PAR SERGE LETCHIMY*
Je souhaite apporter des précisions sur la portée juridique de l’habilitation relative à l’autorité unique de l’eau.
Cette habilitation n’emporte pas, à elle seule, création immédiate d’une autorité unique. Elle vise à permettre à la Martinique, dans le cadre prévu par la Constitution et les lois de la République, d’élaborer localement une loi définissant les conditions éventuelles de mise en place d’une nouvelle organisation de l’eau et de l’assainissement.
Il s’agit donc d’une autorisation à légiférer ici, en Martinique, sur un sujet qui concerne directement son avenir. Au terme du travail qui s’ouvrira, l’Assemblée de Martinique aura la possibilité de voter ou non la loi relative à l’autorité unique de l’eau. Nous sommes donc au début d’un processus démocratique, et non face à une décision déjà imposée.
Sur un sujet aussi vital, toute polémique est superflue. Le Président du Conseil exécutif n’entend entrer dans aucune polémique. La question de l’eau concerne d’abord la vie quotidienne de milliers de Martiniquaises et de Martiniquais confrontés aux coupures, aux inégalités d’accès, à la vétusté des réseaux et aux conséquences du changement climatique.
Personne ne peut se satisfaire du drame de l’eau que subit la Martinique depuis de nombreuses années. Personne ne peut davantage se satisfaire, dans un pays de 1 100 km², de voir des écarts aussi importants dans les coûts de production et le prix de l’eau selon les communes.
Depuis trop longtemps, la Martinique vit avec une organisation éclatée, dispersée entre plusieurs autorités, plusieurs priorités et plusieurs calendriers d’investissement. Ce modèle a montré ses limites. La simple coordination entre structures n’a pas permis de garantir partout la continuité du service, ni l’accès effectif à l’eau pour tous.
La Martinique a déjà connu les limites des modèles dispersés. Les expériences de structures mixtes, notamment dans le domaine des déchets, ont montré qu’elles ne suffisaient pas toujours à garantir l’efficacité, la lisibilité et la responsabilité attendues par la population.
Dire qu’il n’y aurait eu aucune concertation, ou laisser penser qu’il s’agirait d’un prétendu « hold-up constitutionnel », ne correspond pas à la réalité démocratique du processus engagé.
La démarche a déjà donné lieu à trois délibérations en séance plénière de l’Assemblée de Martinique et à une délibération en Congrès, votées à l’unanimité. Une convention a également été signée avec les EPCI, qui regroupent l’ensemble des maires et assurent le lien institutionnel avec les communes.
Aucun choix définitif de gouvernance n’est arrêté à ce stade. Aucun acteur n’est exclu. L’objectif est au contraire de construire une ambition collective, avec les communes, les EPCI, les producteurs, les distributeurs, les agents, les usagers et l’ensemble de la population.
La Collectivité Territoriale de Martinique reste pleinement disponible pour échanger avec les EPCI sur les modalités de mise en oeuvre de cette future organisation, en toute transparence et dans un esprit de responsabilité partagée.
Les prochains débats permettront d’aborder l’ensemble des sujets essentiels : gouvernance, calendrier, financement des investissements, continuité du service public, situation des agents, rôle des communes, place des opérateurs, prix de l’eau et garanties apportées aux usagers.
Comment plaider pour un prix social de l’eau si l’on ne se donne pas les moyens de maîtriser réellement les coûts de production, d’investissement et de distribution ? Laisser croire que la seule action des structures actuelles ou des distributeurs permettra de répondre à cette exigence est un leurre.
Émettre une suspicion générale à l’égard de la Collectivité Territoriale de Martinique n’est ni juste, ni utile. Ce dont la Martinique a besoin aujourd’hui, ce n’est pas de suspicion, mais de responsabilité, de transparence et de travail collectif.
Le Président du Conseil exécutif répondra à toute sollicitation et poursuivra ce travail avec détermination, transparence et méthode, en maintenant un dialogue ouvert avec l’ensemble des acteurs concernés.
L’objectif demeure clair : garantir l’accès à l’eau pour tous, partout, durablement.
*Président du Conseil exécutif de Martinique
























