 millions de dollars entre janvier et août 2026, enregistrant une hausse de 19,41 % par rapport à la même période de l’année précédente, les importations de produits haïtiens ont chuté de 86,99 %, pour s’établir à seulement 680 000 dollars, selon la Direction générale des douanes (DGA) ». Ces chiffres disent à la fois l’importance des échanges et la profondeur de leur déséquilibre.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/272881/fernando-capellan-la-republique-dominicaine-et-la-republique-dhaiti-doivent-elaborer-des-plans-strategiques-pour-gerer-leur-relation#google_vignette

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