Voile. Route du Rhum-Destination Guadeloupe : choisir la bonne route

Lundi matin, les six catégories sont clairement à pied d’œuvre, avec un premier rendez-vous stratégique de taille au sud-ouest de l’Irlande. Car dans cette course lancée à toute allure, il faut aussi savoir choisir le bon chemin.

Une collision entre Violette Dorange (Initiatives-Cœur) et Romain Pilliard (Use It Again) les a contraints de rejoindre Roscoff pour réparer.

De l’émotion à l’action, sans transition 

Il y a eu la foule, les encouragements, les derniers signes adressés aux proches. Puis, en quelques minutes, le décor a changé. 

« C’est toujours particulier de se retrouver seul aussi rapidement. Mais on a vite de quoi s’occuper, alors on n’a pas trop le temps de réfléchir », a raconté Tom Laperche (SVR-Lazartigue) lors de la vacation matinale de ce lundi. 

Pierre Leboucher (Institut Imagine), qui découvre l’épreuve en Class40, garde en mémoire les derniers instants à terre. « Le plus fort, c’était au moment de quitter le ponton, puis lorsque j’ai laissé mon préparateur. Ce sont des instants particuliers, où l’on réalise vraiment ce qui est en train de se passer. Heureusement, une fois lancé, on est à fond dans sa course ! » 

Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) a, pour sa part, joué avec les limites dès les premières minutes. « J’étais agressif, en confiance. Je pensais que tout le monde serait un peu prudent pendant les premières heures et, vu les conditions, je voulais essayer de partir devant. J’étais très proche de la ligne, j’ai quand même eu peur d’avoir volé le départ ! » L’Italien a visiblement pris ses marques avec la même marge de sécurité qu’un automobiliste qui passe à l’orange bien mûr. Il a également été frappé par la présence des bateaux accompagnateurs jusque dans les parages de Bréhat. 

Une belle fête, toutefois un peu ternie par la collision entre l’IMOCA Initiatives-Cœur de Violette Dorange et le trimaran Use It Again de Romain Pilliard (Vintage Multi). Si les deux skippers sont indemnes, le choc a endommagé le foil tribord du monocoque et un flotteur du multicoque. 

Tous deux ont rallié Roscoff, le second en milieu de nuit, la première peu après 4 h 30 ce lundi.

L’équipe de la navigatrice s’est mobilisée pour intervenir sur son bateau et prêter main-forte à celle d’Use It Again, avec l’espoir de permettre à chacun de reprendre la mer au plus vite.

Des compteurs qui s’affolent 

En Ultim, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) et Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) ont engagé le bras de fer dès les premières longueurs, multipliant les manœuvres pour prendre l’avantage. Passées les îles Scilly, dans la soirée, le rythme s’est encore accéléré. « On a bien tourné les manivelles ! On a dû changer plusieurs fois de voile, ce qui n’était pas forcément prévu. On a connu une nuit bien costaud. C’est chouette de réussir à régater comme ça sur ces grandes machines, avec des différences de vitesse de l’ordre du demi-nœud. C’est hyper serré, donc il faut vraiment être à fond. » 

Ce lundi, les géants devraient encore filer autour de 35 nœuds, poussés par un flux d’est-sud-est de 15 à 18 nœuds. 

Chez les Ocean Fifty, Matthieu Perraut (Elvest) a passé une bonne partie de la nuit à piloter presque à l’aveugle. « La mer est courte et le vent est bien rentré. On a fait de grosses moyennes, c’est sport et on ne voit rien dehors ! On navigue au feeling, mais tout va bien. » Le skipper a néanmoins profité d’une légère accalmie pour grappiller quelques minutes de sommeil. Pas de quoi, cependant, rendre jaloux un jeune parent en pleine période de nuits hachées. 

En IMOCA, Ambrogio Beccaria a dû adapter son programme face à un renforcement du vent plus rapide que prévu. L’Italien a notamment salué la maîtrise de Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance). « Il a fait exactement ce que je voulais faire, mais de mon côté, je ne me suis pas senti de tenter le changement de voile. C’était vraiment très fort. »

Personne n’a envie de décrocher 

En Class40, Pierre Leboucher a pris les commandes avec une courte avance, malgré des conditions peu favorables à sa monture. « Ce n’était pas facile de choisir les voiles, avec les incessantes variations de direction et de force du vent. Je ne m’en suis pas trop mal sorti, surtout que je n’ai pas forcément le bateau le plus à l’aise dans ces conditions. » 

De fait, à l’approche des Sorlingues, les dévents des îles se sont fait sentir jusque loin au large, avec des chutes brutales de vent de 28 à 16 nœuds. Pas de quoi inciter le Nantais à lever le pied. « J’ai réussi à bien avancer, même si c’était parfois limite, avec quelques beaux vracs ! Il faut mettre du charbon, mais surtout ne rien casser. »  

