Mardi 28 avril, l’INRAE accueillait, en ses locaux de Duclos Petit-Bourg, une conférence de réouverture des collections de l’institution : les herbiers et la collection d’insectes.



Le centre INRAE Antilles-Guyane, en partenariat avec le Conservatoire Botanique National des îles de Guadeloupe, a organisé une matinée de présentation et de redécouverte des collections herbier et insectes.
Destiné aux principaux partenaires et acteurs de la connaissance et conservation de la biodiversité du territoire, cet événement a permis de constater que ces collections rares — l’herbier de 15 000 plantes est le plus important de la Caraïbe et la collection d’insectes comprend plus de 75 000 spécimens— sont en de bonnes mains.
Après d’importants travaux de mise en sécurité et de restauration, les collections naturelles du centre INRAE ont fait peau neuve. On verra plus loin qu’elles ont failli disparaître deux fois ces dernières années.
Des collections au cœur de la science et du patrimoine naturel de la Guadeloupe
Loin d’être de simples collections patrimoniales. l’herbier de Guadeloupe et la collection d’insectes constituent des instruments scientifiques essentiels pour suivre l’état de la biodiversité de l’archipel et anticiper ses évolutions face aux défis climatiques et environnementaux.
Cela fait plusieurs centaines d’années que la faune et la flore de la Guadeloupe intéresse ses habitants. Les Callinagos, amérindiens, utilisaient les feuilles de certaines espèces pour des pratiques shamaniques ou médicinales, ou plus simplement pour se nourrir. Il fallait donc reconnaître les plantes.
Hommage aux pionniers
Au XIXe siècle le Révérend Père Antoine Duss herborisait, collectait, séchait et collectionnait des plantes. En 1897, il a publié une flore.
Au XXe siècle, jusqte après la Seconde Guerre mondiale, Henri Stehlé, agronome et botaniste français, à la fois algologue, entomologiste, enseignant et dessinateur botanique (Il fonde le Centre de Recherches INRA Antilles-Guyane en 1949) a marqué son temps. On lui doit Flore médicinale illustrée, Flore des légumineuses et anti-érosion, Une Excursion à La Soufrière, Flore ornementale, Flore des champs de canne à sucre, etc. Plus près de nous, Jacques Fournet, botaniste spécialiste de la flore des Petites Antilles et membre fondateur du CSRPN de Guadeloupe, a fait un travail considérable. Sa magnifique Flore illustrée des Phanérogames de Guadeloupe et de Martinique (les phanérogames sont les plantes à fleurs) est une somme de connaissances. Ce sont leurs herbiers et d’autres encore qui constituent la collection de l’INRAE
Riches de spécimens collectés sur plusieurs décennies, ils offrent une mémoire irremplaçable du vivant en Guadeloupe et dans les Antilles. Ces ressources jouent un rôle stratégique pour préserver le patrimoine nature et développer les connaissances sur notre biodiversité.
Ce que n’ont pas manqué de rappeler les différents intervenants de la matinée. Sylvie Gustave dit Duflo, présidente de l’Agence régionale de la Biodiversité de la Guadeloupe (ARBIG), Jean-Marc Blamzy, directeur de l’Unité de Recherches AgroSystèmes Tropicaux à INRAE (ASTRO).
Et d’autres encore qui ont expliqué que les collections sont magnifiques, bien répertoriées — il y a encore du travail — bien protégées et accessibles depuis quelques temps aux chercheurs de Guadeloupe, de l’Hexagone, voire du monde entier.
On a frôlé la catastrophe
En 2022, la salle où se trouvaient les collections — herbier et collection d’insectes — a pris feu. Les collections ont été sauvées… remisées dans une autre salle climatisée, en attendant la reconstruction d’une salle plus adaptée, avec sas, portes et fenêtres scellées, une seule ouverture.
Que s’est-il passé ?
Marie Umber, virologue :
Au bout de quelques mois, les spécimens étaient, pour les herbiers, attaqués par de la pourriture, pour les insectes couverts de parasites… Il fallait prendre des mesures drastiques, comme l’expliquait Marie Umber. Faire venir des spécialistes, utiliser des pinceaux et des produits spéciaux — lave-vitre et colle forte — pour restaurer les collections. Ah oui, auparavant, ces collections, ensachées avaient été congelées deux mois dans des conteneurs frigo… pour tuer les vermines.
La réouverture de cet espace aménagé que les invités ont pu visiter est l’aboutissement de travaux de mise en sécurite conduits sur les deux collections.
In memoriam Chalumeau et Rousteau


Délicate attention : un hommage a été rendu par ceux qui les ont connus et appréciés à deux bâtisseurs discrets mais essentiels du patrimoine naturaliste des Antilles.
Alain Rousteau et Fortuné Chalumeau, récemment disparus, ont travaillé longtemps, avec passion, l’un sur les plantes et en particulier les arbres, et l’autre sur les insectes mais plus particulièrement sur les coléoptères et les papillons.
Toute une vie de passion. La très belle collection de coléoptères de Fortuné Chalumeau a intégré l’INRAE après quelque temps au Conseil départemental.























