Violences faites aux femmes. Reine Onestas : « C’était la première… et la dernière fois »

Inaugurée en 2025, la Maison des femmes du Département de la Guadeloupe, a célébré, samedi 7 mars, sa première année d’activités.

Située au morne Caruel (Les Abymes), la Maison des femmes est née de l’engagement du Conseil départemental à lutter, avec ses partenaires, contre les violences faites aux femmes et les violences intrafamiliales.

L’espace, dédié à l’accompagnement des femmes qui « veulent s’en sortir » a accueilli 146 femmes en un an, dont 109 bénéficient d’un suivi régulier. Parmi elles, Reine Onestas, cheffe d’entreprise. Mère de trois enfants, elle a témoigné du soutien que lui apportent les équipes de la Maison des femmes, depuis juin 2025. Une date qui marque un changement radical dans sa vie.

« Je ne me cache plus, lance-t-elle. C’est arrivé après notre mariage. Il y a d’abord eu la violence verbale, le mépris, avant qu’il n’arrive aux actes, en juin 2025. Je n’ai pas hésité. Une amie qui travaille dans le social m’avait parlé de la Maison des femmes. Je l’ai appelée et j’ai été mise en contact avec l’assistante sociale de la Maison des femmes. J’ai fait un signalement à la Police, j’ai déposé une plainte et tous les dispositifs se sont mis en place à la Maison des femmes. Les choses avancent, mais les procédures sont longues et c’est stressant. Aujourd’hui, après avoir vécu avec mes trois enfants dans un studio, nous avons pu accéder à un logement. Je me reprends en main. »

« Sortir du silence pour que la honte change de camp ! »

Plusieurs procédures judiciaires sont en cours à l’encontre de son compagnon. En attendant qu’elles aboutissent, Reine Onestas a entrepris de mettre en place, avec une amie, le mouvement Queen Essence. Pour toutes celles qui, face à l’inacceptable, hésiteraient. Par crainte de leur agresseur ou pire, du « qu’en-dira-t-on ».

« Avec Queen Essence, nous voulons adresser un message fort aux femmes : il faut qu’elles se choisissent et qu’elles n’oublient pas qu’elles sont victimes. Elles doivent sortir du silence, s’affirmer pour que la honte change. Le simple fait de dire Stop ! permet de donner un nouveau souffle à notre vie… Ce que diront les autres n’a pas d’importance : c’est nous qui avons subi les violences. C’est nous qui étions là : c’est à nous de décider de nous sauver nous-mêmes. Il faut en parler, se choisir, trouver de l’aide, sortir du silence. »

Avec le soutien de la Maison des femmes, Reine Onestas fait partie des 20 % de femmes qui porte plainte après leur prise en charge. Malheureusement, 33 % d’entre elles refusent le dépôt de plainte par « peur des représailles », « dépendance économique ou affective », pour « protéger les enfants »

En un an, les violences les plus fréquemment recensées sont des violences psychologiques. Près de 48 % des femmes suivies par la Maison des femmes sont âgées entre 21 et 70 ans, voire plus. Elles sont majoritairement mères de famille.

Le bilan de cette première année d’activités montre qu’il reste encore du chemin à faire pour tordre le cou aux comportements déviants trop longtemps tolérés.

Cécilia Larney

Pour aller plus loin

Florence Francisque, coordinatrice du réseau VIF.

Avec une équipe pluridisciplinaire, la Maison des femmes du Département Guadeloupe accueille et accompagne les femmes dans leur nécessaire reconstruction dans leur parcours juridique, médico-social, psychologique…

« Notre priorité est de conforter notre offre de services pour les femmes victimes de violences, notamment par rapport à leurs besoins en matière de santé mentale, indique Florence Francisque, coordinatrice du réseau VIF et référente de la Maison des femmes. Nous poursuivrons nos échanges avec l’Etablissement public de santé mentale, avec le CHU et d’autres instances pour mettre en place un parcours spécifique de prise en charge psychologique. »

Pour célébrer le premier anniversaire de la structure, plusieurs ateliers étaient proposés : danse, chant, sophrologie, neurofeedback, self-défense, dont certaines pourraient être pérennisées. Invitées pour l’occasion, l’écrivaine Simone Schwarz-Bart, la procureure de Pointe-à-Pitre, Caroline Calbo, l’entrepreneure, Naïka Pichi ont échangé avec le public.

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