En Rhum Mono, Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) poursuit son apprentissage à grande vitesse. « C’est intense pour moi qui apprends encore le bateau, mais il est hyper sain. Les manœuvres se passent bien, alors que ça reste un gros morceau. J’avais quelques appréhensions, mais pour l’instant, je m’amuse vraiment ! » 

Après une première partie de parcours marquée par un trafic maritime particulièrement dense, le navigateur a enfin trouvé davantage d’espace pour s’exprimer. Et avec une sortie de Manche plus rapide que toutes celles qu’il avait connues jusqu’ici, il a de quoi prendre goût à l’exercice. 

Chez les Rhum Multi, Francis Joyon (Oceans), Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) et Éric Péron (French Touch Oceans Club) se disputent les premières places. En tête ce lundi matin, le vainqueur de l’édition 2018 en Ultim a fait parler son expérience lorsque les conditions se sont corsées. 

« Dès que ça s’est compliqué, Francis est devenu plus rapide. Il connaît sa machine à la perfection. J’ai essayé pas mal de choses pendant la nuit pour trouver les bons réglages et, maintenant, j’arrive à mieux tenir le rythme », a expliqué Damien Seguin. 

Ces multicoques ont beau avoir quelques années au compteur, leurs barreurs n’entendent pas les ménager outre mesure. « On va tirer dessus comme s’ils étaient neufs, même si ça fait aussi partie du métier de savoir être sage et d’écouter sa machine. »­

A chacun son virage 

Tom Laperche a dégainé le premier, peu avant 4 heures ce lundi, en jibant à quelque 155 milles au sud-ouest du phare du Fastnet. « On a manœuvré à peu près où on voulait. Maintenant, on va regarder ce que font les autres. » 

Pour les Ultim, le prochain obstacle est déjà en vue : un étroit couloir dépressionnaire qu’ils devraient atteindre ce soir. Au programme, pluie, vent qui s’effondre brutalement, puis nouvelle poussée de nord-nord-ouest. De quoi compliquer sérieusement la vie de ces bolides, qui n’ont pas vraiment été conçus pour faire du surplace. 

Dans leur sillage, les IMOCA et les Ocean Fifty s’apprêtent eux aussi à empanner pour mettre le cap à l’ouest-sud-ouest. Mais Matthieu Perraut (Elvest) a déjà l’esprit quelques coups plus loin. « Il faut bien voir ce qu’on vise à la sortie du système et anticiper ce qui va se passer ensuite. On devra probablement miser sur le développement d’un phénomène plutôt qu’un autre, et peut-être prendre un petit pari. » 

Plus à l’est, les Class40 avalent les milles en mer Celtique, dans une vingtaine de nœuds.

Pour Pierre Leboucher (Institut Imagine), la prochaine décision aura des répercussions durables. « Le point d’empannage va nous permettre de nous placer pour les trois prochains jours. Il va falloir bien jouer le coup. » 

Chez les Vintage Mono, certains ne changeront de cap que demain, mardi. Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) surveille l’évolution des systèmes avec une préoccupation bien précise : « Les routages annoncent une course contre la montre pour ne pas arriver trop tard sur la dépression près des Açores. » 

Même cap en perspective chez les Vintage Multi, notamment pour Damien Seguin (Arkéa – Handicap International). « On va réempanner quand le vent tournera et, ensuite, ce sera pleine balle vers le nord de l’archipel portugais, pour voir sur quel système on tombera là-bas. »Moins de vingt-quatre heures après avoir quitté Saint-Malo, les marins ont déjà tous les yeux rivés sur les Açores. Entre les deux, plusieurs centaines de milles et une météo qui n’a pas encore dévoilé toutes ses intentions. La vitesse est là. Pour le reste, il va falloir avoir du nez.­

Classement à 13 heures

  • ULTIM : Tom Laperche (SVR-Lazartigue) et Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) au coude-à-coude.
  • IMOCA : Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) et Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) aux avant-postes.
  • OCEAN FIFTY : Basile Bourgnon (Edenred), Pierre Quiroga (WeWise) et Matthieu Perraut (Elvest) dans le groupe de tête.
  • CLASS40 : Pierre Leboucher (Institut Imagine) parmi les premiers, dans une flotte particulièrement serrée.
  • VINTAGE MONO : Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) bien placé après une première nuit intense.
  • VINTAGE MULTI : Francis Joyon, Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) et Éric Péron (French Touch Oceans Club) aux premières places.

Consultez les classements complets et actualisés :
https://www.routedurhum.com/classement?membre=oui

Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp
Email

Actualité

Politique

Economie

CULTURE

LES BONS PLANS​