La Chambre Régionale des Comptes a rendu publique son enquête « Vieillir en Martinique : le défi de la prise en charge en EHPAD ». La Collectivité Territoriale de Martinique a accueilli mercredi 4 novembre, la présentation de ses conclusions, en présence d’Amélie de Montchalin, Première présidente de la Cour des comptes et d’e Monsieur ‘Yves Servant, directeur général de l’Agence Régionale de Santé.
En 2050, la Martinique sera le département le plus âgé de France. Dès aujourd’hui, 36 % de sa population a 60 ans ou plus, contre 29 % dans l’Hexagone, et au moins 3 800 personnes supplémentaires seront en perte d’autonomie importante d’ici 2030. Ce choc démographique, la Collectivité ne l’a pas attendu pour agir.
Un effort sans équivalent en faveur du grand âge
Chef de file des solidarités, la CTM a accompagné en 2025 plus de 12 000 bénéficiaires de l’APA et plus de 4 000 bénéficiaires de la PCH, pour 118,4 millions d’euros de dépenses. Le soutien à domicile, assuré par 58 services autonomie couvrant 95 % du territoire, a bénéficié à 8 264 personnes, pour plus de 60 millions d’euros et 2,6 millions d’heures d’intervention.
Le tarif horaire des services a été revalorisé chaque année, de 23,50€ en 2024 à 25€ en 2026, afin de mieux rémunérer les professionnels. La Collectivité a par ailleurs consacré 8,44 millions d’euros sur quatre ans à la revalorisation salariale des aides à domicile au titre de l’avenant 43, au bénéfice de 25 services, et mobilise cette année plus de 3,1 millions d’euros de dotations qualité et mobilité, ainsi qu’un dispositif d’aide à la modernisation numérique des structures.
Sur le volet de l’offre, la CTM a d’ores et déjà initié le rééquilibrage entre le domicile et l’établissement. Un calendrier d’appels à projets conjoints CTM et ARS a été publié en juillet 2026, ciblé sur les zones les plus déficitaires du Nord Atlantique et du Sud, pour créer des places nouvelles et diversifier les modes d’accueil : résidences autonomie, petites unités de vie, accueil de jour.
Des extensions de capacités d’EHPAD en service sont engagées, quatre centres de ressources territoriaux adossés à des EHPAD existants sont autorisés et la médicalisation de deux établissements est en cours. T
erritoire précurseur de l’habitat inclusif, la Martinique compte déjà 29 habitats conventionnés accueillant 148 personnes âgées ou en situation de handicap, et développe l’accueil familial comme alternative intermédiaire entre le domicile et l’établissement.
Une gouvernance rénovée avec l’Agence Régionale de Santé
La Conférence territoriale de l’Autonomie, installée le 28 avril 2026, a engagé le 13 octobre dernier des travaux avec les services autonomie à domicile pour construire un nouveau modèle économique du secteur, dans le cadre du déploiement du Service Public Territorial de l’Autonomie.
L’actualisation du schéma de l’autonomie couvrant la période 2027 à 2032 sera lancée dans le cadre d’une élaboration participative avec l’ensemble des acteurs début 2027, pour une présentation à l’Assemblée de Martinique en septembre 2027.
Enfin, la contractualisation pluriannuelle avec les établissements est amorcée : trois premiers contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens sont engagés au bénéfice des EHPAD en grandes difficultés financières, et un dialogue de gestion régulier avec les gestionnaires est instauré depuis la fin du mois d’août 2026, en amont de la campagne budgétaire 2027.
Un reste à charge de plus d’un milliard d’euros depuis 2004
La Collectivité ne pourra relever seule le défi du choc démographique. En vingt ans, sous l’effet du vieillissement, ses dépenses d’APA ont été multipliées par 2,6 et celles de la PCH presque par neuf.
Les compensations versées par l’État n’ont jamais suivi ce rythme et ne couvrent plus que 26,78 % des dépenses d’APA et de PCH en 2025, contre 35,82 % en 2023. Depuis 2004, le reste à charge cumulé atteint 678 millions d’euros pour l’APA et 330 millions d’euros pour la PCH, soit plus d’un milliard d’euros restés à la charge de la Martinique après compensation.
Cet écart structurel, qui obère la capacité d’investissement de la Collectivité, est reconnu par l’État lui-même dans la lettre d’intention cosignée par la Ministre déléguée à l’Autonomie et au Handicap et le président du Conseil exécutif, qui engage une révision du mode de calcul de la compensation adaptée aux réalités de la
Martinique.
« La Martinique affronte le vieillissement le plus rapide de France avec des moyens qui sont loin d’être suffisants. Nos aînés ont bâti ce pays. Leur garantir de vieillir dignement est un devoir que la Collectivité assume pleinement. J’appelle l’État à honorer ses engagements, par une compensation à la hauteur de notre réalité démographique », a déclaré Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique.























