Chlordécone : Plus de 80 % de la population adulte de Guadeloupe et de Martinique, toujours contaminée

Le chlordécone est détecté chez plus de 8 Antillais sur 10, selon les premiers résultats de l’étude Kannari 2 qui révèle une diminution globale de l’imprégnation au chlordécone au sein de la population antillaise entre 2013 et 2024.

Lancée en 2024 par Santé publique France dans le cadre de la Stratégie Chlordécone, l’étude Kannari 2 fournit, 10 ans après Kannari 1, une nouvelle estimation de l’imprégnation des adultes au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique.

Les premiers résultats de l’étude Kannari 2 révèlent une diminution globale de l’imprégnation au chlordécone au sein de la population antillaise entre 2013 et 2024, suggérant une possible réduction de l’exposition.

Si les niveaux d’imprégnation moyens sont inférieurs à ceux mesurés dans Kannari 1, l’étude montre que 5 % des adultes sont 20 fois plus imprégnés que la moyenne. Les hommes de 50 ans et plus, résidant dans des zones géographiques contaminées et travaillant dans les secteurs de la pêche ou de l’agriculture, sont les plus fortement exposés.

« Les résultats de Kannari 2 soulignent l’importance de renforcer les messages de prévention sur le sujet du chlordécone, en ciblant particulièrement les populations les plus exposées et les zones géographiques prioritaires », indique Yann Le Strat, directeur scientifique de Santé publique France.

Des disparités prononcées

Le chlordécone est détecté chez plus de 8 antillais sur 10, soit « une légère amélioration observée par rapport à 2013 », mais avec des valeurs qui restent à des niveaux élevés. L’enquête Kannari 1 avait révélé que plus de 9 antillais sur 10 avaient du chlordécone détectable dans le sang.

Malgré cette diminution globale, les résultats confirment une imprégnation des adultes au chlordécone persistante dans les deux territoires et marquée par des disparités prononcées :

1 – Les niveaux d’imprégnation au chlordécone sont légèrement moins élevés en Guadeloupe qu’en Martinique. En Guadeloupe, 81,3 % de la population adulte ont du chlordécone détectable dans le sang. En Martinique, 85,5 % de la population est concernée.

2 – La part de la population présentant un dépassement de la Valeur Toxicologique de Référence interne est un peu plus élevée en Martinique qu’en Guadeloupe. En Guadeloupe, 14,3 % de la population adulte présentent un dépassement de la Valeur Toxicologique de Référence interne (VTRi = 0,4 µg/L). Cela concerne 18,7 % de la population en Martinique. La VTRi définie par l’Anses* permet de déterminer les seuils au-dessus desquels le risque d’apparition d’effets sur la santé au sein de la population ne peut être exclu et ainsi repérer les profils de population et zones géographiques pour lesquels l’action doit être renforcée.

3 – Les niveaux d’imprégnation sont plus élevés chez les adultes habitant en zone contaminée par le chlordécone, confirmant ainsi l’influence de l’environnement proche sur l’exposition.

En Guadeloupe comme en Martinique, les personnes résidant dans des zones contaminées terrestres ou marines présentent des niveaux d’imprégnation moyens 2 à 3 fois supérieurs à celles vivant dans des zones non contaminées.  

En Guadeloupe, les personnes résidant en Basse-Terre présentent des niveaux d’imprégnation moyens 2 fois supérieurs à celles vivant en Grande-Terre.

4 – L’imprégnation au chlordécone augmente avec l’âge dans les deux territoires.

En Guadeloupe comme en Martinique, la moyenne des niveaux d’imprégnation s’accroît avec l’âge, avec une différence notable entre les moins de 50 ans et les 50 ans ou plus. Ce constat pourrait s’expliquer en partie par une exposition continue à ce polluant tout au long de la vie.

Pêcheurs et agriculteurs sont les plus exposés

Santé publique France publie pour la première fois des résultats spécifiques à certains groupes de population, particulièrement à risque ou vulnérables.

En Guadeloupe et en Martinique, les pêcheurs et agriculteurs présentent les niveaux d’imprégnation au chlordécone les plus élevés.

Les femmes en âge de procréer (18 à 49 ans), présentent des niveaux faibles d’imprégnation, voire non détectables, bien que 10 % des femmes en Martinique et près de 6 % en Guadeloupe, dépassent encore la Valeur Toxicologique de Référence interne.

La faible participation des enfants à cette étude a conduit à un échantillon de taille réduite, ne permettant pas de généraliser les résultats à l’ensemble des enfants vivant en Guadeloupe et en Martinique.

Alimentation : quelles sont les sources d’imprégnation ?  

Les résultats de l’étude confirment que l’imprégnation par le chlordécone est principalement associée à la consommation de poissons, crustacés et mollusques de mer. Aucune association n’a en revanche été observée avec la consommation d’autres aliments comme les légumes-racines, l’eau du robinet ou les œufs chez les adultes.

Les analyses montrent également que le fait de s’approvisionner via des circuits informels (et donc non contrôlés) est associé à l’augmentation de l’imprégnation.

De nouveaux résultats attendus pour 2027

Les résultats de l’étude Kannari 2 seront prochainement complétés par d’autres analyses, qui viseront à :

  • décrire l’imprégnation de la population à d’autres polluants (métaux lourds, autres pesticides) ;
  • identifier de façon plus détaillée, des facteurs associés à ces imprégnations (alimentation, activités professionnelles, etc.) pour le chlordécone et les autres polluants, offrant ainsi une vision plus précise de l’exposition aux polluants environnementaux aux Antilles ;
  • analyser les connaissances, attitudes et pratiques de la population pour réduire l’exposition au chlordécone, en lien avec les messages de prévention et les inégalités sociales.

Ces résultats complémentaires sont attendus pour le 1er semestre 2027.

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