La culture de résultats voudrait que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, fort du soutien de la communauté internationale, s’entoure des meilleurs techniciens possibles à chaque poste de son cabinet ministériel et à la tête des directions générales.
Pour le moment, ce n’est pas le constat. Le Premier ministre a fait choix de ses alliés politiques, en dehors d’un souci avéré du qui peut faire, sait faire, a de l’expérience. Il a choisi de distribuer missions et budgets à de jeunes pousses et devra attendre ce qui en sortira.
Mais voilà que le plus dur se dresse déjà sur le chemin de PM ADFA. Il vient désormais le temps des premiers tests « sang, carburants, inflation…et possibles convulsions ».
Du sang et encore du sang
Le sang continue de couler sous le leadership du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, chef du Conseil supérieur de la police nationale. A Jean Denis, localité de Petite-Rivière de l’Artibonite, le gang de Gran Grif de Savien a perpétré un énième massacre. La police, dans un X, lundi, a dit qu’au moins 16 personnes ont été tuées et dix autres ont été blessées dans la nuit du 28 au 29 mars 2026. D’autres parlent de plusieurs dizaines de morts. « Au moins 70 morts dans des attaques brutales et coordonnées contre plusieurs localités de Petite Rivière de l’Artibonite : cette violence aveugle est un nouveau rappel de l’urgence d’un soutien renforcé à Haïti contre le fléau des gangs et les réseaux qui les soutiennent », peut-on lire dans un X de Carlos Luis Massieu, le représentant du secrétaire général de l’ONU en Haïti.
Ce mardi encore, les bandits armés ont progressé, provoquant la fuite de milliers d’habitants de ces sections de Petite-Rivière de l’Artibonite, de Marchand Dessalines. En attendant un bilan consolidé, des amis, comme les USA, via son ambassade, ont publié une note de sympathie et de condamnation des actes posés par ces terroristes.
S’il faut attendre sereinement pour avoir un vrai portrait de cet horrible massacre, un de plus, il est clair qu’il s’agit cependant d’un énième revers de plus pour le chef du CSPN et de son cabinet de guerre. L’ONU a documenté les effusions de sang.
Le rapport présenté au Conseil de sécurité le 15 janvier 2026 sur les faits survenus en 2025 glace le sang. « En 2025, l’expansion des gangs au-delà de la région métropolitaine de Port-au- Prince (département de l’Ouest) a continué d’affaiblir l’autorité de l’État et de perturber les axes humanitaires et commerciaux (…) Les homicides volontaires ont fortement augmenté en dehors de la capitale, notamment dans les départements de l’Artibonite et du Centre, où 1 916 homicides ont été enregistrés entre janvier et novembre 2025, contre 1 050 au cours de la même période en 2024. Dans l’ensemble, plus de 8 100 meurtres ont été recensés dans tout le pays entre janvier et novembre 2025, ce nombre étant probablement inférieur à la réalité en raison de l’accès limité aux zones contrôlées par les gangs », selon l’ONU.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son cabinet de guerre renforcent les capacités opérationnelles de la PNH et des FAD’H. La force de répression des gangs est attendue dans quelques jours. Mais pour le moment, si les gangs sont en mode défensif à Port-au-Prince et à la Croix-des-Bouquets, le rapport de force ne s’est toujours pas inversé et les FAD’H sont en passe de mobiliser 400 militaires dans les efforts de consolidation.
Le gaz …les cours s’envolent
Les prix du pétrole progressent depuis le 28 février, date du début de la guerre entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran, et encore plus avec l’éventualité d’une intervention terrestre américaine en Iran, après que Donald Trump a dit envisager de « prendre le pétrole » iranien et s’emparer du terminal pétrolier de l’île de Kharg. Après avoir grimpé à 116,75 dollars en début de séance, le prix du baril de Brent est une variation de pétrole brut faisant office de référence en Europe, côté sur l’Inter Continental Exchange (ICE), place boursière spécialisée dans le négoce de l’énergie. Il est devenu le premier standard international pour la fixation des prix du pétrole de la mer du Nord, pour livraison en mai, montait de 3,01% vers 08H20 GMT (10H20 HEC), à 115,96 dollars. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, gagnait 1,93% à 101,56 dollars.
Les cours donnent des sueurs froides partout dans le monde et particulièrement dans les pays pauvres comme Haïti. Les soubresauts sur le marché local sont redoutés et redoutables. En des termes clairs, la flambée des cours, avec des hausses de 40 à 50 dollars sur le baril, est terrible. Au 30 mars 2026, le taux de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH) pour le dollar américain est d’environ 130,65 gourdes (HTG) pour 1 USD. Le taux moyen d’acquisition se situe autour de 131,25 HTG, avec des taux d’achat et de vente affichés par les banques commerciales tournant autour de 129-132 HTG. Chaque dollar sur le gallon d’essence après raffinage sera impacté avec ce taux sur le consommateur. A moins que l’Etat absorbe une partie, se résout à faire du financement monétaire.
Pour le moment, le gouvernement a établi les règles du jeu via le « DÉCRET DÉTERMINANT LES MODALITÉS DE FIXATION DES PRIX DES PRODUITS PÉTROLIERS » dans Le Moniteur du 27 mars 2026. Selon ce décret, le prix à la pompe est déterminé comme suit :1. Lorsque la variation du prix calculé est inférieure ou égale à 3%, aucun ajustement n’est appliqué ; 2. Si le prix calculé varie, à la hausse ou à la baisse de plus de 3%, il intervient un ajustement du prix à la pompe de manière automatique à condition qu’il ne dépasse pas 10% du dernier prix à la pompe publié; 3. Pour toute variation, à la hausse ou à la baisse du prix calculé de plus de 3% qui implique un ajustement du prix à la pompe d’au moins 10%, l’ajustement des prix à la pompe est arrêté par le Gouvernement suite à l’avis du Conseil Consultatif prévu à l’article 8 ci-dessous », peut-on lire dans ce décret dont l’article 7 indique que « la spéculation abusive, le stockage illicite et la distribution clandestine des produits pétroliers sont des infractions qui seront poursuivies conformément à la Législation régissant la matière.
