Stefan Martens, professeur d’université, spécialiste de l’Allemagne, ancien recteur de Guadeloupe, commente le succès de l’AfD, parti d’extrême-droite, aux élections régionales de Saxe-Anhalt.
Il est encore prématuré de déterminer qui gouvernera le Land, mais j’ai considéré que le succès du parti d’extrême-droite AfD découle en partie de la personnalité de son candidat Ulrich Siegmund, qui a habilement utilisé les outils de communication a son avantage et a su exploiter l’Ostalgie pour recréer un sentiment d’unité, de solidarité et de fierté parmi les Allemands de l’est.
Cependant, les raisons fondamentales de ce succès peuvent être résumées en 3 points essentiels :
- 1) le fossé économique et social entre l’est et l’ouest qui n’a pas encore été comblé et qui a engendré un sentiment de déclassement et d’appartenance à une « seconde zone » parmi la population est-allemande;
- 2) l’absence de tradition d’autocritique au sein de cette même population vis-à-vis du passé nazi, due notamment au mythe selon lequel la RDA fut mis en place comme rempart contre le fascisme (de l’ouest);
- 3) la dépolitisation de la vie politique, résultant de la quête quasi obsessionnelle du consensus des partis traditionnels, se manifestant dans les gouvernements de grande coalition CDU/CSU et SPD depuis 2005.
Ce consensus a tendu à anesthésier les débats contradictoires, pourtant indispensables au fonctionnement sain d’une démocratie libérale, poussant ainsi de nombreux électeurs vers les extrêmes. Ce dernier point mérite, selon moi ,une réflexion approfondie, tant il essentiel pour préserver le bon fonctionnement de nos démocraties.


























