Haïti. Attaque meurtrière du gang « Gran Grif » à Jean-Denis racontée par des résidents

Dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026, la localité de Jean-Denis, située dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, a été attaquée par l’organisation criminelle « Gran Grif ».

Lors de cette attaque, plusieurs personnes ont été tuées et d’autres blessées. Dans cette édition, Le Nouvelliste a recueilli les témoignages de résidents et survivants de ces attaques.

Ilrès Théophile a perdu son fils aîné, Hilguine, 35 ans, ainsi que trois de ses frères, Guillaud, Ronyck et Giradain, au moment de l’attaque survenue dans la soirée de samedi.

Lorsque les premiers tirs ont éclaté, Ilrès se trouvait dans sa maison à Negriyèl. Comprenant qu’il s’agissait d’une attaque armée, il a abandonné son domicile pour se réfugier dans les champs. « Quand les tirs ont cessé durant la journée, je suis sorti de ma cachette pour apprendre les mauvaises nouvelles : mon fils, trois de mes frères et un cousin ont tous été tués », a-t-il expliqué, visiblement déboussolé.

Face à l’état des dépouilles, il n’y a même pas eu le temps de les confier à une morgue, a-t-il ajouté. Les cinq corps ont été placés dans des cercueils pour être enterrés sans cérémonie.

Selon Ilrès Théophile, plusieurs maisons ont été incendiées entre Bofò et Jean-Denis. Parmi elles figure celle appartenant à Francky Pierre, alias Ti Mepri, chef de la brigade d’autodéfense « Coalition ». Il a indiqué que cette attaque surprise a pris les membres de cette brigade de court.

« Même les chiens ont fui la zone », a-t-il décrit, traduisant l’ampleur de la désolation.

Le Nouvelliste s’est également entretenu avec un autre résident ayant requis l’anonymat.

« Les attaques ont débuté vers 2 h 45 du matin, le dimanche 29 mars 2026, à Pon Benwa, dans la deuxième section communale de Bas Coursin II. Vers 3 h du matin, ils ont attaqué Jean-Denis. Ils ont frappé de partout », a-t-il relaté.

Selon lui, la population, prise de court, a eu du mal à fuir. « Beaucoup de gens ont été tués ou blessés. Des maisons ont été réduites en cendres. À ce jour, des personnes sont toujours portées disparues », a-t-il précisé, ajoutant que, jusqu’à lundi soir, des corps gisaient encore dans certaines rues.

Ce résident a pu fuir avant l’arrivée des assaillants, alerté par des sources locales. Il affirme que Jean-Denis était sous la menace d’une attaque depuis les événements survenus récemment à Pont-Sondé.

Au moment des faits, des appels ont été passés à la direction départementale de la Police nationale d’Haïti pour demander des renforts. « Les renforts, composés de deux véhicules blindés, sont arrivés longtemps après les dégâts », a-t-il déploré. Selon lui, les assaillants avaient préalablement coupé les voies d’accès, notamment au niveau du pont Tilus, situé à environ 10 kilomètres de la route nationale.

Intervenant lundi à la matinale de Magik9, Bertide Horace, membre d’une organisation de la société civile de l’Artibonite, a indiqué que les assaillants s’étaient répartis en plusieurs groupes pour mener l’offensive. Elle a également confirmé que les voies d’accès avaient été bloquées afin d’empêcher l’intervention des forces de l’ordre.

Le bilan de cette attaque reste inconnu. Les estimations varient selon les sources. L’ONU évoque un nombre de victimes compris entre 10 et 80 personnes.

La situation demeure préoccupante à Jean-Denis. Après les attaques du week-end, des hommes armés sont revenus dans la localité lundi. Mardi, la Police nationale d’Haïti a annoncé avoir mené des opérations dans plusieurs zones du département, dont Jean-Denis, sans toutefois fournir de bilan.

Par ailleurs, plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des hommes armés paradant dans des rues désertes, certains pieds nus. Selon leurs propres déclarations, ces images auraient été tournées au marché Bonjou. D’autres séquences montrent un chef de gang distribuant de l’argent à une foule, une scène qui se serait déroulée à Marchand-Dessalines.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/265845/attaque-meurtriere-du-gang-gran-grif-a-jean-denis-racontee-par-des-residents

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