L’État établit aussi ce que seront ses taxes. Cette structure est ainsi constituée :
1. du prix CAF (coût-assurance-fret) du dernier arrivage du mois ; 2. des frais de vérification en douane ; 3. des droits de douane ; 4. des frais portuaires ; 5. du droit d’accise spécifique ; 6. des redevances ; 7. de la marge des compagnies pétrolières ; 8. des coûts de transport et de stockage ; 9. de la marge des distributeurs ; 10. du droit d’accise variable ; 11. de la marge de stabilisation. Le droit spécial dit droit d’accise variable sur la gazoline, le gasoil et le kérosène est calculé à partir d’un montant de référence de : 1. 6.80 gourdes par gallon pour la gazoline ; 2. 4.00 gourdes par gallon pour le gasoil ; 3. 0.44 gourdes par gallon pour le kérosène.
Ce 31 mars 2026, l’Etat a fixé les prix des produits pétroliers. « Les ministères de l’économie et des finances (MEF), du commerce et de l’industrie (MCI), sur recommandations du Conseil consultatif en date du 31 mars 2026, avisent le public en général, les importateurs, les distributeurs et les consommateurs de produits pétroliers en particulier, que les prix à la pompe en vigueur sur le territoire nationale sont fixés comme suit : gazoline, 725 gourdes, gasoil 850 gourdes et le kérosène 845 gourdes. Cet avis prend effet le 2 avril 2026 », selon cet avis signé par Serge Gabriel Collin, ministre de l’Economie et des finances et la ministre ai du commerce et de l’industrie, Sandra Paulemon de la planification pour James Monazard.
Avant le changement annoncé, le prix du gallon de gazoline était de 560 gourdes, le diesel 620 gourdes et le kérosène 615 gourdes. Cela représente respectivement une augmentation de 165 gourdes gazoline, de 230 gourdes pour le diesel et de 230 gourdes pour le kérosène.
Par ailleurs, il se pose aussi la question de la liquidité disponible pour les importateurs en vue d’alimenter le la consommation normale du marché. Si la guerre se poursuit et que la flambée persiste, la baisse éventuelle des volumes commandés, le stockage pour alimenter le marché peut initier un nouveau cycle de rareté de produits pétroliers. Avec, comme toujours, un impact indésirable sur l’économie déjà moribond.
Des perspectives de la BRH
« Les perspectives macroéconomiques en Haïti demeurent étroitement conditionnées par le rétablissement du climat sécuritaire, lequel constitue un préalable indispensable à la reprise durable des activités économiques ainsi qu’au fonctionnement normal des circuits de production et de distribution », selon la note politique monétaire du premier trimestre de l’exercice en 2025-2026 qui a évoqué la fragilité de l’économie haïtienne.
« À cette fragilité interne est venu s’ajouter un environnement international incertain caractérisé par les fragmentations géopolitiques intensifiées par le conflit au Moyen- Orient qui a débuté à la fin de février 2026. Les conséquences néfastes du blocage du détroit d’Ormuz, qui permet le passage de 20 % du trafic maritime mondial des produits énergétiques, risquent de se traduire par une augmentation des cours de ces produits ainsi que celle des autres matières premières sur le marché international. Cette situation laisse présager des pressions inflationnistes à l’échelle internationale, étant donné le rôle transversal de ces produits pour l’économie mondiale.
Compte tenu de la forte dépendance d’Haïti vis-à-vis des importations de produits pétroliers, cette situation pourrait entraîner une augmentation de la facture d’importation et exercer des pressions supplémentaires sur le taux de change ainsi que sur le niveau général des prix, ce qui risque de compromettre la tendance à la désinflation observée depuis novembre 2025.
En effet, le taux d’inflation s’est replié de 1,5 point de pourcentage par rapport à décembre 2025 pour s’établir à 23,5 % en janvier 2026. Toutefois, les évolutions récentes du contexte international, si elles se maintiennent, pourraient inverser cette dynamique au cours du prochain trimestre », a prévenu la note de politique monétaire de la BRH.
Sans aucun doute, il y a ceux qui tablent sur le caractère impulsif et imprévisible du président Américain. Ils espèrent un arrêt de la guerre. Même si l’arrêt du conflit peut potentiellement apaiser les marchés et le marché pétrolier, il peut y avoir des effets un peu plus à long terme sur la chaîne d’approvisionnement de l’économie mondiale. Ceci peut, là encore, impacter les économies faibles comme celle d’Haïti qui dépend en bonne partie sur la communauté internationale pour mobiliser du personnel et des équipements et financer la force de répression dont le déploiement risque de coincer à des convulsions si un tableau similaire ou pire à celui de ce 30 mars 2026.
Entre-temps, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a acheté la paix en dirigeant avec ses alliés politiques. Jusqu’à quand est-ce qu’il pourra entretenir les besoins de ses alliés dans un contexte annoncé de probables difficultés pour le trésor ? Le temps le dira. Sans aucun doute, avec l’équipe qu’il a choisie et façonnée, le Premier ministre Fils-Aimé est aux commandes d’un pays qui semble avancer vers des zones de turbulences liées à des chocs externes. En attendant, le « zizirit politik » incontournable provoqué par les élections que l’on devra tenir en 2026, selon les autorités.
Source : le Nouvelliste


























